L’économie souterraine qui gangrénait le centre-ville de Toulouse vient de subir un coup d’arrêt majeur. Une opération d’envergure, mobilisant le Raid, les CRS et la police judiciaire, a permis le démantèlement d’un réseau de trafic de stupéfiants et de médicaments détournés qui alimentait les places Saint-Aubin, Occitane et le secteur Arnaud-Vidal. Entre saisies de cocaïne, milliers d’euros en petites coupures et kilos de pièces de monnaie issues de la mendicité, l’enquête policière met en lumière les rouages cyniques d’un marché qui exploitait la grande précarité des marginaux du quartier.
25 kilos de pièces de monnaie, plus d’un kilo de cocaïne, 68 comprimés de prégabaline, 56 comprimés de Lyrica, 10 406,70 euros en espèces, du matériel de conditionnement, des balances de précision et plusieurs téléphones… Révélée ce jeudi dans nos colonnes, la prise réalisée par la police nationale dans le quartier Saint-Aubin va soulager le voisinage.
L’enfer au quotidien
Entre crack et héroïne, le quotidien se détériorait profondément dans le secteur Arnaud-Vidal, pourtant historiquement populaire. Associations et commerçants avaient pris la parole au mois d’avril pour tirer la sonnette d’alarme. « Notre quartier a toujours accueilli des personnes en grande précarité », expliquait alors l’association Bien vivre à Toulouse dans un courrier adressé au maire. « Mais il faut être clair : si nous demandons une meilleure prise en charge de ces publics, le véritable problème reste celui des dealers, avec une recrudescence du trafic en pleine journée. »
« Une sorte de triangle d’or »
L’enquête menée par la police nationale met en lumière une véritable économie de quartier. « C’est un coup porté dans une sorte de triangle d’or. Les personnes arrêtées vendaient de la drogue depuis un point de deal situé rue Arnaud-Vidal. Leurs clients étaient des marginaux vivant dans des squats au bord du canal, à la place Saint-Aubin et à la place Occitane », confie une source anonyme.
3 000 € en pièces
Selon nos informations, un rapport de la police municipale avait signalé le point de deal d’Arnaud-Vidal il y a environ un an. « La grille de lecture est simple : les passants donnaient une pièce aux marginaux et ces derniers se fournissaient auprès des trafiquants, alimentant ainsi l’économie locale du trafic et l’insécurité dans le quartier », assure un connaisseur du secteur, manifestement soulagé. Les chiffres confirment sa théorie : plus de 3 000 euros en pièces de monnaie, soit près d’une vingtaine de kilos de métal, ont été retrouvés lors des perquisitions. En échange de ces centimes, les trafiquants fournissaient essentiellement de la prégabaline et du Lyrica. Des antiépileptiques à l’usage détourné pour devenir la drogue du pauvre, dont le comprimé se monnaye à 2 euros l’unité.
Une opération impressionnante
L’opération, d’ampleur, a mobilisé les enquêteurs de la police judiciaire de Toulouse, des policiers de voie publique de la DIPN de Haute-Garonne, mais aussi des effectifs du RAID et des CRS. La police municipale de Toulouse a également été associée au dispositif. Sept personnes ciblées ont été interpellées, ainsi que deux consommateurs. Toutes ont été placées en garde à vue, prolongée de quarante-huit heures sur décision du juge des libertés et de la détention, avant leur défèrement au parquet. « Le soir après le coup de filet, beaucoup de marginaux clients erraient dans la rue cherchant leurs points de vente. Il a fallu leur expliquer que le point de vente n’existait plus », assure une source policière.










