La fraude à la main-d’œuvre agricole prend de l’ampleur en Occitanie. Derrière le mirage d’un visa saisonnier, une filière exploitait des candidats marocains à l’émigration contre un ticket de 15 000 euros chacun. Trois organisateurs viennent d’être lourdement condamnés à Toulouse.
« C’est un phénomène que l’on voit monter en puissance depuis près de cinq ans, mais qui a explosé ces deux dernières années. » L’assertion émane d’un des enquêteurs de l’OLTIM de Toulouse (Office de lutte contre le trafic illicite de migrants).
Des groupes criminels assurent l’acheminement et l’entrée sur le territoire français de supposée main-d’œuvre agricole. « Très souvent, ce sont des Marocains. Ils sont réputés durs au mal, habitués à travailler la terre », affirme notre source.
Sous couvert d’agriculture…
Au mois de mars, le tribunal correctionnel de Toulouse a jugé une affaire emblématique en la matière. Au terme d’une enquête menée par l’OLTIM, Farid, 38 ans, et Saïda, 42 ans, ont comparu notamment pour aide à l’entrée et au séjour irréguliers d’étrangers en bande organisée. Avec eux à la barre, Rachid, 40 ans. Lui aurait joué les hébergeurs de complaisance.
Les ressorts de la fraude demeurent les mêmes. « L’un crée une société de prestations agricoles supposée fournir en main-d’œuvre des maraîchers, en Haute-Garonne, dans le Tarn-et-Garonne ou le Gers. Dans le cas présent, les ouvriers avaient versé 15 000 euros chacun pour venir en France », synthétise un enquêteur.
« Et quitte à casser des mythes, il s’agit souvent d’exploitation humaine intracommunautaire », ajoute l’une de ses collègues. « L’esclavagisme n’a pas de couleur. »
Titre de séjour « travailleur saisonnier »
Dans le cadre de cette filière, des dizaines de candidats à l’émigration auraient ainsi franchi la Méditerranée sous couvert de venir cueillir des pommes, des kiwis, des melons ou ramasser des courgettes, des tomates et des salades en Occitanie. L’idée des fraudeurs étant de leur obtenir un visa, puis un titre de séjour « travailleur saisonnier », avant de les laisser s’égayer dans la nature une fois le pied posé sur le territoire national.
Farid a été condamné, la semaine dernière, à deux ans de prison ferme, dix ans d’interdiction du territoire français et 8 000 euros d’amende. Saïda a écopé d’un an de prison ferme, aménageable sous bracelet électronique. Enfin, Rachid, le faux hébergeant, à cinq mois de prison ferme, à purger sous surveillance électronique, et 2 000 euros d’amende.














