Pelouse piétinée, enchaînement des événements et ras-le-bol de certains habitants du quartier Saint-Cyprien : la prairie des Filtres est-elle victime de son succès ? Alors que le festival Rio Loco vient de s’achever, des résidents locaux dénoncent « la surexploitation » de ce parc emblématique, en bord de Garonne, tandis que la mairie de Toulouse défend un site culturel unique et une tradition festive essentielle.
« Je suis abasourdi, choqué. On va vers de plus en plus de canicules l’été, et la prairie des Filtres est utilisée, surutilisée, abîmée tous les étés, si bien qu’il n’y a plus d’herbe en ce moment. Ce qui signifie que les enfants du quartier ne peuvent plus aller jouer et que les personnes âgées ne peuvent plus s’y promener. » Les mots de Jean-Claude Coustel, « un vieil habitant de Saint-Cyprien » comme il se définit, sont sans appel au lendemain du festival Rio Loco.
« C’est un jardin public, notre jardin »
Si la prairie des Filtres est un poumon vert essentiel pour les riverains, le passage de 100 000 festivaliers laisse cette année encore une pelouse exsangue et piétinée.
« C’est un jardin public, notre jardin. C’est comme si on fermait le jardin du Grand-Rond ou le Jardin des Plantes pendant le festival », renchérit Annie Noé-Dufour, cette autre habitante du cours Dillon. « De plus, ici, c’est un éternel recommencement », ajoute-t-elle.
Rio Loco n’est qu’un point d’étape pour la prairie des Filtres, sachant que suivront les festivités du 14-Juillet et Toulouse Plages. Une « surexploitation » aux yeux des riverains, même si M. Coustel nuance en poursuivant : « Toulouse Plages n’est pas forcément une mauvaise chose, c’est beaucoup plus léger que Rio Loco et cela profite aussi aux habitants du quartier. » Aujourd’hui, nombre d’habitants demandent que la prairie redevienne « un espace vert de proximité » et le transfert de Rio Loco sur l’île du Ramier.

« Une tempête qui détruit tout »
« Depuis une époque ancienne, il y a toujours eu des événements sur la prairie des Filtres. On a des photos qui en témoignent, mais ce n’était pas aussi perturbateur et destructeur du lieu. À chaque fois, c’est une tempête qui détruit tout », reprend Annie, conservatrice du patrimoine à la retraite. Selon elle, « on peut concilier un usage, puisqu’il a toujours existé, avec le respect d’un site patrimonial, qui est classé », ajoute-t-elle.

« Pour les artistes, c’est un site extraordinaire »
Contactée au sujet de la possibilité de transférer Rio Loco sur l’île du Ramier, Nicole Yardeni, élue en charge des actions culturelles à la mairie de Toulouse, répond qu’un arrêté préfectoral rend le déménagement totalement irréalisable puisqu’il en fait un site protégé en termes de biodiversité. Pour l’élue, il y a une autre raison non juridique qui empêche ce déménagement. « L’esthétique de ce site fait effectivement de ce festival un événement unique en France. Cela participe de l’expérience artistique, de la renommée de l’événement et de l’identité culturelle de Toulouse. Quand les artistes internationaux viennent jouer là, ils disent tous que c’est un site extraordinaire, avec l’eau, les lumières qui se reflètent, le Pont-Neuf, les quais… », ajoute-t-elle.
Quant à l’enchaînement des événements sur ce site, l’élue rappelle « que c’est un jardin public. Ce n’est pas un jardin privé. Il est au service des Toulousains. Nous sommes en train de réfléchir à la manière de faire en sorte que les riverains puissent bénéficier de Rio Loco. Nous allons mettre en place un programme qui les invitera », conclut-elle.
« Une minorité de mécontents »
Pour le maire de quartier, Jean-Paul Bouche, les plaintes des riverains au sujet de Rio Loco restent minoritaires. « Il y a six ans, je recevais 50 à 100 courriels de doléances et, à ce jour, je n’en ai reçu aucun », affirme-t-il. Si la municipalité reconnaît qu’un petit nombre de gens continuent à se plaindre, « la majorité l’accepte et serre les dents pendant quatre jours au nom de l’intérêt général et de ce que représente Rio Loco pour Toulouse », poursuit Jean-Paul Bouche.

Concernant les dégâts visibles, Jean-Paul Bouche précise que la pelouse est refaite chaque année pour un budget de 5 000 euros. Il souligne également avoir réduit le calendrier des manifestations sur le site, en concertation avec Johnny Dunal, adjoint en charge de l’événementiel. À partir de septembre, la prairie entame une période de semi-sommeil. « Mais c’est vrai qu’il y a une période difficile, en été. Mais ceux qui souhaitent le départ de Rio Loco, ce n’est pas la majorité », ajoute-t-il.
Le maire de quartier rappelle enfin que l’événement reste familial grâce à ses structures de jeux, tout en réaffirmant sa volonté de préserver le site : « La prairie des Filtres est protégée. Pour preuve, je souhaite que l’on étudie un format de Toulouse Plages directement sur l’herbe, sans apport de sable. »
Entre attractivité festive et préservation du cadre de vie, la prairie des Filtres reste le théâtre d’un équilibre fragile.












