Bien avant de se répandre dans toute la France, les repas de quartier sont nés au début des années 1990 dans le quartier Arnaud-Bernard à Toulouse. Retour sur l’histoire d’une initiative imaginée par le chanteur toulousain Claude Sicre, devenue une véritable tradition.
Le retour des beaux jours signe la reprise des repas de quartier. S’ils sont aujourd’hui répandus dans toute la France, cela n’a pas toujours été le cas. En effet, ces moments de convivialité autour d’un repas partagé par les habitants d’un même quartier n’ont, au départ, été organisés que dans une ville : Toulouse. Et, plus précisément, dans un seul quartier. Il s’agit de celui d’Arnaud-Bernard. C’est là que Claude Sicre, chanteur des Fabulous Troubadors, a décidé de donner corps à une de ses idées. « J’écrivais un roman, que je n’ai jamais publié d’ailleurs, dans lequel j’avais imaginé les repas de quartier », raconte-t-il. Claude Sicre propose le concept à ses « copains » de l’association Carrefour Culturel et au comité de quartier qui y adhèrent.
En 1991, le repas de quartier passe ainsi de la fiction à la réalité. Et les habitants d’Arnaud-Bernard sont mis à contribution. Pas question de mettre les pieds sous les tables. Ils ramènent ainsi à manger, de préférence « des plats un peu différents », même si les pizzas et « choses toutes faites » sont acceptées à table, mais aussi des assiettes, des couverts et des nappes. « Et puis, ils nous aident à aménager la rue », rendue piétonne pour l’occasion. Il faut effectivement installer les tables et les chaises pour que les habitants puissent déguster leur repas. Et celui-ci terminé, toujours vers 23h pour les familles et préserver le voisinage, tout un chacun participe au rangement et au nettoyage.
Des repas de quartier qui se sont exportés
« Ça a tout de suite eu du succès ». De nombreux autres repas de quartier vont alors suivre et rassembler, au plus fort, « 300 convives ». Bien vite, les habitants d’Arnaud-Bernard sont en effet conviés tous les jeudis, de juin à octobre, pour manger tous ensemble. « Ce n’était pas un repas entre copains. Nous allions chercher des gens qui n’étaient pas de notre milieu, qui étaient du quartier, mais un peu isolés ». Le tout, dans un esprit de solidarité. « Nous voulions créer un noyau de gens pour qu’ils se connaissent ». S’il s’est inspiré des repas de village, il tient à préciser : « Ces derniers sont organisés par des gens qui se connaissent entre eux, contrairement aux repas de quartier où l’anonymat est plutôt préservé ».
L’initiative plaît donc, mais peut-être plus que prévu. « Des personnes qui n’habitaient pas le quartier Arnaud-Bernard venaient. Nous leur avons plutôt conseillé de faire des repas de quartier chez eux ». Le concept se répand alors rapidement dans d’autres quartiers toulousains, notamment celui des Chalets. « Et puis, sont arrivées les radios et les télévisions », se souvient le chanteur. Les repas de quartier profitent ainsi d’une exposition nationale. « Ça a pris dans toute la France ». Trois ans après leur création, les repas de quartier s’exportent alors en dehors de la Ville rose. « Je pensais que ça prendrait petit à petit, mais pas si vite. J’avais sous-estimé le poids de la télévision et de la radio ».
Une initiative qui perdure 35 ans après
35 ans après le premier, l’association Carrefour Culturel continue d’organiser des repas de quartier, mais bien moins fréquemment qu’au départ. Les habitants d’Arnaud-Bernard se retrouvent ainsi en juin et en septembre. Ceux d’autres quartiers ailleurs en France font de même, notamment à Bordeaux ou en région parisienne. Des événements à ne pas confondre avec la Fête des voisins, aussi nommée “Immeubles en fête”, créée en 1999. Une distinction que le chanteur tient particulièrement à faire. « Certaines personnes pensent que c’est la même chose », déplore Claude Sicre avant d’ajouter : « Les repas de quartier restent à l’initiative des habitants, contrairement à la Fête des voisins ».










