Les épavistes illégaux prolifèrent à Toulouse, utilisant le mobilier urbain pour leur publicité. Ces pratiques alimentent une économie parallèle, échappant aux contrôles officiels. Près d’un tiers des véhicules en fin de vie sont concernés.
Des restes d’affiches zèbrent le poteau gris. Sous ce feu tricolore du quartier de Lardenne, à Toulouse, une nouvelle feuille attire l’œil. Fond bleu, lettres capitales : « Epaviste ». Plus bas, elle promet « l’achat de véhicule sans contrôle technique ». Un numéro de téléphone en caractères gras ferme l’annonce. Aucun des automobilistes immobilisés par le feu rouge ne semble remarquer l’affiche.
Répétées d’un quartier à l’autre, ces affichettes composent un paysage désormais familier. Les épavistes illégaux se servent du mobilier urbain pour faire leur réclame.
À Toulouse, la municipalité dit devoir composer avec ce phénomène récurrent. « On fait face à des affiches d’épavistes autoproclamés. C’est de la pollution visuelle et cela donne du travail à nos équipes de propreté qui les enlèvent régulièrement », explique Emilion Esnault, adjoint au maire chargé de la bonne tenue de l’espace public. La difficulté, selon lui, tient à l’anonymat : « Il n’y a qu’un numéro de téléphone. Quand on surprend quelqu’un en train d’afficher, on peut intervenir, mais cela reste très rare. »
Derrière ces annonces se cache souvent une économie parallèle. « Ils récupèrent les voitures, prennent les pièces et les revendent », explique un épaviste agréé par la préfecture. Dans la filière officielle, chaque véhicule hors d’usage doit être dépollué et détruit administrativement dans un centre agréé. « Nous avons des installations, des règles environnementales strictes. Les autres travaillent sans structure, parfois sans terrain déclaré », poursuit-il.
Selon une source policière, la lutte contre ces épavistes sauvages se heurte aussi à une question de priorités. « La police nationale est malheureusement très occupée. Beaucoup de sujets mobilisent les effectifs et ce phénomène des épavistes sauvages n’est pas toujours traité en priorité », confie-t-elle.
Des risques bien réels
Pour les particuliers, le risque est réel. « Si la destruction administrative n’est pas faite, vous restez juridiquement propriétaire du véhicule », rappelle Vanessa Montagne, directrice générale de l’association Recycler Mon Véhicule. Une voiture confiée à un acteur non habilité peut ainsi continuer à circuler ou être impliquée dans une infraction, avec des amendes adressées à l’ancien propriétaire.
Les centres agréés, eux, suivent un protocole précis de dépollution et de recyclage. Xavier Spanghero, président départemental des recycleurs automobiles de Haute-Garonne au sein de Mobilians, dénonce « un risque de pollution des sols et des nappes phréatiques ».
Selon les professionnels du secteur, une part importante des véhicules échappe encore à ce circuit réglementé. Certains parlent même de « voitures fantômes » : des automobiles démontées, brûlées ou abandonnées hors de tout contrôle administratif.
Dans les rues pourtant, rien ne semble bouger. Les petites affichettes continuent de fleurir sur les poteaux et les feux tricolores. Une feuille de papier, un numéro de téléphone, et la promesse d’une solution rapide pour se débarrasser d’une voiture. Près d’un tiers des voitures en fin de vie alimente ces réseaux.




















