Les cinq immenses cuves en béton ne passent pas inaperçues dans le village de Blajan (Haute-Garonne), au sud de Toulouse. En pleine campagne, le site de Méthaboul, le méthaniseur qui fonctionne depuis un mai 2025, est un peu le « bébé » de Bertrand Loup, éleveur de bovins de 48 ans installé à Larroque, à une dizaine de kilomètres de Blajan. Associé à dix autres agriculteurs du secteur, il a porté durant une dizaine d’années ce projet de transformation de leur fumier, lisier et ensilage en biométhane, permettant d’alimenter en énergie une ville de 12 000 habitants, soit l’équivalent de Saint-Gaudens.
Un projet qui permet à ces agriculteurs de sécuriser leurs petites exploitations et d’amener un nouveau souffle dans un département où le revenu agricole est l’un des plus faibles de France, soit 5 000 euros par an et par exploitant selon la Chambre d’agriculture de la Haute-Garonne. D’après une enquête publiée en avril par l’observatoire de la rémunération agricole équitable, 57 % des agriculteurs d’Occitanie gagnent moins que le SMIC contre 43 % au niveau national.
Entre 1 000 et 2 000 euros par mois
« C’est un gros investissement mais c’est une nouvelle source de revenu qui complète nos activités respectives et rend l’emploi pérenne, sans avoir à agrandir nos petites exploitations et bouffer les voisins, assure Bertrand Loup, qui fait partie du mouvement des Ultras de l’A64 qui se sont mobilisés fin 2025 durant la crise agricole. Le plus important, c’est que nous sommes à parts égales sur 100 % du capital donc nous maîtrisons ce projet de territoire de A à Z et nous avons un prix de vente stable sur quinze ans. »
Sous le chapeau des énormes cuves de 3 000m², les tonnes d’effluents agricoles des 11 exploitations fermentent à 60 °C, émettant du biométhane qui est directement injecté dans le réseau de distribution géré par GrDF via une conduite allant jusqu’à la ville d’Aurignac. Une installation qui permet aux agriculteurs de réduire leur temps de travail dans leurs fermes puisqu’un salarié de Méthaboul vient chaque semaine récupérer ces matières agricoles.
De plus, le digestat, le résidu résultant de la fermentation riche en azote, est réutilisé par les associés pour enrichir leurs sols, réduisant l’achat d’engrais, dont le coût a augmenté de 30 % depuis la guerre en Iran. Vincent Condis, éleveur de chèvre à Escanecrabe et associé de Méthaboul, est satisfait d’assainir ainsi son fumier, tout en améliorant la qualité de ses sols. « C’est moins de gaspillage pour nous et cela allège la logistique, en amenant un nouveau revenu, souligne ce producteur de fromage. C’est aussi un projet qui dynamise les agriculteurs et crée de la cohésion. » Les associés de Méthaboul espèrent ainsi toucher entre 1 000 et 2 000 euros par mois grâce à la production de biométhane.
Le méthaniseur de Blajan, qui peut produire jusqu’à 27 000 tonnes de biomasse par an, pourra à terme être raccordé à des entreprises et même étendre son réseau jusqu’à Boulogne-sur-Gesse pour alimenter en énergie l’abattoir, l’Ehpad et le collège. L’équipement a coûté environ 10 millions d’euros, financés en partie par la région Occitanie, l’Ademe et des particuliers via une campagne de financement participatif.












