Pour la première fois depuis la sortie de l’enquête du journal L’Equipe et avant la convocation du Stade Toulousain devant la commission de discipline de la LNR, Didier Lacroix a pris la parole. Le président a souhaité donner sa version et défendre son club face aux accusations de contournement du salary cap.
C’est dans l’une des grandes loges du stade Ernest-Wallon, que Didier Lacroix a décidé de briser le silence, mercredi 6 mai. Le président du Stade Toulousain a invité La Dépêche du Midi et d’autres médias à une « prise de parole » pour revenir sur les affaires extra-sportives qui ont pollué le club « rouge et noir » au cours de cette saison.
En premier lieu desquelles, l’enquête publiée par L’Equipe le 9 février 2026, qui accusait le Stade Toulousain de contourner le salary cap (masse salariale maximum imposée aux clubs de Top 14 : 10,7M€ pour la saison 25-26. Ce montant est réévalué à la hausse en fonction du nombre de joueurs internationaux). Selon le quotidien sportif, Antoine Dupont et Anthony Jelonch auraient été rémunérés par la société 3S Alyzia, l’un des sponsors du club toulousain, sans aucune contrepartie et sans que cela soit intégré à la masse salariale du club. Des accusations que le club a toujours réfutées.
Mais jusqu’ici, l’état-major « rouge et noir » n’avait réagi que par voie de communiqués transmis par le cabinet de conseil en communication de crise, Vae-Solis, ou par l’intermédiaire de ses avocats. Mercredi en fin de matinée, c’est donc le président en personne qui a choisi de s’exprimer, lui qui « souhaitait donner sa version des faits ».
« Je ne suis pas très à l’aise, bien entendu dans un exercice de clarification des choses passées, a-t-il lancé en préambule. Je ne suis pas très à l’aise parce que je dois dire que je suis plutôt embêté d’avoir à gérer ce type de situation vis-à-vis des joueurs, de l’encadrement, du public, des soutiens, des actionnaires et de l’ensemble du rugby français dans sa globalité. » Le président a expliqué vouloir revenir sur certaines contre-vérités qui sont sorties dans la presse « sans pour autant faire passer le Stade Toulousain et encore moins son président pour quelqu’un qui veut faire pleurnicher sur notre sort ».
Pour rappel, et à la suite de l’enquête publiée par le média sportif, le Stade Toulousain est convoqué le 26 mai prochain devant la commission de discipline de la Ligue nationale de rugby (LNR). Il est reproché au club un « dépassement » du salary cap sur trois des quatre dernières saisons ainsi que des « manquements à l’obligation générale de transparence et de coopération » lors des quatre dernières saisons. Et il risque pour cela une lourde amende et une interdiction de recrutement. Voici ce qu’il faut retenir de la prise de parole du président Lacroix.
« On a reconnu nos fautes et on a payé »
« Quand on va en commission de discipline défendre un carton jaune ou un carton rouge de l’un de nos joueurs, on y va bien entendu avec un certain nombre d’arguments. Et quand on va en commission de discipline pour telle ou telle chose, bien entendu, on y va avec un certain nombre d’arguments. On y va pour se défendre et pour trouver des raisons à l’ensemble de nos actions. Ça ne veut pas dire pour autant qu’on ne prend pas nos propres responsabilités quand elles y sont. Et je pense qu’on l’a déjà fait sur notamment l’affaire Jaminet (au terme d’une médiation, Toulouse avait réglé 1,3M€ pour défaut de transparence, puis a été sanctionné de 2 points de pénalités), sur lequel nous avons été jugés […] On a bien entendu l’impression d’avoir non seulement reconnu nos fautes, payé, puis de nouveau été convoqués par l’A2R (autorité de régulation du rugby) sur le même sujet, mais sur une autre partie, on a de nouveau reconnu nos fautes et payé. On n’a pas voulu faire appel pour que l’histoire ne continue pas, mais je pense qu’on a été suffisamment clair sur la reconnaissance de nos responsabilités. »
La prochaine convocation du 26 mai
« On a une nouvelle commission de discipline. Celle-là, je ne pourrais pas en parler parce qu’elle est à la fin du mois (le Stade est convoqué pour manquements à l’obligation générale de transparence pour les quatre dernières saisons et dépassement du plafond du salary cap lors de trois d’entre elles). Elle est effectivement sur deux sujets que je ne peux pas totalement dévoiler, puisqu’ils seront analysés. Mais, on ira se défendre. On a, encore une fois, l’envie de reconnaître nos responsabilités quand elles y sont. Mais quand elles n’y sont pas, permettez-nous de nous défendre tout simplement. Je crois que c’est dans le domaine du droit et c’est tout à fait normal d’avoir envie de se défendre. »
Les contre-vérités qu’il ne veut pas laisser passer
« Dans les contre-vérités, je vais vous demander l’autorisation de lire parce que je veux être très précis (il lit une feuille posée sur sa table). Je reprends des phrases qui ont été énoncées : “le Stade Toulousain gagne parce qu’il outrepasse le plafond du salary cap”, C’est faux. “Récidiviste depuis l’affaire Kolbe”, c’est très très faux, puisque nous n’avons jamais été condamnés pour faute dans l’affaire Kolbe, mais pour un manque de transparence à cause de la transmission de deux mails à décharge qui ont été fournis, mais qui ont amené en commission de discipline ce manque de transparence. « La condamnation de Jaminet pour franchissement de salary cap », c’est faux. Que « le groupe 3S était une partie associée en 2021-2022 et 2022-2023 », c’est faux. Il n’était pas partenaires. « Qu’Anthony Jelonch n’aurait rien fait pour le groupe 3S », c’est faux. Et on en a un certain nombre de preuves.
« Que le Stade Toulousain aurait dissimulé à la Ligue le contrat d’Antoine Dupont et du groupe 3S », c’est faux. « Que le Stade Toulousain aurait reconnu sa faute à cet égard dans le cadre d’une médiation », c’est faux. « Que le Stade Toulousain aurait accepté à raison ce manquement avec une amende de 200 000 euros », c’est faux. « Nos arguments contre le salary cap auraient déjà été énoncés par d’autres clubs », c’est faux. On l’a fait de façon différente et on y reviendra. « Que nos arguments contre le salary cap auraient été déjà jugés par le Conseil d’État », c’est faux. « Que l’adoption des demandes du Stade Toulousain faciliterait les fraudes », c’est faux, et on s’expliquera également dans le détail de ce que nous proposons, et que « le Stade Toulousain veut mettre fin au salary cap », ça c’est archi faux. […] S’il y a bien un club qui est attaché au salary cap et qui sait que sa survie en dépend pour s’opposer à d’autres économies dans le monde du rugby, c’est bien le Stade Toulousain. Nous sommes très, très attachés au salary cap, à l’encadrement de la masse salariale dans sa globalité. »
Pourquoi Toulouse veut réformer les règles du salary cap
« L’économie dans laquelle nous sommes, elle évolue. La nature du rôle du joueur évolue. Un joueur d’aujourd’hui n’a rien à voir avec un joueur d’il y a 10 ans ou plus, et même d’il y a 5 ans. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui il est à la fois un joueur et un influenceur. Il est à la fois un membre du club, mais il peut être en partie, un concurrent du club. Pourquoi ? Parce que si son image associée à une entreprise vient concurrencer celle du club, on peut avoir les prémices d’un affaiblissement de l’économie des clubs. […] Ce débat, il est apporté par les joueurs. Le Stade Toulousain, ce n’est pas le grand chevalier blanc qui vient sauver tout le monde. Mais l’incidence de ces choses-là, elles peuvent se vivre à l’avenir dans l’économie du partenariat. Et là, l’économie du partenariat, c’est au Stade Toulousain, la partie la plus rémunératrice du club, et on ne peut pas se permettre d’être en danger là-dessus. […].
S’ils peuvent avoir l’opportunité, sur une courte carrière, de gagner un peu plus d’argent, je les comprends complètement et je les soutiendrai. Par contre, il faut le faire en soutenant d’abord l’économie de nos clubs. Si on détruit le salary cap, on détruit notre économie. Donc, je ne peux pas les soutenir pour dire que tout l’argent qu’ils doivent gagner, ils doivent le gagner au sein même du club. Et donc, c’est pour ça qu’on s’attelle plus particulièrement à la capacité qu’ont les joueurs de pouvoir véritablement commercialiser leur image avec une partie associée ou non associée au club. Aujourd’hui on accepte qu’un joueur ait un contrat avec un « concurrent » du club, comme ça, ça ne rentre pas dans l’assiette du salary cap. Mais s’il est avec un concurrent du club, il va dans un intérêt divergent de celui du club. »











