À Toulouse, la mairie a organisé le 8 janvier 2026 en pleine crise agricole une réunion de travail avec les acteurs de la filière bovine pour échanger, se questionner sur la question de la promotion de la viande occitane dans les collectivités, la restauration et les grandes surfaces.
Malgré le refus de la France et la colère des agriculteurs qui s’amplifie, une majorité d’Etats de l‘Union Européenne a donné son feu vert ce vendredi sur l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur. C’est aussi dans ce contexte que les agriculteurs font face à l’épidémie, relativement endiguée, de dermatose nodulaire dans les élevages bovins. En Occitanie, où la contestation a démarré début décembre, 29 foyers ont été recensés depuis le mois d’octobre 2025 et autour de 85% du cheptel est désormais vacciné.
Complexité des appels d’offre pour les collectivités
Ces batailles et revendications mettent en lumière la question de la consommation de viande bovine locale, de l’élevage à l’étal en passant par l’abattoir. Comment faire pour faciliter l’achat de viande haut-garonnaise, occitane, par les collectivités ou la grande distribution ?C’était l’objet d’une réunion de travail le 8 janvier à l’initiative de la mairie de Toulouse avec les acteurs locaux. Car si le monde est d’accord sur le principe, développer la vente et la consommation locale en circuit court, la réalité technique est plus complexe.
Prenez justement un collectivité comme la Ville de Toulouse qui sert 35.000 repas par jour dans ses cantines scolaires et ses restaurants séniors. « On a fait le choix de se servir uniquement en Occitanie et dans le sud de la Nouvelle-Aquitaine. Heureusement que j’ai une directrice de la cuisine centrale qui est au point sur les démarches administratives parce qu’on s’arrache les cheveux avec les appels d’offres que nous devons rédiger« , déplore Jean-Jacques Bolzan, l’élu au bien manger. « Aujourd’hui, en tant que collectivité, vous ne pouvez pas sourcer quand vous voulez acheter des produits. Exiger une viande « locale », ça n’existe pas dans un appel d’offres. Un fournisseur allemand peut proposer une viande Label Rouge, difficile de le retoquer« , poursuit l’édile. La mairie est en train de monter une opération symbolique avec un achat spécifique pour un repas dans les cantines avec de la viande de Haute-Garonne.
Elever, engraisser et abattre sur place, un défi
Il y a la question du prix aussi. On peut imaginer que s’approvisionner en circuit court peut paradoxalement coûter plus cher que de passer par des centrales d’achat et prendre du bœuf ou du veau breton voire irlandais. Ce n’est pas l’avis de Christian Déqué, président de la chambre d’agriculture en Haute-Garonne. « Il y a de la désinformation, ça ne coûte pas plus cher de consommer local quand on arrive à produire et abattre un animal dans la région plutôt que de faire descendre des carcasses du Centre de la France. Et puis les parents comprennent si il faut payer 50 centimes de plus par repas pour manger local », milite l’éleveur bovin installe à Saint-Ferréol-de-Comminges.
C’est aussi une question de filière, et d’autres acteurs dans le département ont déjà souligné qu’il fallait restructurer la filière bovine en Haute-Garonne, basée sur les broutards, pour pouvoir acheter du bœuf ou du veau local en grande quantité. « Dans notre région, on a des naisseurs mais on n’a pas de politique d’engraissement. Or la consommation passe par des animaux engraissés, on est obligés d’exporter des broutards en Italie ou en Espagne. Il faut revoir àa pour avoir une offre importante », résume Jean-Claude Chibadie, agriculteur représentant la CPME 31.
Quant à la grande distribution, elle n’a pas d’appels d’offre à faire mais elle joue le jeu du local de manière inégale selon les enseignes. Ecouler la viande locale dans les grandes surfaces n’est pas toujours simple. « Souvent la grande distribution passe par les cinq grandes centrales d’achat nationales. Il faudrait qu’elle se tourne davantage en direct vers des acteurs locaux, comme nos chevillards qui livrent les carcasses et les morceaux« , plaide Jérôme Adoue est éleveur, et président des abattoirs du Comminges, à Saint-Gaudens et Boulogne-sur-Gesse.
La Haute-Garonne compte environ 80.000 bovins, destiné à la viande pour les deux tiers. En Occitanie, l’Aveyron est le premier département en nombre de têtes (420.000 bovins environ), loin devant la Lozère, le Tarn et le Lot.
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555




















