Absent de Toulouse pendant cinq mois, Tarmo Peltokoski retrouvera la Halle aux Grains vendredi 13 mars. Le directeur musical de l’Orchestre national du Capitole évoque son passage à vide, ses résolutions et sa passion intacte pour la musique. Rencontre exclusive.
Pouvez-vous dire ce qui vous a éloigné de l’orchestre depuis cinq mois ?
L’automne dernier, j’ai vraiment frôlé le burn-out : je ne pouvais plus continuer. J’étais trop fatigué, malheureux, vidé. J’ai simplement trop travaillé, et ce n’est pas idéal ni respectueux pour la musique et pour les orchestres avec lesquels je collabore. J’ai compris que je devais ralentir, faire de meilleurs choix de vie.
Comment vous êtes-vous ressourcé ?
Je me suis accordé deux mois de repos, ce qui ne m’était pas arrivé depuis le Covid. Je suis allé chez mes parents, j’ai mangé les plats de ma grand-mère, j’ai marché dans la nature, j’ai joué du piano. Je ne peux pas vivre sans musique. C’est très différent quand on se sent libre, sans obligation d’être quelque part. Jouer un morceau qu’on n’a pas touché depuis des années, écouter de la musique baroque que je n’ai jamais dirigée, c’était très bon.
Votre emploi du temps s’est-il allégé depuis ?
Pas vraiment. Cette année, les plannings ne sont pas meilleurs. Je suis aussi occupé, voire plus. C’est difficile de tout maintenir, mais j’essaie de faire de meilleurs choix pour l’avenir. Dans ce métier, les calendriers sont remplis trois ans à l’avance, parfois plus. C’est compliqué, car je ne peux pas savoir comment je me sentirai dans trois ans.
Avez-vous pris des décisions concrètes pour éviter de revivre cette situation ?
Je vais essayer. Je dois travailler moins, voyager moins, éviter les trajets absurdes. Le plus important, c’est de dormir suffisamment, mais ce n’est pas si facile. J’essaie d’être plus sage, de mieux écouter mes limites.
Comment se sont passées vos retrouvailles avec l’orchestre ?
L’orchestre va toujours bien. Les musiciens jouent très bien, même dans un répertoire qu’ils n’ont pas l’habitude d’aborder. C’est un plaisir de les retrouver. L’énergie est là, la complicité aussi.
Le prochain concert met à l’honneur, vendredi, le Japon et la Pologne. Pourquoi ce choix ?
Le programme de cette semaine a été décidé il y a longtemps. C’est un programme que je rêvais de diriger : Lutosławski, Penderecki, Chopin. Chopin est là pour attirer le public, mais c’est surtout un hommage à la grande musique polonaise. Penderecki, c’est tout de suite une autre dimension : une musique sur la guerre, sur Hiroshima. Malheureusement, elle résonne encore aujourd’hui, alors qu’on parle à nouveau d’armes nucléaires. Cette œuvre, écrite dans les années 1960, est du pur modernisme. Penderecki y invente des techniques nouvelles pour les cordes. C’est terrible, une musique d’horreur. Stanley Kubrick l’a utilisée dans « Shining ».
Vous aimez beaucoup aussi Lutosławski. Qu’est-ce qui rend sa Troisième Symphonie si spéciale ?
Je suis très enthousiaste à l’idée de la diriger. C’est une œuvre totalement inhabituelle, nouvelle pour les musiciens : la notation, la technique, tout est différent. Je pense que c’est la plus grande symphonie écrite depuis le milieu du XXe siècle. C’est une œuvre de 30 minutes fascinante. Ça commence comme du Haydn ou du Beethoven, puis on traverse des moments chaotiques, drôles, effrayants et incroyablement romantiques. On y entend parfois des échos de John Williams, de Messiaen ou même des sonorités jazzy à la Pink Panther. C’est un chef-d’œuvre absolu et j’espère que ce sera un vrai succès.
La tournée au Japon approche. Comment vous y préparez-vous ?
Nous jouerons la Symphonie n° 10 de Chostakovitch dans un mois, celle que nous emmènerons au Japon. La préparation commencera vraiment à ce moment-là. C’est un grand voyage, complètement différent de l’Europe. Le public japonais aime profondément la musique et se comporte admirablement. Les salles sont excellentes. Nous aurons un concert au Suntory Hall de Tokyo, l’une des plus grandes salles du monde.
À ce sujet, le maire Jean-Luc Moudenc a donné des garanties pour que Toulouse soit enfin doté d’un auditorium s’il est réélu. Souhaitez-vous que tous les candidats aux élections municipales, dont le premier tour a lieu dimanche, inscrivent ce projet dans leur programme ?
Je suis très heureux de voir que les choses semblent avancer de façon plus concrète. Je ne prends pas parti politiquement, mais ma conviction est que l’intérêt supérieur de la ville et même de la région est de se doter d’une salle internationale au niveau de l’orchestre et de la richesse musicale de Toulouse.
Michel Plasson revient diriger l’orchestre à Toulouse au mois de juillet. Que représente-t-il pour vous ?
Je ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai un grand coffret de ses enregistrements chez moi. Je ressens son héritage chaque jour ici avec l’orchestre qu’il a bâti. C’est impressionnant. Je respecte énormément ce qu’il a accompli.
Il dirige encore, à 92 ans. Cela vous inspire ?
Oui, bien sûr. Mon professeur Jorma Panula a 96 ans cette année. Il ne dirige plus beaucoup, mais il enseigne presque tous les jours.




















