En France, le cancer reste la première cause de mortalité prématurée, mais tous les patients ne bénéficient pas des mêmes chances face à la maladie. Accès au dépistage, aux traitements innovants, suivi médical : les inégalités sociales persistent. Pour mieux les comprendre et tenter de les réduire, une nouvelle unité de recherche vient d’être créée à l’Oncopole de Toulouse.
L’Oncopole de Toulouse devient le premier centre en France à créer une unité entièrement consacrée aux inégalités sociales et territoriales liées aux cancers. Baptisé PRIC, ce nouveau service vise à mieux comprendre pourquoi tous les patients ne sont pas égaux face à la maladie et surtout comment réduire ces écarts.
Car, selon le baromètre “Curie Cancer 2026”, plus de trois Français sur quatre estiment qu’il existe des inégalités face aux cancers. Le lieu de résidence est aujourd’hui perçu comme le principal facteur d’inégalité, devant le niveau d’information et les revenus. Les difficultés d’accès aux soins spécialisés alimentent ce constat.
À l’échelle nationale, 65% des Français jugent compliqué d’obtenir un rendez-vous avec un spécialiste et près d’une personne sur deux considère difficile l’accès à des équipements médicaux de pointe. Les habitants des territoires ruraux ou éloignés des grands centres hospitaliers se disent particulièrement concernés.
« On ne peut pas analyser les cancers uniquement sous un angle médical »
L’objectif de cette unité spécialisée est de mesurer précisément ces inégalités afin de mieux comprendre les mécanismes qui les induisent. Les chercheurs s’intéressent à l’ensemble du parcours de soins : risque de développer un cancer, accès au dépistage, rapidité du diagnostic, traitements par chimiothérapie ou radiothérapie, suivi après la maladie ou encore accès aux innovations thérapeutiques. « L’accès à certains traitements ou les chances de survie peuvent être associés au statut social d’un individu », souligne Cyrille Delpierre, coordinateur de l’unité et épidémiologiste.
Le médecin rappelle que toutes les pathologies ne sont pas concernées de la même manière par ces inégalités. Les cancers ORL (pharynx et larynx), du poumon ou certains cancers liés aux expositions professionnelles sont davantage présents dans les populations les plus défavorisées. À l’inverse, le cancer du sein touche plus fréquemment les femmes ayant un niveau d’études élevé, mais celles-ci bénéficient généralement d’un dépistage plus précoce et d’une meilleure prise en charge, réduisant la mortalité.
« Les comportements de santé sont influencés par notre environnement social, notre travail ou notre éducation. Par exemple, il peut y avoir 8 années d’écart d’espérance de vie entre un ouvrier et un cadre. On ne peut pas analyser les cancers uniquement sous un angle médical », insiste le docteur Cyrille Delpierre.
Repenser le dépistage et les essais cliniques
L’unité travaille également sur les campagnes de prévention et de dépistage, qui ne touchent pas toujours les populations de la même manière. « Envoyer simplement un courrier pour participer à un dépistage peut parfois renforcer les inégalités. Tout le monde ne lit pas ou ne comprend pas ces messages de la même façon », analyse l’épidémiologiste. Pour le chercheur, les stratégies de prévention devront donc être davantage adaptées aux réalités sociales et territoriales : supports vidéo pour les plus jeunes, campagnes différenciées selon les publics ou encore meilleure prise en compte des écarts entre zones urbaines et rurales.
Le PRIC compte aussi analyser les inégalités dans l’accès aux traitements innovants et aux essais cliniques. Aujourd’hui, ces études incluent encore majoritairement des hommes et des personnes issues de milieux favorisés, un déséquilibre qui peut avoir des conséquences directes sur l’efficacité des traitements. « Si certaines populations ne sont pas représentées dans la recherche, on risque de développer des solutions qui ne fonctionneront pas pour tout le monde », alerte le coordinateur.
Au-delà de la recherche, l’objectif est de faire évoluer le monde de la santé. Avec cette nouvelle structure pionnière en France, Toulouse entend désormais devenir un territoire de référence dans la lutte contre les inégalités face aux cancers. « Ce que l’on cherche, c’est l’équité », conclut Cyrille Delpierre.
Ilona San












