Retiré de la vie professionnelle, cet homme âgé de 70 ans a longtemps dirigé une petite commune, aux limites de la Haute-Garonne et du Gers. Pour les employés de La Poste, « un calvaire » résume celle qui a déposé plainte. D’autres femmes ont témoigné, et accusé. À la barre du tribunal correctionnel de Toulouse, le prévenu ne reconnaît rien et dénonce des mensonges et même un complot.
Jean et Polo, accroché à la barre du tribunal correctionnel de Toulouse, Robert s’étonne, s’offusque, affirme que « non », se dit même victime « d’une cabale, d’un complot ». Le président Noël Picco prend son temps, relit les témoignages et répète les questions. Face à lui, le retraité, bientôt 71 ans, remue la tête négativement et s’agace.
« Une femme qui distribuait le courrier dit qu’une première fois vous lui avez touché le sein. Elle a été surprise. La deuxième fois, vous lui auriez mis la main dessus, en serrant. Vous lui avez fait mal », reprend le président. L’ancien élu s’offusque. La victime présente quatre ans après dans la salle se crispe. « Non, ce n’était pas un accident », dit cette femme qui a quitté son métier de postière, effrayée par ces excès. « À la moindre occasion, il essayait », dit cette femme dont le caractère bien trempé s’impose.
« Pas le hasard » dénonce une victime
À la deuxième « agression sexuelle », prévient le président, cette mère de famille a déposé plainte. Et l’enquête confiée aux enquêteurs de la brigade de recherches de la compagnie de gendarmerie de Muret a vite retrouvé d’autres témoignages. Notamment chez les employées de la Poste de Saint-Lys où Robert exerçait des fonctions hiérarchiques. Une employée, qui n’a pas voulu se constituer partie civile, « pour passer à autre chose et ne pas revivre ces agressions », prévient la procureure, parle de main aux fesses et de stratagème pour éviter de se retrouver seule face à cet homme.
Une autre victime, présente à l’audience et partie civile, détaille les gestes « même pas équivoques », ces mains qui « comme par hasard » se retrouvent sur les fesses, les seins. « À une autre époque, peut-être était-ce toléré », tente le président. Face à lui, le prévenu ne veut rien savoir : « Tout ça est faux. » Il s’appuie sur le témoignage de la secrétaire de la mairie pour affirmer sa bonne foi.
« Une femme sous son autorité pendant plus de vingt ans… Belle défense », ironise Me Clémence Doumenc. L’avocate n’oublie rien. « Il a fallu se battre pour obtenir ce procès. Cette affaire, de manière peu compréhensible, avait été classée par le parquet de Toulouse », rappelle Me Doumenc qui a dû saisir le parquet général pour obtenir un renvoi devant la juridiction correctionnelle. Et elle balaye la théorie du complot : « Parce que les femmes qui dénoncent ne cherchent pas à enfoncer l’auteur, au contraire même. En revanche, devant le psychologue, elles s’effondrent. Voilà la réalité des dégâts causés par ces agressions sexuelles. » Elle réclame 5 000 euros de dommages et intérêts pour chaque victime, plus des frais de justice.
Le parquet dénonce un refus de la réalité
La procureure soutient les victimes, « ulcérée par des dénégations ridicules qui m’inquiètent. Cet homme refuse de reconnaître la réalité. Sans prise de conscience, comment peut-on espérer une amélioration de son comportement ? » Et le fait que le prévenu ne soit plus maire ne rassure pas la magistrate. « Nous avons deux victimes partie civile, d’autres qui confirment ces agressions sexuelles d’habitude. En réalité, combien de femmes ont subi ces gestes très déplacés ? » Elle requiert six mois de prison avec sursis.
En défense, Me Valère El Alami cherche à éteindre le feu. Il ne conteste pas les témoignages mais l’absence de preuve formelle. « À part les accusations de ces femmes, de quoi disposons-nous ? D’aucun élément probant. Sans cela, vous ne pouvez pas condamner », estime l’avocat.
Le tribunal n’a pas suivi : reconnu coupable, Robert est condamné à huit mois de prison avec sursis et un stage de sensibilisation aux violences faites aux femmes. Les deux victimes obtiennent 4 000 euros de dommages et intérêts, plus 1 000 euros au titre des frais de justice.











