Pions, cartes et dés ont envahi les journées et soirées toulousaines. Bars à jeux bondés, boutiques spécialisées qui se multiplient : jouer ensemble, créer des liens redevient un réflexe, bien loin des écrans. Phénomène de société ou simple tendance ? À Toulouse, la partie est lancée et elle dure.
Chez Baraka Jeux, rue de la Bourse, un mardi, toutes les tables ou presque sont prises par un public, essentiellement jeune. Peu de téléphones à portée de vue. L’ambiance est celle d’un café, mais les regards sont rivés sur un plateau. « On est en after work », glisse une cliente, venue initier ses collègues de travail pour la première fois. « On n’a pas touché nos téléphones depuis qu’on s’est assis », confirme le groupe de jeunes femmes.

Une dizaine d’enseignes à Toulouse
Les bars à jeux ont colonisé les ruelles du centre toulousain : Baraka Jeux, All4Play, La Taverne du Troll, Les Tricheurs, Le P’tit Pion, etc. La ville et son agglomération comptent désormais une dizaine d’enseignes dédiées. Yoann, cogérant d’All4Play, résume leur ambition originale : « On voulait lier la boutique et le bar à jeux, le but étant de jouer avec n’importe qui à des jeux simples ou d’initiés ».

Un loisir sain à moindres frais
Selon un vendeur du Baraka Jeux, « les gens ont testé entre amis, découvert un loisir sain pour s’amuser à moindres frais », justification confirmée par le bar Le P’tit Pion. « L’état d’esprit a changé : peut-être que les jeunes cherchent moins à se bourrer la gueule, ou faire moitié-moitié avec les jeux », sourit le vendeur.
Les clients des boutiques de jeux ont eux aussi attrapé la fièvre du jeu de société : « Notre public a changé : ils sont âgés de 20 à 60 ans désormais. Avant, c’était seulement un public âgé », analyse Gaël Bastide, gérant de la boutique Jeux du Monde, la plus ancienne à Toulouse, ouverte depuis 1978. Un public comparable existe chez Univers Parallèle, créée en 1993.

Naia et Mathéo, deux amis et clients rencontrés chez Jeux du Monde, incarnent cette nouvelle génération de joueurs. « Les jeux de société, lors d’une soirée entre amis, ce n’est jamais pareil quand on sort un Loup-Garou », estime Naia, qui attendait la sortie du kit de débutants de Donjons & Dragons 5. Mathéo ajoute : « En famille, c’est le seul truc qu’on a en commun ! »
Au Baraka Jeux, Thomas, Ariane et Laure, trois amis et habitués des lieux, jouent à Oh My Pigeons. « Le lien, ça change de la rencontre quotidienne autour d’un verre. Si on joue à un jeu d’enfoiré, on va se détester en partant, on passe par toutes les émotions. » Laure renchérit : « C’est une manière de s’évader. » Et le téléphone ? « On a déjà plein de dopamine avec les potes », appuie Thomas.
Les jeux qui cartonnent
Côté ventes, les petites boîtes taillées pour l’apéro trustent les podiums. Flip7 et Trio dominent au magasin C’est Le Jeu ; Dodelido s’impose chez Jeux du Monde. Les Monopoly et autres classiques, quant à eux, ont du plomb dans l’aile. « Ils ne marchent plus chez nous », tranche Nicolas, vendeur chez C’est Le Jeu.

Rue des Lois, le Passe Temps a ouvert en 1999. C’est la boutique la plus connue de Toulouse, avec près de 5 000 références, et une chaîne Youtube qui cartonne en France. « On essaie d’avoir tout ce qui se fait sur le territoire français. On commence aussi à avoir des jeux qu’on fait venir du Japon, d’Allemagne, d’Angleterre ou des États-Unis, explique Simon Murat, gérant du magasin. C’est un travail de recherche constant, on est des diggers du jeu. »
Dans un contexte où des milliers de nouveautés sortent chaque année, les boutiques indépendantes jouent leur survie face aux géants de l’e-commerce. « On a un loyer, des salariés à payer, rappelle Gaël Bastide. On se spécialise, on prend le temps avec les clients qu’on ne veut pas perdre. »














