Toulousain de 34 ans, marié depuis deux ans, Anthony mène une vie ordinaire. Sauf que derrière ce quotidien discret se cachent des années de violences homophobes. En 2022, son voisin l’a abreuvé d’insultes au moment du déménagement dans son nouveau logement, prêt à en venir aux mains, avant qu’une plainte soit déposée. Des années plus tôt, des inconnus l’avaient encerclé en pleine place Victor-Hugo, plaqué contre un mur et menacé de mort. En ce mois des Fiertés, Anthony veut être entendu : en 2026, les agressions homophobes existent encore, elles ne sont pas anodines et il faut les dénoncer. Systématiquement.
La 31e Marche des Fiertés s’apprête à défiler dans les rues de Toulouse ce samedi 6 juin, pour défendre les droits de la communauté LGBTQI+ dans l’espace public. A cette occasion, Anthony, un Toulousain de 34 ans, a accepté de témoigner sur les violences verbales et physiques homophobes qu’il a subies au cours de sa vie.

« Je vais te casser la bouche. Tu ne mérites pas d’exister »
En sortant d’un restaurant, il y a dix ans près du marché Victor-Hugo, à Toulouse, Anthony est repéré, peut-être reconnu par le biais de l’application de rencontres Grindr. Trois ou quatre hommes, au crâne rasé, l’encerclent. Ils le plaquent contre le mur. Anthony ne peut plus bouger. Les agresseurs le poussent, font des têtes-contre-têtes. Pendant cinq minutes, les insultes fusent : « Pédé », « tafiole », « tapette ». On le menace de mort : « Je vais te casser la bouche », « Tu ne mérites pas d’exister », soufflent les agresseurs au visage d’Anthony.
Autour, des gens en terrasse regardent. Personne n’intervient. Un passant finit par crier, seulement pour approuver les agresseurs, selon Anthony. Ce dernier repart seul, la tête blessée. Il ne porte pas plainte. « On a honte dans ces cas-là. On se fait afficher et on ne sait pas ce que pensent les gens », regrette-t-il.
Il a déposé plainte contre son voisin
En 2022, c’est son voisin de palier qui déclenche les hostilités. Prétextant que le chien d’Anthony et de son mari avait fait ses besoins devant sa porte, il déverse sa haine depuis sa fenêtre, descend, prêt à frapper. À nouveau, un tête-contre-tête.
Depuis plusieurs mois, Anthony ne croise plus son voisin. Ce dernier craignait des problèmes judiciaires : « Ils veulent m’emmener en prison », criait-il à Anthony. Les époux ont dû abandonner leur chien aux parents d’Anthony pour éviter un nouveau prétexte à altercation. « C’était un crève-cœur, mais obligé. »
Il n’a pas déménagé. « Si on part, il a gagné », considère Anthony. Quant à la plainte, il n’a pas cherché à en connaître les suites. Ce qui compte, c’est d’avoir signalé. « Il ne faut pas banaliser. Un « pédé » dans la rue, c’est pas du folklore. C’est une injure. Il faut porter plainte. »












