La dépendance aux opioïdes touche plus de 210 000 personnes en France. Face à ce problème majeur de santé publique, une Journée d’Actions Multidisciplinaires (JAM) est organisée à Montpellier ce jeudi 21 mai. Cet événement rassemble une cinquantaine de professionnels, médecins hospitaliers, travailleurs sociaux, équipes de centres spécialisés, pour repenser les pratiques de soin et briser les clichés concernant cette addiction.
Les opioïdes. Cette grande famille de substances regroupe à la fois des drogues illicites bien connues, mais aussi des médicaments antidouleurs prescrits légalement. S’ils sont de puissants alliés contre la souffrance physique, les opioïdes agissent directement sur les récepteurs du cerveau et possèdent un pouvoir addictif exceptionnellement élevé. Cette dépendance cause au moins quatre décès par semaine et enregistre une augmentation de près de 150% des surdoses entre 2000 et 2015. Aujourd’hui, le fléau ne concerne plus qu’un profil unique : au-delà des usagers de drogues illicites, de nouveaux consommateurs, issus de tous les milieux, apparaissent, comme des patients dépendants à des antalgiques prescrits pour des douleurs chroniques, ou des personnes issues du milieu pénitentiaire. Face à cette situation, les acteurs de la santé réclament des réponses concrètes.
C’est tout l’enjeu de la JAM (Journée d’Action Multidisciplinaires sur la dépendance aux opioïdes) qui fait étape à Montpellier, ce jeudi 21 mai. Elle se déroule au Planet Ocean de la ville. « Le CHU de Montpellier est très actif en addictologie et le Pr Donnadieu, responsable du service Addictologie, a coconstruit le programme avec nous. Montpellier bénéficie par ailleurs d’un tissu associatif solide. C’est aussi un département où les disparités d’accès aux soins et aux innovations sont réelles », explique Arnaud Vesin, directeur général de Camurus France, société pharmaceutique partenaire de l’événement.
Le dialogue pour briser les clichés
Une cinquantaine de professionnels de la santé se sont ainsi réunis : « Médecins hospitaliers, travailleurs sociaux, équipes de centres spécialisés… C’est le reflet de la réalité de ces patients, qui traversent beaucoup de structures différentes au cours de leur parcours », rappelle le directeur général. « Les échanges sont denses et les retours d’expérience très concrets », se félicite Arnaud Vesin.
Car le véritable problème est là. Souvent stigmatisés et peu visibles dans le débat public, les malades font face à un parcours du combattant long et complexe. Il implique l’hôpital, mais aussi les structures médico-sociales et les accompagnants. Or, dans le système actuel, ces acteurs se parlent encore trop peu. L’ambition des JAM est de briser ce silence. « En 2026, la santé mentale est pourtant la grande cause nationale, dont l’addictologie fait pleinement partie. Et paradoxalement, les enveloppes du secteur médico-social se réduisent d’année en année. Dans ce contexte contraint, la prise en charge doit s’adapter et c’est précisément ce que ces journées cherchent à concrétiser », détaille Arnaud Vesin.
Un accès au soin inégal
Le blocage actuel n’est ni médical ni financier, il est structurel. En France, 110 000 patients éligibles n’ont pas accès à un parcours de soin dédié car les traitements de sevrage sont réservés aux structures hospitalières ou spécialisées et restent totalement interdits à la prescription en médecine de ville (médecins généralistes et pharmacies).
L’espoir repose désormais sur une volonté politique. Fin avril, le ministère de la Santé a annoncé travailler sur une réforme pour permettre aux structures médico-sociales d’obtenir le remboursement de ces traitements. Les JAM comptent bien porter ce message partout en France d’ici fin 2027 : « Après Paris en Janvier 2026 et Montpellier aujourd’hui, les prochaines étapes sont prévues en Auvergne-Rhône-Alpes, Grand Est, Hauts-de-France, Nouvelle-Aquitaine et Bretagne », confie Arnaud Vesin. L’objectif est clair : faire en sorte que chaque patient, peu importe sa région de résidence ou son milieu social, dispose enfin des mêmes chances pour se sevrer.









