La Chambre régionale des comptes Occitanie s’est penchée sur la gestion d’Argelès-sur-Mer et de la communauté de communes Albères-Côte Vermeille-Illibéris. Le rapport met en lumière une forte hausse des effectifs publics et des dépenses de personnel entre 2019 et 2024, dans un territoire fortement marqué par l’activité touristique.
La Chambre régionale des comptes Occitanie a passé au crible la gestion de la commune d’Argelès-sur-Mer et de la communauté de communes Albères-Côte Vermeille-Illibéris (CCACVI) sur la période 2019-2024. L’analyse met en perspective un territoire où l’activité touristique structure largement l’organisation des services publics, avec des conséquences directes sur les effectifs et les finances locales.
Un territoire touristique qui conditionne l’organisation des services
Avec près de 7 millions de nuitées enregistrées à Argelès-sur-Mer en 2024, auxquelles s’ajoutent celles gérées à l’échelle intercommunale, le littoral des Albères fait face à une forte variation saisonnière de sa population. Concrètement, cela signifie que les collectivités doivent dimensionner leurs services pour absorber des pics d’activité très importants en été, tout en assurant un fonctionnement continu le reste de l’année.
Dans ce contexte, la gestion en régie directe, c’est-à-dire sans délégation massive à des prestataires privés, reste largement privilégiée. Cela implique mécaniquement des besoins en personnel plus élevés pour assurer l’ensemble des missions : propreté, équipements publics, accueil touristique, services techniques ou encore animation du territoire.
Des effectifs en hausse, tirés par les choix d’organisation
« Les effectifs de la CCACVI, de ses communes membres, de leurs établissements et de leurs syndicats ont augmenté de 11,6% entre 2019 et 2024. Sur ce dernier exercice, ils représentaient plus de 1 900 équivalents temps plein au global », observe la chambre régionale des comptes Occitanie. La CCACVI comme la commune d’Argelès-sur-Mer enregistrent chacune une hausse de leurs effectifs d’environ 14%.
Cette augmentation ne s’explique pas principalement par de nouveaux transferts de compétences depuis l’État ou d’autres niveaux de collectivités, explique le rapport. Elle découle plutôt de décisions internes : création de postes, reprise en gestion directe de services auparavant externalisés, ou développement de nouvelles missions locales.
Résultat, les deux collectivités concentrent désormais une part très importante de l’emploi public du territoire, avec des taux d’encadrement supérieurs aux moyennes observées dans des structures comparables. Autrement dit, chaque habitant “pèse” davantage en termes d’agents publics que dans d’autres intercommunalités de taille équivalente.
Des dépenses de personnel en forte progression
Cette dynamique a un impact direct sur les budgets. Les charges de personnel atteignent en 2024 environ 28 millions d’euros pour la CCACVI et 15 millions pour la commune, en hausse sensible sur la période. Selon la Ville d’Argelès-sur-Mer, cette augmentation se justifie par « les effets des mesures nationales de revalorisation de la rémunération des agents publics et ceux des progressions de carrière qui ont représenté en moyenne 50% de la hausse constatée. »
La Chambre régionale des comptes explique elle cette évolution par deux facteurs principaux : les recrutements liés à l’extension ou à l’internalisation des services, et les mesures indemnitaires décidées localement. Ces dépenses représentent désormais près de la moitié des charges de gestion des deux collectivités, ce qui en fait un poste budgétaire central.
Des finances globalement tenues mais des trajectoires différentes
Sur le plan financier, les situations divergent. L’intercommunalité a réduit de moitié son endettement (de 6,4 M€ à 3,1 M€ entre 2019 et 2024) tout en continuant à investir, ce qui traduit un effort de désendettement. La commune, elle, a vu sa dette augmenter de 18 M€ en 2019 à 24 M€ en 2024 en lien avec un programme d’investissements important, notamment dans les équipements publics. Malgré cette hausse, sa capacité de remboursement reste jugée « maîtrisée ».
Enfin, la juridiction financière pointe un enjeu récurrent : la coordination entre la commune et l’intercommunalité. Une meilleure mutualisation des moyens humains et des fonctions support permettrait, selon elle, de rendre l’organisation plus cohérente et d’optimiser la gestion des services publics sur un territoire soumis à de fortes contraintes saisonnières.



















