Le télétravail chez Airbus ravive les tensions sociales. Une lettre interne du patron Guillaume Faury évoquant quatre jours de présence hebdomadaire vient en effet remettre en cause un accord valable pourtant jusqu’en 2028. Les syndicats dénoncent un double discours de la direction. Explications.
C’est une lettre envoyée par le patron d’Airbus le 9 juin dernier à l’ensemble des salariés du groupe qui sème le trouble auprès des syndicats français de l’avionneur. Dans ce courrier que nous avons pu nous procurer, Guillaume Faury indique en effet que, pour tenir les engagements pris en début d’année, et notamment de livrer un nombre record d’avions en 2026, les jours de télétravail doivent être revus à la baisse. « Nous avons simplement besoin de plus de rapidité et de collaboration dans tous les domaines de notre activité. (…) Notre objectif est d’avoir une présence sur site de quatre jours par semaine à partir de septembre », indique-t-il.
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Pourtant, un accord a bel et bien été signé en 2024. Valable jusqu’en août 2028, il autorise certains salariés qui ne sont pas en lien avec la production à effectuer, avec l’accord de leur manager, jusqu’à deux jours de télétravail hebdomadaires. Cette nouvelle « orientation » de la direction d’Airbus visant à diviser par deux le nombre de jours autorisés en distanciel est donc perçue par les syndicats comme une atteinte à l’accord signé.
« Ces deux jours de télétravail n’ont jusqu’à maintenant jamais été remis en question en raison d’un manque d’efficience, et du jour au lendemain, on vient nous dire que finalement les choses ne fonctionnent pas correctement et qu’il faut revenir à quatre jours de présence sur site, ce n’est pas acceptable », s’insurge Guillaume Bonnet, délégué syndical central CFE-CGC chez Airbus. « Il existe un accord sur le télétravail et il ne peut pas être dénaturé. » Le 19 juin dernier, les syndicats ont été reçus par la direction pour essayer de clarifier la situation. À leur sortie, FO et la CFE-CGC étaient encore dans le flou.
Double discours
« D’un côté, la direction nous dit de ne pas s’inquiéter, que l’accord s’applique, et de l’autre, elle insiste sur la nécessité de faire quatre jours de présentiel sur site, donc il y a une sorte de double discours », explique Guillaume Bonnet. « De nombreux retours du terrain font état de consignes visant à limiter systématiquement le télétravail à un jour par semaine. C’est un jeu dangereux ! », renchérit de son côté Force ouvrière. « Si l’organisation du travail nécessite des évolutions, elles doivent être discutées, négociées et assumées, sans chercher à contourner les règles. » Contacté, Airbus n’a pas souhaité commenter… « Nous ne communiquons pas à l’extérieur de l’entreprise la teneur des discussions que nous pouvons avoir ou non avec nos partenaires sociaux », indique un porte-parole.
Face à ce qu’elle qualifie de « mépris » de Guillaume Faury, la CGT a décidé d’instaurer un rapport de force avec la direction. Le 25 juin dernier, le syndicat a appelé le personnel des sites d’Airbus, d’ATR et d’Airbus Atlantic à Toulouse à débrayer. La CFE-CGC et FO privilégient, de leur côté, pour l’instant, le dialogue. L’entente syndicale espère en effet que Guillaume Faury clarifiera sa position sur le sujet lors du prochain comité européen prévu le 7 juillet prochain. « On verra si on est entendu ou non, si on est toujours dans un véritable dialogue social », lâche Guillaume Bonnet. Après avoir réglé l’épineuse question de la prime de participation, la direction n’en a pas encore fini avec celle du télétravail.












