Fin mars, une femme a été violemment agressée dans un supermarché du centre de Toulouse. Un coup de couteau dont la justification reste très incertaine. À la barre du tribunal correctionnel, deux marginaux, une femme et un homme perdus dans leurs délires et leurs addictions.
Le tribunal correctionnel de Toulouse a été confronté cette semaine à une esquisse de ce qui constitue la misère de la rue. Christopher, 38 ans, et Shéridan, 26 ans, ont en commun d’avoir passé la majeure partie de leur existence sans domicile fixe. Tous les deux sont malades psychiquement. Lui est schizophrène et a connu, douze ans durant, les hôpitaux psychiatriques ; elle souffre des troubles du neurodéveloppement et est borderline.
Est-ce la faute à la rue ou ces maux préexistaient-ils ? Ils sont aussi des proies faciles à des substances peu recommandables : cannabis, cocaïne, LSD… Le tribunal, toutefois, n’est pas là pour répondre à ces questions sociales. Il doit juger des faits d’une certaine gravité, surtout concernant Shéridan. Le 25 mars dernier, dans l’après-midi, alors qu’ils se trouvaient devant un supermarché de la rue de Rémusat, au centre de Toulouse, les deux mendiants voient entrer un couple, Abdel Malik et Teya, dans le magasin.
Coup de couteau et gifle
Shéridan et Teya se regardent, des paroles sont échangées et, d’un coup, Shéridan bondit sur Teya et lui assène un coup de couteau au-dessus du sein droit. Des témoins assistent, horrifiés, à cette scène et racontent avoir entendu les suppliques de la jeune fille : « Elle m’a plantée, elle m’a plantée, je vais mourir. »
Elle s’en est sortie avec seulement deux jours d’incapacité légale. Après l’agression, Abdel Malik a essayé de s’interposer. Christopher, du haut de ses 2 m 10, lui a infligé une gifle. Le président du tribunal correctionnel, Fabrice Rives, relate ces événements, mais Shéridan ne tient pas en place. Elle murmure des paroles peu sensées puis, d’un coup, hurle : « Elle m’insulte mes morts et moi je ne dois rien faire, c’est ça ? ! »
Malgré les vaines tentatives de l’apaiser de son avocate, Me Justine Dalloz, Shéridan poursuit sa logorrhée d’une voix ardente et noyée dans les larmes : « Je n’ai pas voulu la tuer, je n’ai pas voulu la tuer », répète-t-elle inlassablement. « Je fais que pleurer depuis le 25 mars. » « J’ai un couteau car j’ai eu un abcès et que j’ai failli mourir, c’était pour faire mes soins. »
Le flot de paroles de la prévenue est inarrêtable. Le président lui demande de sortir de la salle d’audience. Christopher ne peut contenir son émotion : « Je t’attendrai, ma chérie », mugit le prévenu. « Pourquoi aurait-on agressé ces gens-là s’ils ne nous avaient rien faits et pas d’autres gens au restaurant avec de l’argent », s’insurge encore le prévenu.
Les victimes restent avec leur angoisse
Pourtant, les avocates des deux victimes, Mes Océane Chotel et Séverine Rodriguez-Delseu, l’affirment : « Jamais nos clients n’avaient rencontré les prévenus auparavant. » Face à des faits qui suscitent « une incompréhension totale », les avocates décrivent une symptomatologie anxieuse qui se dégrade de jour en jour.
Dans leur sillage, le procureur requiert 400 euros d’amende pour la contravention commise par Christopher et 30 mois de prison, dont 18 mois ferme avec maintien en détention et un an avec sursis probatoire, pour le délit commis par Shéridan. En défense, Me Dalloz apprend au tribunal que Shéridan a fait parvenir une lettre à la victime pour s’excuser et prendre de ses nouvelles. L’avocate insiste surtout sur l’altération du discernement de sa cliente et demande un sursis probatoire renforcé.
L’oreille du tribunal semble avoir été attentive : le discernement de Shéridan est déclaré altéré au moment des faits et elle est condamnée à deux ans de prison, dont l’un ferme avec maintien en détention et l’autre assorti d’un sursis probatoire renforcé. Quant à Christopher, il écope de 500 euros d’amende.