Quand Lucas est arrivé chez sa compagne dans la soirée du 1er juillet 2022 à Saint-Orens-de-Gameville, près de Toulouse, des hurlements l’ont alerté. Il a essayé d’intervenir pour la sauver, mais il a été à son tour violemment agressé. Touché par de nombreux coups de couteau, dont un porté à la gorge, sa vie n’a tenu qu’à quelques millimètres. Son témoignage à la barre de la cour d’assises de la Haute-Garonne glace l’assistance malgré la pudeur de ce garçon de 26 ans qui essaie de survivre « malgré tout ».
Il témoigne depuis plus de trente minutes à la barre de la cour d’assises de la Haute-Garonne. Les jurés, quatre femmes et deux hommes, ne le quittent pas des yeux. L’accusé Jean-Luc Bravo ne bouge pas, tête baissée, le visage protégé par ses dreadlocks. Souvent, entre deux phrases courtes, Lucas hausse les épaules, une manière d’éviter les détails de cette soirée « d’horreur » du 1er juillet 2022.
Il sortait de son travail dans un restaurant de Labège et rejoignait Marine. « Mon premier amour », avoue-t-il, un peu poussé par son avocat Me Martin Vatinel. Chez ce garçon, la pudeur transparaît à chacune de ses phrases. Marine partageait sa vie depuis trois mois, et déjà le couple partageait des projets. Il l’avait présentée à sa famille, il connaissait déjà la sienne, « en visio, à cause de la distance ». « Marine était belle, drôle. Elle était… Elle était bien, quoi ! » Quand il descend de sa voiture, devant la petite maison de Saint-Orens-de-Gameville, aux portes de Toulouse, un cri terrifiant le fige. Marine hurle de douleur sous les coups de couteau.
Se reconstruire, vivre ? « Pas simple »
« Je me suis précipité. » Du sang partout, un homme qui frappe. En haut, en bas de l’escalier ? « Je ne sais plus », répond Lucas aux questions de la présidente Valérie Noël. Aucun excès, pas de haine, juste les faits. « Il s’est jeté sur moi et a commencé à me frapper. J’ai essayé de parer les coups. Les premiers ont fait mal. Après… Quand j’ai compris que c’était Jean-Luc, je lui ai parlé, lui ai dit qu’il fallait sauver Marine, alerter les secours… » « Il s’est arrêté quelques secondes », indique la présidente. « Oui, et il a recommencé à frapper, notamment à la gorge… »
Sa barbe cache ses cicatrices, mais ses vingt-six plaies restent plantées dans sa mémoire. « Ce soir-là, s’il n’y avait eu personne dans la rue pour vous secourir, que se serait-il passé ? », interroge l’avocate générale Alice Gardair. Lucas reste silencieux et finit par avouer, doucement : « Je crois que j’y serais resté… »
Dans le box des accusés, celui qui tenait le couteau ne bouge pas. Trois ans après, alors qu’il n’a même pas bénéficié d’une expertise dans le cadre de l’instruction, Lucas essaye de se reconstruire. « Ce n’est pas simple », admet-il. Le procès comme la vie lui font peur. Il a laissé tomber la restauration ; il essaye de travailler en alternance. Il le verbalise du bout des lèvres, rien n’est facile.
« Il a peur pour lui et pour les siens »
« Il fait des cauchemars toutes les nuits. Pas toujours les mêmes. Lucas, il a peur pour lui mais surtout pour les siens. Sortir le soir, il ne peut plus. Le monde, la fête, il tremble. Envisager de quitter notre appartement pour une maison ? Impossible ! » La jeune femme qui s’exprime devant la cour offre un vrai soutien à ce garçon qu’elle aime.
« Nous nous sommes croisés avant les faits. On travaillait ensemble. Il était drôle, joyeux, sympa. Après je suis allée le voir à l’hôpital, je voulais l’aider. On est restés en contact. Ce n’était plus le même », confie Chiara. Leur amitié s’est renforcée avant de se transformer peu à peu en un véritable amour et un désir d’avenir commun. Quand Chiara se retourne pour retrouver la salle, le père de Lucas se lève dans un sourire pour lui laisser sa place, à côté de cet amour qui ne demande qu’à vivre.
L’audience se poursuit ce mercredi. Les proches de Marine doivent s’exprimer.














