Situation paradoxale en Occitanie ce 27 avril. Emmanuel Macron inaugurait à Lavelanet (Ariège) l’usine Géotex, qui va fabriquer des géotextiles pour la construction ou les routes à partir de fibres végétales et « symbolise, selon l’Élysée, la politique de réindustrialisation, de relance industrielle ». Pendant ce temps, le tribunal de commerce de Toulouse plaçait ce lundi matin, l’entreprise de Saint-Gaudens (Haute-Garonne) Fibre Excellence en redressement judiciaire assorti d’une période d’observation de six mois.
Une décision attendue alors que l’actionnaire du groupe de pâte à papier, qui possède également une usine dans les Bouches-du-Rhône, annonçait, mi-avril, qu’il « s’orientait vers une cessation de paiements », fragilisé depuis de long mois par la hausse du prix du bois et un prix de revente trop faible de l’électricité produite parallèlement sur ses sites, avec une perte évaluée à 35 millions d’euros en 2025.

Rapidement, la présidente de la région Occitanie Carole Delga (PS) a appelé « l’État à faire sa part du chemin pour les 700 salariés, pour leurs familles, pour nos territoires et pour l’avenir industriel de la France », confirmant que sa collectivité « est prête à rentrer au capital, à contribuer à la garantie des prêts, à solliciter des industriels pour consolider la situation financière dès à présent ».
Les syndicats « un peu soulagés »
Reçus en début d’après-midi à la préfecture de Haute-Garonne par une conseillère à l’industrie du chef de l’État, les syndicats se disaient tout de même « un peu soulagés ». « Même si le délai accordé est court, il n’y a pas eu de liquidation directe annoncée », réagissait ainsi Sébastien Oustric, délégué syndical CGT de l’usine de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), en amont de cette réunion.
« On a 45 jours pour trouver une solution », ajoutait son homologue de Tarascon (Bouches-du-Rhône), Laurent Quinto, en évoquant la clause de revoyure tous les deux mois. En rencontrant les équipes du président de la République, les représentants du personnel de Fibre Excellence souhaitaient avoir davantage de garanties sur les 150 millions d’euros que l’État s’était engagé à mettre sur la table en février dernier et sur sa volonté de compléter le paquet de soutien par une réévaluation des tarifs de rachat de l’électricité, jusqu’à + 20 %.
« Si le prix du MWh n’est pas adossé au prix du bois, ce n’est pas possible », assurait Laurent Quinto. Face à la concurrence asiatique ou brésilienne sur le marché de la pâte à papier, les deux sites du sud de la France ne peuvent pas rivaliser sans cela. « À nous deux, on produit 500 000 tonnes par an. Les usines au Brésil produisent 1 à 3 millions de tonnes, avec un coût de production trois fois inférieur », pointe celui qui est aussi secrétaire CGT au comité social et économique.
10 700 emplois à sauver
En présence notamment du sous-préfet de Saint-Gaudens, les différents syndicats ont pu présenter des modèles économiques alternatifs, basés sur la diversification. « Nous avons des projets porteurs pour nos usines. Nous sommes certains qu’avec les aides de l’État et nos projets chiffrés, nos usines sont viables. » S’ils assurent avoir été écoutés et évoquent des échanges prometteurs, les syndicats estiment que l’État doit s’engager à apporter 20 millions d’euros pour sauver 10 700 emplois dans la filière bois papier en France.
« S’il ne nous aide pas, ça pourrait lui coûter très cher, avec les PSE, mais surtout le démantèlement et la dépollution des deux sites, évalués à 500 millions d’euros », souligne par exemple Laurent Quinto, qui attend un retour de l’État avant le 1er mai ou, au plus tard, lundi prochain.