EXCLUSIF. Qui jette ses déchets par les fenêtres de cette tour de Toulouse ? Au pied d’une tour au cœur du quartier du Mirail, un mystérieux fléau tombe littéralement du ciel, de jour comme de nuit : des pigeons morts et des montagnes de déchets jonchent le toit d’un garage et le sol, sous les fenêtres des habitants qui vivent un cauchemar. Les cafards envahissent l’immeuble et le coupable reste introuvable. Le bailleur social Patrimoine intervient pour nettoyer, mais, face à la réitération des faits, il avoue son impuissance. Incivisme, « je-m’en-foutisme », mise en danger d’autrui, on vous raconte cette histoire à peine croyable.
L’odeur est prenante. Sous le soleil écrasant de juin, des bouteilles vides côtoient des restes de nourriture, des vêtements abandonnés et même des pigeons morts. Dans cette résidence de la Reynerie, au Mirail, plusieurs habitants dénoncent des jets récurrents de déchets depuis les fenêtres des étages supérieurs, malgré des nettoyages réguliers.
Arrivée le 1er mai dernier dans un appartement de coordination thérapeutique avec son mari malade et leur fils de 5 ans, « Sophie »*, 35 ans, ne s’attendait pas à découvrir un tel spectacle sous ses fenêtres. « Ça a commencé dès mon installation », raconte-t-elle.
« J’ai déjà trouvé des serviettes hygiéniques et des préservatifs »
Depuis son appartement de la rue Jean-Gilles, situé au deuxième étage, la mère de famille surplombe le toit d’un garage transformé au fil du temps en véritable dépotoir à ciel ouvert. Ce lundi encore, bouteilles vides, boîtes de conserve, chaussures, vêtements et restes alimentaires jonchent le sol. À quelques mètres des fenêtres, des bris de verre côtoient même des pigeons morts.

Le phénomène se produirait aussi bien de jour que de nuit. Sans connaître l’identité des responsables, la mère de famille affirme avoir multiplié les démarches auprès des différents interlocuteurs susceptibles d’intervenir. « On nous dit que rien ne peut être fait, mais les gens continuent », regrette-t-elle.
« On a les odeurs, c’est horrible »
Sur place, une voisine rencontrée dans les étages supérieurs confirme l’existence du problème. « On a les odeurs, c’est horrible », témoigne-t-elle. Selon elle, les déchets seraient jetés depuis plusieurs années. « On nous a dit que les gens risquaient une amende s’ils étaient pris en flagrant délit, mais ce n’est jamais arrivé. »
Cette habitante affirme également que la présence régulière d’ordures favorise l’apparition de nuisibles. « Les cafards remontent », assure-t-elle.

Inquiétude pour la santé des enfants
Pour Sophie, cette accumulation de déchets est devenue une source d’inquiétude permanente. Avec son fils de 5 ans et l’état de santé fragile de son mari, qui suit un traitement médical lourd, elle dit hésiter à ouvrir les fenêtres de son logement. « Je n’arrête pas d’y penser », confie-t-elle. « Des amis me disent de laisser tomber, mais je n’y arrive pas. »
Contacté par La Dépêche du Midi, le bailleur Patrimoine assure être mobilisé sur ce problème « depuis plusieurs années ». L’organisme indique mener régulièrement des actions de sensibilisation auprès des habitants, en lien notamment avec la régie de quartier Reynerie Services, et rappelle que le secteur fait l’objet de nettoyages fréquents.
« La configuration des immeubles rend l’identification des responsables complexe », souligne toutefois Patrimoine, qui affirme engager des rappels à l’ordre lorsqu’un locataire est identifié. Le bailleur assure poursuivre ses actions pour tenter de faire cesser ces incivilités.
Que dit la loi ?
L’abandon de déchets dans l’espace public peut être sanctionné d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 € (contravention de 5e classe), voire davantage en cas de récidive. Plus grave l’infraction de mise en danger d’autrui, exposer directement autrui à un risque immédiat de blessures par violation délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
*Le prénom a été modifié.













