Procès difficile devant la cour d’assises de la Haute-Garonne : la mort de Jacqueline, 27 ans, pianiste rayonnante, tuée le 7 août 2023 à Toulouse. Un féminicide violent commis par un homme « lunaire », au profil éloigné du crime reproché, qu’il reconnaît sans se montrer en capacité de l’expliquer. Conscient d’un dossier qualifié de « particulier », l’avocat général Olivier Janson requiert dix-sept années de réclusion criminelle devant les sœurs de la victime, immenses d’humanité. En défense, Mes Franck et Martin plaident pour la prise en compte d’un accusé « différent ». Les jurés ont retenu l’altération du discernement et condamné Guillaume Charvet à seize années de prison.
Délicat parce qu’inhabituel. « L’accusé n’a pas le profil d’un dominateur. Et, incontestablement, Monsieur Charvet est un brave type », prévient l’avocat général Olivier Janson. Avant le drame du 7 août 2023, pas de signe de violence, pas d’appel au secours des forces de l’ordre, pas d’emprise. Juste un malaise qui grandit. « Tout le monde évoque leur amour, et l’on en est à retenir une histoire de frigo trop grand pour le décrire comme violent », ironise Me Alexandre Martin.
Pourtant, ce lundi 7 août 2023, Jacqueline, « si ouverte vers les autres », souligne l’accusation, « heureuse d’aimer et d’être aimée », estime Me Emmanuelle Franck, va être tuée. Une scène d’ultraviolence. Soixante plaies, quinze profondes et traversantes, au moins trois mortelles. Guillaume Charvet ne se souvient que de trois. « Au maximum », lui rappelle Me Franck, pas convaincue.
« Jaloux ? Il l’a imaginé »
« Illustration de son délire mais aussi, peut-être, une manière de se protéger », propose l’expert psychologue Philippe Genuit. Comme son confrère psychiatre, ce praticien spécialisé juge sérieuse la thèse de la crise liée à la prise de toxiques, notamment du LSD le vendredi soir. Plus du cannabis, de la cocaïne, des champignons, de l’alcool… « Chez une personne fragile, qui montre des traits paranoïdes, qui devient jalouse, c’est en effet crédible. Et l’illustration d’une vraie souffrance. »
Cette souffrance, Guillaume Charvet en parle aux jurés. Moins tendu dans sa chemise noire, ce cuisinier qui s’est perçu humilié par ses chefs, comme il l’était par ses copains d’école, se souvient de son mal-être. De cette relation dans laquelle il s’inquiétait de la présence de Manson aux côtés de Jacqueline. Un ami un peu dealer, beau et trop sûr de lui. Le début de la jalousie. « Il ne s’est jamais rien passé, il a imaginé », constate son avocate. Lui le croyait et s’enfonçait peu à peu dans les complots.
« Au restaurant, j’avais l’impression que tout le monde me regardait, que des caméras me surveillaient depuis les aérations de mon appartement, que mes relations se dégradaient avec Jacqueline », dit-il d’une voix monocorde. Elle, pourtant rayonnante, se sentait mal aussi. Elle avait peur, ne comprenait plus son amour. En quelques jours, tout a dégénéré.
« Tu la détestes, tue-la ! »
« Le lundi matin, je voulais qu’on discute. Une voix m’a dit : Tu la détestes, tu la détestes… Tue-la. Le visage d’un de mes chefs, harcelant, est apparu… », confie cet homme aux jurés. Quelques minutes auparavant, il avait échangé avec sa mère, par téléphone. Elle l’avait trouvé mal, angoissé. Après, il s’est déchaîné sur Jacqueline. Les larmes envahissent son visage quand cet homme de 31 ans, sans casier judiciaire, évoque sa rencontre avec la jeune femme, leur plaisir. « On adorait se retrouver… J’assume mon entière responsabilité. Au début, c’était de la bombe. J’ai du mal à comprendre. »
Valérie, Léa, Évelyne, les sœurs de la victime, observent. Elles conservent leur dignité exemplaire. Leurs témoignages ont ému la salle d’audience jeudi soir. Leurs avocates, Mes Lise Van Driel et Marie-Christine Desarbres, portent leur souffrance et la grandeur de Jacqueline, leur grande sœur, aussi un peu leur mère. « Votre résilience est admirable », prévient l’avocat général. Leur mère, dont Me Margot Arberet sait aussi rappeler la douleur, hurle quand apparaît le visage rayonnant de sa fille aînée sur les écrans de la salle d’audience.
Violence « aux antipodes » de son caractère
Olivier Janson requiert 17 ans de réclusion. « Pas davantage, au regard du profil de l’accusé et des circonstances de cet acte d’ultraviolence, qui n’a pas été commis par un automate. » Il n’écarte pas l’altération du discernement. La défense apprécie. Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin reviennent sur l’effondrement de leur client, son mal-être, sa fragilité, la drogue qui floute la réalité. « Il va s’auto-persuader », regrette Me Franck. « Dans un excès de violence aux antipodes de ce qu’il est, de son caractère, de son comportement », selon Me Martin.
La défense plaide « une peine diminuée, qui l’aide à réfléchir, à se reconstruire », insiste Me Alexandre Martin. La cour d’assises retient l’altération du discernement et condamne Guillaume Charvet à 16 années de réclusion criminelle.













