C’est une singularité méconnue en Occitanie. Mende est aujourd’hui la seule préfecture de la région à ne pas être reliée directement à un axe routier modernisé. Pour changer la donne, l’État relance le dossier de la RN88 entre l’autoroute A75 et la préfecture lozérienne. À la clé : quatre scénarios, plusieurs années de travaux et un projet pouvant atteindre 425 millions d’euros.
Quand on arrive en Lozère depuis l’A75, il faut encore emprunter une route sinueuse pour rejoindre Mende. Une situation qui dure depuis des décennies et qui revient aujourd’hui au cœur du débat public.
L’État vient en effet de lancer une concertation sur l’avenir de la RN88 entre l’échangeur de l’A75 et Barjac. Derrière ce dossier technique se cache un enjeu majeur pour tout un territoire : améliorer l’accès à Mende et renforcer les liaisons routières dans un département où les temps de trajet restent un frein pour de nombreux habitants et entreprises.
Mende, toujours à l’écart des grands axes
Contrairement aux autres préfectures d’Occitanie, Mende ne bénéficie toujours pas d’un raccordement direct à un axe routier aménagé à grande capacité. La section concernée par le projet s’étend sur environ 16 kilomètres entre l’autoroute A75 et les portes de la préfecture lozérienne.
Aujourd’hui, les automobilistes doivent composer avec des virages, des carrefours parfois accidentogènes, plusieurs traversées de villages et des portions où les possibilités de dépassement restent limitées. Chaque jour, entre 4 000 et 6 000 véhicules empruntent pourtant cet itinéraire, dont de nombreux poids lourds.
Jusqu’à 425 millions d’euros d’investissement
Pour répondre à ces difficultés, quatre scénarios sont désormais sur la table. Le plus simple consisterait à moderniser la route actuelle. Cette option, estimée à environ 65 millions d’euros, permettrait notamment de sécuriser plusieurs intersections et de supprimer certains passages à niveau. Mais l’État étudie également des solutions beaucoup plus ambitieuses.
La variante la plus spectaculaire prévoit la création d’un nouveau tracé au Sud. Son coût pourrait atteindre entre 350 et 425 millions d’euros. Plusieurs viaducs seraient alors nécessaires pour franchir le relief particulièrement accidenté de cette partie de la Lozère. Deux autres variantes passant davantage au Nord sont également à l’étude. Leur coût serait compris entre 110 et 140 millions d’euros.
Un projet qui divise déjà
Comme souvent lorsqu’il s’agit d’infrastructures routières, le projet ne fait pas l’unanimité. Les défenseurs d’un aménagement ambitieux estiment qu’il est indispensable pour désenclaver durablement le territoire, améliorer la sécurité et soutenir l’économie locale.
D’autres s’interrogent sur son coût, ses conséquences environnementales et l’impact potentiel sur les paysages qui font la réputation de la Lozère. Le débat porte également sur les gains réels de temps de trajet obtenus selon les différentes variantes.
Les habitants invités à donner leur avis
Pour départager les scénarios, l’État ouvre désormais une phase de concertation publique. Jusqu’au 12 juillet, habitants, élus, associations et usagers pourront consulter les documents du projet et formuler leurs observations.
Plusieurs réunions publiques sont programmées dans les communes concernées afin de présenter les différentes options. À l’issue de cette phase, un scénario privilégié devrait être retenu pour poursuivre les études.
Un chantier qui ne verra pas le jour avant plusieurs années
Même si un choix est effectué rapidement, les automobilistes devront encore patienter. Entre les études complémentaires, les procédures réglementaires, les enquêtes publiques et les éventuels recours, le chantier ne pourrait pas démarrer avant plusieurs années. Mais pour la Lozère, l’enjeu dépasse largement la simple question routière.
Pour beaucoup d’élus et d’acteurs économiques, il s’agit de savoir si Mende pourra enfin rejoindre les autres préfectures occitanes en bénéficiant d’une liaison moderne vers le réseau autoroutier national. Un débat qui pourrait façonner durablement l’avenir des déplacements dans le département.









