Accusé de vol avec violence ayant causé la mort, le procès d’Abdul Rahman s’est conclu par sa condamnation à 20 ans de réclusion. Malgré les doutes soulevés par la plaidoirie de la défense, et l’innocence revendiquée de l’accusé, la cour l’a reconnu coupable.
Il est encore tôt ce jeudi lorsque Me Nicolas Raynaud de Lage pénètre dans la cour d’assises de la Haute-Garonne. L’avocat est concentré, regard fixe en direction des jurés. Il joue l’ultime scène du procès d’Abdul Rahman. Ce Syrien de 29 ans est accusé de vol avec violence ayant entraîné la mort de son voisin, Philippe, dans la nuit du 14 au 15 novembre 2021 à Toulouse.
Au cours des trois premiers jours d’audience, l’accusé s’est quelque peu emmêlé dans ses explications, il a néanmoins maintenu un fil rouge : il n’a pas tué Philippe. Ce qui fait dire à Me Raynaud de Lage en ouverture de sa plaidoirie : « Mon plus redoutable adversaire se trouve à côté de moi ». « Plus on parle, moins il comprend », poursuit l’avocat avant de nuancer : « Mais s’il est inconstant, c’est parce qu’on lui demande de s’expliquer sur quelque chose qu’il n’a pas fait ! »
« Trop de scénarios, le doute existe »
Raison pour laquelle l’avocat invite les jurés, quatre femmes et deux hommes, à s’interroger : « Le doute, c’est le début de la conscience et de la raison. L’humain n’a pas sa place dans une justice qui ne doute pas », philosophe-t-il. Pour nourrir ce doute, l’avocat redessine les contours de cette ténébreuse affaire.
« On reproche à mon client la présence d’un gant avec le sang de la victime. Mais croyez-vous vraiment que s’il savait que ce gant avait servi à tuer Philippe, il ne l’aurait pas jeté, ce qui semble assez logique. Il l’a gardé car il ne savait pas. », exhorte l’avocat.
L’avocat de la défense dresse trois scénarios possibles pour expliquer le décès de Philippe. L’avocat prend le temps de les décrire. Avant de conclure : « Si tous ces scénarios sont possibles, c’est justement parce que le doute existe. » Me Raynaud de Lage n’oublie pas de pourfendre la peine requise par l’avocat général. « Trente ans, c’est la peine que l’on inflige à un meurtrier », s’émeut Me Raynaud de Lage, avant de raconter « l’ensevelissement vivant » que constitue la prison « Ça allonge les jours et distend les nuits. »
Après 4 h 30 dans le secret des délibérations, la cour et les jurés condamnent Abdul Rahman pour « vol avec violences ayant entraîné la mort » à 20 ans de réclusion criminelle.




















