Le couvre-feu instauré par la Mairie de Toulouse pour certains matchs de la Coupe du monde 2026 continue de faire débat. Défendue par Jean-Luc Moudenc comme une mesure de protection et de prévention après les débordements du 30 mai, cette restriction visant les mineurs de moins de 16 ans est vivement critiquée par l’opposition, qui dénonce une décision injuste, discriminante et difficilement applicable.
Une « innovation » pour Jean-Luc Moudenc, de « l’autoritarisme » pour l’opposition. Le maire de Toulouse a, pour rappel, décidé de mettre en place un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés dans le centre-ville, de 22h à 5h, pour sept matchs de la Coupe du monde. Et ce, à la suite des dégradations après la finale de la Ligue des champions, le 30 mai dernier. Cette mesure est le fruit d’un travail « autour de l’adjoint à la sécurité, avec les services concernés, la préfecture et la police nationale », a souligné Jean-Luc Moudenc lors du conseil municipal de ce jeudi 19 juin. « Et celui-ci a abouti à un couvre-feu extrêmement nuancé et équilibré », affirme l’édile qui « voulait faire les choses sérieusement, ne pas être dans la communication, ni dans la posture avec un arrêté qui aurait été fragile sur le plan juridique et annulé par le tribunal administratif ».
Mais ce couvre-feu n’a pas été du goût de l’opposition. « Prévenir n’appelle pas seulement la décision d’interdire. Et je ne saurais croire que c’est ici un aveu de faiblesse quant à votre capacité et à celle de la préfecture de gérer la sécurité d’un tel événement », déclare Victoria Scampa, du groupe Demain Toulouse, qui « condamne fermement les violences qui ont été commises dans la nuit du 30 mai ». « La joie, comme la colère, ne légitimeront jamais les violences sur le matériel public, le matériel privé et sur les personnes », appuie-t-elle. Sacha Briand, adjoint au maire en charge des finances, de lui répondre : « Vous condamnez les violences, mais vous souhaitez surtout interdire tout ce qui est de nature à permettre que celles-ci ne puissent pas se constater puisque vous refusez toutes les mesures à l’encontre des Black Blocs ».
Un couvre-feu en faveur de la jeunesse ?
Hélène Cabanes du groupe Vivre mieux, élu.e.s socialistes, écologistes, communistes et citoyen.ne.s, de renchérir : « Votre majorité n’est pas capable de gérer les grands événements populaires dans notre ville, alors vous optez directement pour la case sanction ». Pour le maire, cet arrêté vise surtout « à envoyer un message aux parents afin de les responsabiliser ». « Dans notre société actuelle, il y a, malheureusement, une déresponsabilisation croissante des parents », note-t-il. Mais c’est un tout autre message qui est envoyé, selon Hélène Cabanes. Celui « que la jeunesse serait un danger pour notre ville ». Maxime Le Texier, du même groupe, de confirmer : « Cette mesure n’est pas là pour protéger la jeunesse, mais pour protéger une zone géographique, c’est-à-dire le centre-ville ».
Ce que réfute Jean-Luc Moudenc. « C’est un arrêté en faveur de la jeunesse, qui protège les plus jeunes. En aucun cas, comme des propos polémiques et caricaturaux ont pu l’affirmer, nous voulons mettre à l’écart la jeunesse ». Sacha Briand explique : « Nous avons vu, lors de la finale de la Champions League, qu’il y avait des risques significatifs de débordement et des risques pour l’intégrité de ces mineurs qui sont embarqués par des gens qui ne cherchent qu’à mettre le bazar ». « N’oublions jamais que, lorsqu’un mineur de moins de 16 ans se retrouve concerné par ces phénomènes de dégradation, ce n’est pas forcément parce qu’il avait une volonté délictuelle au départ. C’est souvent parce qu’il est entraîné dans des effets de groupe, et, parfois, l’alcool aidant, les comportements changent », rapporte Jean-Luc Moudenc.
Pourquoi ces matchs et pas d’autres ?
Au-delà des « âges ciblés », Hélène Cabanes dénonce une « décision profondément injuste » quant « au périmètre géographique ». Jean-Luc Moudenc précise qu’il a été « défini avec les responsables de l’Etat une zone de sensibilité qui est l’hypercentre de Toulouse ». L’élue d’opposition pointe aussi du doigt les « dates choisies ». Victoria Scampa la rejoint : « Votre arrêté municipal, en date du 12 juin, impose le couvre-feu pour sept soirées de match à risque, sans expliciter la raison de ce choix ». En effet, ce couvre-feu s’applique uniquement pour les 13, 16, 19, 22, 24, 25 et 26 juin, soirs lors desquels le Maroc, la France, l’Algérie ou encore la Tunisie joueront. Ainsi, elle s’interroge : « Pourquoi pas les matchs de l’Espagne ou de la Suisse ? Est-ce que le risque de délinquance a une origine ? »
« Nous avons, avec les services de l’Etat, sélectionné un nombre de matchs de manière à ce qu’il n’y ait pas une mesure d’ordre générale qui aurait été appliquée de manière systématique et aveugle », fait savoir le maire. Et le choix s’est fait « en fonction des statistiques d’ordre public, dont l’Etat dispose ». « Nous avons ainsi sélectionné sept matchs pour faire en sorte que les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés ne se rendent pas en centre-ville ou alors s’y rendent avec leurs parents ou avec un majeur responsable », appuie Jean-Luc Moudenc qui précise que ce couvre-feu a eu, pour le moment, l’effet escompté. Tandis que Hélène Cabanes juge sa mise en place « en pratique inapplicable » et considère qu’il « risque de créer plus de problèmes que d’en résoudre ».
« L’arrêté s’est déjà appliqué à deux reprises de manière satisfaisante. Comme c’est un sujet délicat et qu’il faut être à la fois volontaire, volontariste et modeste, je n’en tire pas de conclusions définitives. Je relève simplement de manière objective que nous avons procédé à sept interpellations le 13 juin dernier et à huit interpellations, le 16 », rapporte-t-il. Selon le maire, « les choses se sont bien passées ». « Il y a eu, comme attendu, une forte affluence en centre-ville, mais pas de débordement. Les mineurs concernés par ces interpellations ont été tout simplement, et là aussi dans la sérénité, ramenés à leur famille et les amendes ont été activées », informe-t-il. Ce qui lui fait dire que « le seul fait que cet arrêté existe, qu’il y ait eu une forte communication autour, voire même une polémique, a permis de faire passer le message aux parents ». « Ce qui était l’essentiel ».
La fête mais pas pour tout le monde ?
Mais Victoria Scampa n’est pas convaincue, évoquant deux poids deux mesures. « D’un côté, vous limitez l’expression et le divertissement populaire en déclarant des couvre-feux pour les soirées de match de foot. De l’autre, vous organisez des beuveries pour nos jeunes avec les nocturnes alcoolisées des marchés. Où est la cohérence ? » s’interroge-t-elle. Elle se demande d’ailleurs « si le risque de débordements n’est pas le même dans les nocturnes », citant une habitante ayant appelé Allô Toulouse pour se plaindre de la « musique à fond, de la bière à gogo, des fesses et zizis à l’air et de la jeunesse alcoolisée, voire insultante » lors des nocturnes à Saint-Cyprien. « Comment lire vos décisions, si ce n’est par le prisme d’une vision répressive et discriminante. Et, finalement, si nous aimons toutes et tous la fête ici, M. Moudenc, quelle fête aimez-vous ? ». L’intéressé de confirmer : « Oui, nous aimons faire la fête à Toulouse, nous continuons et nous continuerons à la faire. Simplement, je ne peux pas parler de protection des Toulousains sans en tirer des conséquences de manière concrète ». « J’ai pris mes responsabilités, je ne le regrette pas », conclut-il.










