Inscrite aux monuments historiques, la caserne de pompiers Jacques-Vion va se transformer en ensemble immobilier de logements, de restauration, d’espaces de travail, de divertissement et de lieux voués aux sports et aux loisirs. Mais si la volonté du groupe Vinci, promoteur du projet, est de conserver et de valoriser ce patrimoine original, la destruction de la piscine et de ses mosaïques ne passe pas pour tout le monde. Alors que les travaux doivent commencer à la fin de l’année, est-il encore possible de la sauver ?
Est-il déjà trop tard ? Alors que les premiers coups de pioche sont programmés pour la fin de l’année sur le site de l’ancienne caserne de pompiers Jacques-Vion, le projet immobilier porté par le groupe Vinci et son partenaire Sporting Promotion fait encore débat chez les amoureux du patrimoine. En cause, la destruction de la piscine d’entraînement. « Un bijou » pour les initiés, pourtant promis à la démolition.

« Le paradoxe, c’est que ce bassin ne fait pas partie de la protection historique de la caserne », note Aline Tomasin, la présidente de l’association des Toulousains de Toulouse. De fait, si l’ensemble imaginé par l’architecte Pierre Debeaux en 1972 a obtenu le label « Architecture contemporaine remarquable » décerné en 2019, puis son inscription au titre des Monuments historiques en 2023, aucun des candidats qui ont concouru à l’appel à projets de la mairie de Toulouse n’avait prévu dans leur réflexion de conserver la piscine.
« Un choix regrettable »
Dans la proposition finalement retenue par la municipalité, l’emplacement du bassin accueillera une partie des nouveaux logements. Seul le plongeoir sera préservé et transformé en kiosque au pied de l’immeuble. Quant à la fosse de plongée destinée à l’entraînement des pompiers, elle deviendra un réservoir d’eau pluviale qui servira à arroser les espaces verts… « On peut regretter de sacrifier ainsi une piscine qui contribuait au cachet de la caserne Vion, commente sobrement Aline Tomasin. Était-ce un choix raisonnable quand on voit que tous les bâtiments extérieurs sont, eux, épargnés ? »
La question est balayée d’un revers de main par la municipalité, qui s’en tient froidement aux décisions administratives antérieures. « Lors de l’inscription de la caserne au titre des Monuments historiques en 2023, la piscine et la fosse de plongée n’ont pas été reconnues comme éléments patrimoniaux à sauvegarder, nous a-t-on confirmé. Elles feront place à une vingtaine de logements neufs, proposés en accession à la propriété, en accession aidée et en locatif social. » Mais que les nostalgiques se rassurent, les margelles de la plage de la piscine seront réutilisées, avec la reprise du calepinage, dessin formé par la disposition des carrelages, dans le parc de 2 500 m² qui sera aménagé au cœur du projet immobilier. Modeste consolation pour Aline Tomasin, qui considère important « de garder la mémoire et la trace visuelle du bassin, au moins sous forme de témoignage photographique ».
Un projet « stratégique »
Un autre défenseur du patrimoine, proche du dossier, est plus acide. « Ce n’est pas parce que la piscine n’était pas classée que ça empêchait les promoteurs de la conserver et de la valoriser, comme ils s’y sont engagés pour le reste de l’architecture de la caserne. » Anna Roche, la directrice territoriale de Vinci Immobilier, que nous avons tenté de contacter pour entendre les arguments du groupe, n’a pas donné suite à nos sollicitations. Mais elle s’était déjà exprimée dans la presse pour saluer « un projet stratégique pour Vinci Immobilier, qui traite pour la première fois à Toulouse un site classé Monuments historiques, qui peut conserver son enveloppe extérieure et se réinventer entièrement à l’intérieur. Un véritable cas d’école en matière de réversibilité ». Place sera faite, donc, à l’habitat, mais aussi à la restauration, aux espaces de travail, de divertissement, de sport et de loisirs pour créer un véritable cœur de quartier.
La municipalité, elle, se défend de toute légèreté sur le sujet. « La protection et la valorisation du patrimoine architectural qu’est la caserne Vion sont au cœur du projet immobilier travaillé en étroite concertation avec les services de la DRAC Occitanie et la mairie de Toulouse, explique-t-on au Capitole. Un travail est également mené avec la Maison de l’architecture d’Occitanie-Pyrénées sur la valorisation et le respect de l’œuvre de Pierre Debeaux. Dont acte. À moins d’une mobilisation inattendue des défenseurs du patrimoine, avant le démarrage des travaux en fin d’année, il y a peu de chances que la piscine de la caserne Vion soit sauvée. Dans une ville qui en manque pourtant cruellement…









