L’ancien capitaine de l’équipe de France et du Stade Toulousain Thierry Dusautoir prend la parole pour défendre Antoine Dupont, critiqué ces dernières semaines. Il estime que le demi de mêlée est confronté à un « manque d’indulgence ».
Élu meilleur joueur du monde en 2011 par l’International Rugby Board, qui de mieux placé que Thierry Dusautoir pour savoir ce que traverse actuellement Antoine Dupont, seul autre Français à avoir été honoré de cette distinction, en 2011 ? Dans un texte publié sur LinkedIn, l’ancien troisième ligne du XV de France et du Stade Toulousain a pris la défense de l’actuel capitaine des Bleus et des « rouge et noir », critiqué ces dernières semaines quant à son rendement sur le terrain.
« Une forme d’obligation d’être à la hauteur »
Thierry Dusautoir met en perspective sa propre expérience, et la difficulté de ne pas décevoir après avoir été salué comme le meilleur : « Après le titre de meilleur joueur du monde, j’ai ressenti une attente incroyable. Comme une forme d’obligation d’être à la hauteur, en permanence. Et forcément, je pense que je me mettais une pression immense pour ne pas décevoir. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui on demande à ce joueur d’être exceptionnel, au lieu de valoriser la chance que l’on a d’avoir un athlète à part, et qui continue, même différemment, à peser sur le jeu. »
Touché par les commentaires négatifs adressés à l’encontre de Dupont, le quintuple champion de France, dont trois fois avec Toulouse, rappelle également l’importance des blessures pour Antoine Dupont, victime en mars 2025 dernier d’une deuxième rupture des ligaments croisés, qui a fait son retour à la compétition en novembre dernier : « Il est assez logique que les trajectoires évoluent, surtout après des blessures. Aujourd’hui, c’est un joueur simplement moins performant depuis son retour, qui se retrouve confronté à un manque d’indulgence, lié à l’attente énorme que suscite le héros. »
Il rappelle également à quel point il est difficile de dominer aussi longtemps dans un sport tel que le rugby, sur lequel Dupont a plané ces dernières années : « Le héros a joué son rôle de héros pendant six ou sept ans au sommet, une éternité dans un sport de haut niveau aussi intense que le rugby. »
« Cette petite musique… »
Dusautoir regrette enfin la versatilité des observateurs, capables d’encenser un joueur puis de l’enterrer le lendemain, sans transition ou presque : « Les analyses et les avis se multiplient, et avec eux cette petite musique : il ne serait plus tout à fait le meilleur joueur… Et là, sans transition, le passage d’une forme d’admiration absolue à une exigence presque implacable s’opère. Comme si, à force d’avoir été exceptionnel, il n’avait plus vraiment le droit d’être autre chose que cela. »
Après Vincent Clerc, qui avait estimé dans les colonnes de La Dépêche que ce refrain sur Antoine Dupont qui serait moins bon n’était que le fruit de « discussions de comptoir », c’est donc un autre joueur emblématique du Stade Toulousain et de l’équipe de France qui vole au secours du joueur star. Et conclut, à propos du demi de mêlée de 29 ans : « Peut-être que, plutôt que de guetter ce qu’il ne serait plus, on gagnerait simplement à se rappeler tout ce qu’il est déjà. »















