Vivre en couple sans partager le même toit : les « célicouples » sont de plus en plus nombreux à faire ce choix, notamment chez les 40-65 ans. Une nouvelle façon de concevoir la vie à deux, entre besoin d’indépendance, envie de préserver son quotidien et recherche d’une relation plus qualitative. À Toulouse, Noémie Rabassa, sexologue et thérapeute de couple depuis trois ans, décrypte ce phénomène et les raisons qui poussent certains couples à choisir de vivre séparément.
Noémie Rabassa, sexologue et thérapeute de couple à Toulouse depuis trois ans, décrypte le phénomène des « célicouples », ces couples qui font le choix de vivre séparément tout en restant engagés dans une relation. Selon elle, cet essor s’explique notamment par l’évolution de la société, l’indépendance des femmes et une volonté de privilégier la qualité des moments passés à deux plutôt que la vie commune à tout prix.
Comment expliquer que le célicouple connaisse un tel essor ces dernières années ?
Je pense qu’aujourd’hui, le célicouple s’explique sociologiquement par l’indépendance des femmes. On a désormais le choix de vivre en couple ou d’avoir son propre logement, de travailler et de construire sa vie comme on l’entend. À cela s’ajoutent les conflits qui peuvent naître des petites choses du quotidien : les corvées, les tâches ménagères, la routine… Ce n’est pas parce qu’on est ensemble qu’on est qualitativement ensemble. C’est dans ce contexte que les célicouples émergent.
Certains couples avaient d’abord choisi de vivre ensemble avant de faire le choix de se séparer géographiquement. Il y a aussi des personnes qui ont déjà vécu une première vie de couple, voire une séparation, et qui souhaitent retrouver une forme de légèreté. Ce n’est pas forcément un choix régressif, au contraire, cela peut être une manière de rendre la relation plus qualitative.
Cette volonté de privilégier uniquement les moments « qualitatifs » ne peut-elle pas conduire à un aspect consommateur de la vie de couple ?
C’est quelque chose qui peut être questionné. Après, certains couples qui vivent ensemble peuvent ne jamais être réellement présents l’un pour l’autre parce qu’ils ne sont pas connectés émotionnellement. Le fait de vivre sous le même toit ne garantit donc pas cette connexion. Dans le célicouple, il faut trouver un compromis et surtout que les deux personnes définissent ensemble les termes de leur relation et ce qui leur convient.
Pourquoi les célicouples concernent-ils majoritairement les 40-65 ans ? Selon l’Ined, ils représenteraient 22 % des couples de cette tranche d’âge.
On observe notamment beaucoup de femmes de cette tranche d’âge qui souhaitent redécouvrir leur sexualité. Elles sont souvent issues de couples dans lesquels il existait des stéréotypes de genre, avec beaucoup de sacrifices autour du ménage, de la carrière ou de la vie familiale. Après un divorce, certaines peuvent être dégoûtées de ce modèle et souhaitent aujourd’hui choisir la manière dont elles veulent vivre leur couple. C’est un changement de schéma conjugal qui s’inscrit dans l’évolution des mœurs. À l’inverse, les plus jeunes qui souhaitent davantage vivre ensemble peuvent aussi se calquer sur les schémas parentaux et sur un modèle de foyer qu’ils connaissent déjà.














