EXCLUSIF. Un commissaire aux comptes, également conseiller prud’homal, a-t-il violé la fille et la petite-fille de son épouse ? Malgré des aveux enregistrés et une mise en examen pour viols, le suspect reste libre sous contrôle judiciaire, suscitant l’incompréhension des familles.
« On a l’impression que cet homme est protégé. Pourquoi l’instruction piétine-t-elle en dépit de ces aveux ? », s’interrogent Céline et Mathieu, les parents de Lily (*). Leur fille assure avoir été victime d’un viol en 2022, lorsqu’elle avait 5 ans. Le suspect, un conseiller des prud’hommes et commissaire aux comptes, a été mis en examen en mars 2025 pour deux viols sur mineures ainsi qu’une agression sexuelle par personne ayant autorité. Malgré la gravité des charges, le juge des libertés a décidé de le placer sous contrôle judiciaire. « Depuis cette date, on l’a autorisé à reprendre son travail et à revenir à Toulouse. Il vit comme si tout était normal, c’est scandaleux », estime le couple, profondément choqué.
Des aveux enregistrés
L’affaire bascule en mars 2025. Ce jour-là, Christian se dispute avec son épouse. « Ma mère avait les bras bleus. Mon beau-père avait été violent avec elle », confie Céline. La victime dépose plainte pour violences conjugales le 19 mars. Lors de son audition, elle dresse un portrait glaçant de son conjoint, le décrivant comme un individu aux comportements sexuels perturbés. Elle remet également aux enquêteurs un enregistrement vocal dans lequel le conseiller des prud’hommes reconnaît des attouchements sur l’une de ses belles-filles en 2011, alors âgée de 17 ans.
Le lendemain, ignorant l’audition de son épouse, le commissaire aux comptes se rend au commissariat pour porter plainte lui-même. Très vite, les policiers notent des incohérences. Ils l’orientent vers un psychologue présent dans les locaux. Face à l’expert, le septuagénaire craque complètement et finit par admettre des attouchements sur sa belle-fille, des faits remontant à 2011.
Déjà condamné pour harcèlement sexuel
Christian est placé en garde à vue dans la foulée. Quelques heures plus tard, Lily, âgée de 7 ans, est à son tour interrogée. « Elle a été auditionnée en salle Mélanie. Ce qu’elle a raconté est terrible. » Selon les déclarations de l’enfant, Christian aurait également abusé d’elle en 2022, alors qu’elle n’était âgée que de 5 ans. Elle évoque des attouchements ainsi qu’une pénétration digitale. « Nous n’avons rien vu, quel sentiment de culpabilité. Cet homme a commis l’irréparable. Il doit être puni », préviennent les parents.
Malgré ses aveux enregistrés, il minimise les faits de 2011 et nie avoir agressé Lily en 2022. Selon Christian, cette histoire aurait été inventée suite à des problèmes liés à la séparation avec son épouse et à la répartition de leur patrimoine. « La version de notre fille n’a jamais changé, elle décrit le même procédé utilisé sur ma sœur en 2011. Ce ne peut pas être une coïncidence », souligne Céline.
La justice semble partager ce sentiment puisque Christian est mis en examen depuis le 25 mars. Assisté par Me Robin Sénie-Delon, il a toutefois échappé à la détention provisoire. Ce sentiment d’impunité est accentué par les antécédents de l’intéressé, déjà condamné par le passé pour harcèlement sexuel aux prud’hommes sur une collaboratrice rencontrée dans le cadre de son travail. Rien au pénal en revanche. Pour les parties civiles, représentées par Me Alexandre Martin, l’incompréhension est totale. « Rien n’avance malgré nos relances. Le matériel informatique a été saisi, les auditions réalisées et il y a des aveux enregistrés… », liste l’avocat. Céline et Mathieu espèrent désormais que Christian sera rapidement renvoyé devant le tribunal pour pouvoir définitivement tourner la page.















