La longue première journée d’audience consacrée au meurtre de Jacqueline, tuée à coups de couteau à 27 ans par son compagnon, Guillaume Charvet, en août 2023 à Toulouse, a été marquée, tard ce mercredi, par les dépositions des sœurs de la victime. Un trop-plein d’humanité, sans une once de haine ni de rancune, a envahi la salle d’audience de la cour d’assises de la Haute-Garonne.
« Un an après qu’elle soit partie, Jacqueline est venue dans un de mes rêves pour me dire que j’étais enceinte. Le lendemain, j’ai fait mon premier test de grossesse positif. Même morte, elle est toujours là », susurre d’une voix douce Léa, à la barre de la cour d’assises de Toulouse.
La jeune femme de 29 ans est l’ultime membre de la fratrie à peindre aux jurés les traits de leur sœur, tuée le 7 août 2023 par son conjoint, Guillaume. Son procès s’est ouvert tôt ce mercredi 20 mai. Léa, Valérie et Évelyne sont demeurées muettes tout au long de cette interminable première journée d’audience. Leur dignité a souffert du récit des dernières heures de leur sœur, Jacqueline, morte à 27 ans.
« Sans elle, nous ne serions pas là »
Au moment de prendre la parole, leurs voix résonnent à l’unisson. Trop pudiques pour s’épancher sur les horreurs de leur enfance entre une mère prostituée et un père alcoolique, elles concentrent leurs récits sur celle qui a constitué leur ange gardien : « Je pense que si nous n’avions pas eu Jacqueline, nous ne serions pas là », confesse Évelyne.
Les jeunes femmes narrent celle qui a été leur mère par substitution : « Regardez mes chaussures », demande Léa aux jurés avant de poursuivre : « Sans Jacqueline, ils ne seraient pas faits, c’est elle qui m’a tout appris », se souvient la jeune femme. Le cerveau de Jacqueline n’a rien à envier à son cœur : en dépit des affres de sa jeunesse, la disparue avait eu le bac avec mention très bien et parlait couramment huit langues. Un être extraordinaire, au sens le plus profond du terme.
« Amoureuse, elle était si heureuse »
Une seule chose, toutefois, manquait à ses jours : l’amour. « Elle n’a pas eu beaucoup de chance en amour », regrette Évelyne. « Puis arriva Guillaume. C’était l’amour fou, elle était tellement heureuse », raconte Valérie. Hélas, la chute fut aussi violente que le sommet était haut. L’amour devint jalousie, soupçon, paranoïa jusqu’à cette terrible matinée du 7 août 2023.
Au moment de s’adresser au bourreau de sa sœur, le ton de Léa demeure vierge de toute haine : « J’espère que Guillaume pourra se faire soigner et aller mieux. »
Souvent, les accusés jugés par cette même cour d’assises y sont arrivés notamment à cause d’une enfance chaotique. Jacqueline, Léa, Valérie et Évelyne, elles, ont su garder un cœur pur malgré leur enfance. Une pureté qui émeut jusqu’à la présidente, Valérie Noël. Après la conclusion de Léa, elle ne peut cacher son émotion : « Vous aussi, vous prenez soin des autres. Vous ressemblez à vos sœurs. »
Alors, les rayons du soleil couchant se glissent à travers les vitres de la salle d’audience et la baignent de lumière. À l’issue d’une journée où la victime a été décrite par tous comme « solaire », peut-être que Léa n’avait pas tout à fait tort : « Même morte, Jacqueline est toujours là. »
Les débats se poursuivent ce jeudi 21 mai. Verdict en soirée.













