Dans les locaux, les occupants coupent, cousent, surjettent et, surtout, échangent. Situé depuis avril dernier dans un bâtiment qui fait face au centre culturel Alban-Minville, à quelques minutes du métro Bellefontaine, Toulouse Espace Couture se présente comme un tiers-lieu du textile. Initié par l’incubateur local Première Brique, il a d’abord vu le jour en 2022 à La Reynerie, avant de prendre ses quartiers ici, où il bénéficie de 300 m2 pour accueillir des publics très différents, du lundi au vendredi.
« À l’origine, l’idée était d’identifier les supports permettant d’aider les femmes des quartiers à entreprendre. La cuisine et la couture étaient deux vecteurs intéressants mais la cuisine exige trop de normes de sécurité notamment », raconte Séverine Foligné, porteuse de projet et directrice de Toulouse Espace Couture depuis 4 ans. Couturière en microentreprise, elle sait la difficulté de travailler seule, chez soi.
C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, le tiers-lieu regroupe un espace de coworking ainsi que cinq ateliers loués à des couturières indépendantes et propose des cours de couture et une offre de requalification. « Nous voulons fédérer tous les publics, quels que soient le niveau de couture, la culture, l’âge ou le niveau social », insiste la directrice.
Formation et recyclage
Si elle ne cache pas la difficulté à toucher les femmes de ces quartiers prioritaires de Toulouse (Haute-Garonne), elle se félicite d’avoir fait de ses locaux un « lieu d’échange ». Une conviction partagée par Corine, une tisserande qui a rejoint l’initiative en novembre 2022. Cette ancienne cadre RH dans le secteur hospitalier se réjouit d’avoir posé son métier à tisser dans ces locaux : « Il n’y a pas d’entre-soi. On ressent une ébullition, on côtoie des jeunes, avec une autre approche, qui sortent des schémas classiques. »
En effet, dans l’espace de coworking, à quelques mètres de l’atelier de tissage de Corine, un collectif de jeunes, passé par l’école de mode alternative Casa 93 Mirail, planche sur des projets à côté de personnes qui prennent des cours de couture et de stagiaires. « On fait aussi de la location de machine à coudre professionnelle, du matériel de qualité », ajoute Séverine Foligné, qui met également à disposition surjeteuses, recouvreuse et même une machine pour coudre le cuir. « Et nous avons ajouté le recyclage de textile, avec une mercerie de seconde main, alimentée par des dons de particuliers et grâce à un partenariat avec Ikea, dans le cadre de la loi Agec », complète-t-elle.
Aujourd’hui fortement dépendant des subventions, Toulouse Espace Couture, avec ses sept salariés, veut trouver son business model. Par l’intermédiaire de la conciergerie solidaire, le lieu réalise par exemple des travaux de retouche et répond à quelques commandes. Il a aussi lancé en septembre dernier une petite production, qu’elle vend sur les réseaux sociaux et dans différents événements à Toulouse, grâce à une marque nouvellement créée et labellisée « Fabriqué en Occitanie ».
Mais l’une des fiertés de la directrice est l’offre de requalification développée depuis près de deux ans, qui permet de toucher un public très éloigné de l’emploi. Dans un espace à part, sous l’œil expert de Laurence, une dizaine de femmes s’active sur leur projet du moment. « La session dure six semaines. L’idée est d’apprendre à travailler en groupe, d’avoir des horaires… La couture est un outil pour gagner en confiance », assure Séverine Foligné, citant l’exemple de Mohammad, désormais salarié de la structure, ou Malika, qui a trouvé sa voie et travaille désormais dans le câblage pour Airbus. Il fallait juste tirer le bon fil…























