Jennifer Pailhé, présidente de l’association « Nos Ados Oubliés », accompagne des familles confrontées aux fugues répétées et aux phénomènes d’exploitation sexuelle. Pour elle, ces départs ne sont jamais anodins et mériteraient une réponse plus adaptée.
Les fugues sont-elles plus fréquentes qu’avant ?
Ce qui change surtout, c’est leur caractère répétitif. Aujourd’hui, on ne s’arrête plus à une seule fugue. Les jeunes partent, reviennent, puis repartent. On voit ce phénomène dans tous les milieux : dans les familles, les établissements de protection de l’enfance ou encore les IME.
Que reprochez-vous au système actuel ?
Quand un enfant est déclaré en fugue, il n’y a pas toujours de réelle recherche mise en place. Et surtout, lorsqu’il revient, il n’est généralement pas entendu sur les raisons de son départ. Pourtant, comprendre pourquoi un jeune fugue permettrait parfois de détecter des difficultés plus profondes.

Existe-t-il un profil type ?
Non. Cela touche aussi bien les filles que les garçons, des mineurs suivis par les services sociaux comme des jeunes qui n’ont jamais eu affaire à eux. En revanche, on retrouve souvent des parcours marqués par des traumatismes ou des addictions.
Quel rôle jouent les réseaux sociaux ?
Ils jouent un rôle majeur. Aujourd’hui, les recruteurs rôdent beaucoup moins autour des foyers ou des établissements scolaires. Ils sont sur les réseaux. Ils repèrent des jeunes vulnérables et les contactent directement. Derrière, on retrouve souvent des adolescents qui ont connu des ruptures ou des traumatismes.
Comment aider ces jeunes ?
On ne peut pas les sauver contre eux-mêmes. Il faut respecter leur temporalité, créer un lien de confiance et les accompagner dans la durée. Les professionnels veulent souvent des résultats immédiats, mais cela ne fonctionne pas comme ça.
Quel message souhaitez-vous adresser aux parents ?
Il faut arrêter d’avoir honte et de s’isoler. Beaucoup de parents se culpabilisent alors qu’ils ont besoin d’aide. Qu’ils n’hésitent pas à pousser la porte d’un professionnel. Le parent reste une partie essentielle de la solution pour son enfant.














