Depuis le 1er mai, l’ARS Occitanie a réactivé son dispositif de surveillance renforcée du moustique tigre. Après une année 2025 historiquement mauvaise pour la région, et dans un contexte international préoccupant, la saison 2026 s’annonce sous haute tension. Tour d’horizon de la situation et des gestes à adopter.
Le calendrier est immuable. Chaque année, du 1er mai au 30 novembre, l’Agence Régionale de Santé Occitanie enclenche son dispositif de surveillance renforcée du moustique tigre. Mais cette année, la remise en route du système intervient avec une toile de fond particulièrement inquiétante. La saison 2025 a laissé des traces, et les signaux qui arrivent des territoires ultramarins en ce début 2026 ne sont pas rassurants.
2025 : l’année qui a tout changé
Pour comprendre l’urgence du moment, il faut revenir sur ce qui s’est passé l’an dernier. En 2025, l’Occitanie a enregistré 89 cas autochtones de chikungunya, répartis dans 14 foyers distincts sur toute la région. Pour mémoire, ce chiffre était de zéro en 2024. Un bond vertigineux, directement lié à l’épidémie dévastatrice qui a frappé La Réunion, provoquant un afflux de cas importés sans précédent : 113 cas de chikungunya importés en Occitanie contre seulement 3 l’année précédente.
Le mécanisme est bien connu des spécialistes : chaque personne revenue d’une zone tropicale avec le virus dans le sang représente un risque de transmission locale. Si un moustique tigre pique cette personne infectée, il peut à son tour contaminer d’autres habitants sans que ceux-ci aient jamais quitté leur domicile. C’est précisément ce que les autorités cherchent à éviter en activant la surveillance dès le début du mois de mai.
Pour la dengue, la région a recensé 6 cas autochtones en 2025, dont un premier cas détecté à Fonsorbes, en Haute-Garonne, en septembre dernier. À l’échelle nationale, la France métropolitaine a comptabilisé 805 cas autochtones de chikungunya et 29 cas de dengue autochtone, des records absolus.
Un contexte 2026 qui inquiète les autorités sanitaires
Si 2025 fut une année noire, rien n’indique que 2026 sera plus clémente. L’ARS Occitanie pointe dans son communiqué du 30 avril une situation alarmante dans plusieurs territoires français. À Mayotte, près de 1 000 cas de chikungunya ont déjà été identifiés depuis le début de l’année. En Martinique, le virus de la dengue circule activement. En Guyane, plus d’une centaine de cas de chikungunya ont été recensés ces dernières semaines. Ces foyers lointains ne sont pas sans conséquences directes pour l’Occitanie : chaque voyageur qui revient de ces zones peut introduire le virus sur le territoire régional, au moment même où le moustique tigre reprend son activité.
Un insecte qui s’est installé durablement
Le moustique tigre, petit, silencieux, rayé noir et blanc, est désormais présent dans l’ensemble des départements occitans. Sa particularité : il ne vole que dans un rayon d’environ 150 mètres autour de son lieu de naissance. Sa présence dans votre jardin signifie donc qu’il y est né, et donc qu’il s’y reproduit. Il pond ses oeufs dans la moindre quantité d’eau stagnante, que ce soit dans une soucoupe de pot de fleurs, un pneu usagé, une gouttière bouchée ou le fond d’un jouet oublié dehors. L’Hérault a été le département le plus touché en 2025, avec 45 cas autochtones de chikungunya et 44 traitements de lutte antivectorielle réalisés.
Il faut savoir que la démoustication publique n’est pas déclenchée systématiquement. Elle n’intervient qu’en cas de risque avéré de transmission, sur des zones très ciblées autour de foyers confirmés. Elle n’agit ni sur les oeufs ni sur les larves, ce qui en limite la portée dans le temps. La prévention individuelle reste donc l’arme principale.
Les gestes qui font la différence
L’ARS rappelle que la lutte contre le moustique tigre repose avant tout sur des actions du quotidien. Vider les eaux stagnantes, changer l’eau des plantes chaque semaine, couvrir les réservoirs, nettoyer régulièrement les gouttières et les caniveaux, débroussailler les haies et les herbes hautes : autant de réflexes simples qui réduisent directement les capacités de reproduction de l’insecte.
Pour les voyageurs de retour d’une zone à risque (Antilles, Guyane, Océan Indien, Asie du Sud-Est), la vigilance ne s’arrête pas à l’aéroport. L’ARS recommande de continuer à se protéger des piqûres pendant sept jours après le retour, et de consulter rapidement un médecin en cas de fièvre soudaine, de douleurs articulaires ou d’éruption cutanée, en mentionnant impérativement le voyage récent. Ces symptômes peuvent correspondre à la dengue, au chikungunya ou au Zika.
Les professionnels de santé jouent également un rôle central dans le dispositif. Médecins et laboratoires de biologie médicale sont tenus de signaler immédiatement tout cas confirmé à l’ARS, ces maladies étant soumises à déclaration obligatoire. Chaque signalement rapide permet de déclencher une démoustication ciblée et de couper une éventuelle chaîne de contamination locale avant qu’elle ne s’emballe. La saison 2025 a montré ce qui peut arriver quand les conditions sont réunies. La saison 2026 vient tout juste de commencer.

















