Steacy a 28 ans. Durant trois ans, près de Toulouse, elle a partagé le quotidien hypersexualisé et très violent d’un conjoint qu’elle décrit comme « pervers narcissique ». Mis en examen pour viols, tortures et actes de barbarie sur sa personne, cet homme de 36 ans au passé délinquant a été placé en détention provisoire le mois dernier. Forcée à prendre de la cocaïne, à coucher avec des hommes en se filmant, punie, frappée, « sous emprise », cette maman de deux jeunes enfants raconte son calvaire : « Je suis tombée amoureuse d’une illusion ». Témoignage.
La rencontre se déroule à Toulouse, au cabinet de l’un de ses avocats, Mes Agnès Dufétel-Cordier et Martin Vatinel. Steacy, 28 ans, est venue en poussette avec son bébé de quelques mois. La chaleur accablante plonge le nourrisson tout potelé dans un sommeil réparateur. « C’est son fils, mais il ne l’a pas reconnu ».
La jeune femme profite de ce temps calme pour dérouler trois ans de vie en enfer. Un calvaire qui a pris fin le 8 mai dernier, avec la mise en examen et le placement en détention provisoire de son conjoint de 36 ans, défendu par Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck, pour « viols, torture et actes de barbarie » (lire par ailleurs). Un récit poignant.
Dans quelles circonstances avez-vous rencontré cet homme ?
Je l’ai rencontré en boîte de nuit, à Muret, en août 2023. Je venais de me séparer du père de mon fils aîné (désormais âgé de 6 ans, NDLR). Je sortais d’une période difficile. On m’avait découvert un début de cancer du col de l’utérus, même si ça allait mieux. Il avait huit ans de plus que moi. Il m’a dit qu’il était célibataire. J’ai appris par la suite qu’il vivait toujours avec son ex-femme à ce moment-là. Il était livreur. Moi, j’avais subi la faillite de mon entreprise de facturation de taxis, à cause du Covid.
Comment s’est déroulé le début de cette relation ?
C’était l’homme parfait. Il était disponible, attentionné, très présent. Sans doute trop, mais je ne l’ai pas perçu. On n’habitait pas ensemble. On se voyait très souvent dans la semaine. Mon fils avait trois ans et demi. Il aurait préféré rencontrer une femme sans enfant. Mais il m’a dit : pas de souci. On s’est vite aperçu qu’en fait, ça lui posait problème.
« Ne t’inquiète pas, c’était juste un scénario »
À quel moment avez-vous senti qu’il était différent de ce que vous imaginiez ?
Au bout de trois semaines de relation, il s’est livré sur moi à une séance de dressage, pour voir comment j’allais réagir.
De… dressage ?
Il a été sexuellement violent sans mon consentement. J’étais sous le choc, mais comme il était plus âgé que moi, je me suis dit que c’était peut-être normal. Je me suis mise à pleurer. À la fin, il m’a dit : Ne t’inquiète pas, c’était juste un scénario. Comme je ne suis pas partie, il a dû se dire que je n’allais jamais parler. C’est sans doute à ce moment-là que j’aurais dû voir qu’il avait un problème.
Son comportement a-t-il changé au quotidien ?
Petit à petit, ça a pris des proportions. Il m’appelait dix fois par jour. Si je ne répondais pas, il me harcelait. Tout en étant dans la bienveillance. Il a compris que j’étais faible, fragile, gentille, quelqu’un qui arrondissait tout le temps les angles. Il m’a mise en confiance. Je suis vraiment tombée sur le pervers narcissique pur et dur. Certains me disent même que c’est un psychopathe.
« J’avais le droit de dire non… en façade »
Rapidement, certaines demandes à caractère sexuel apparaissent…
Il me disait d’avoir des relations sexuelles avec des gens que je connaissais, dont un de mes voisins. Je devais tout filmer et lui envoyer en instantané sur Snap.
Juste avant de le rencontrer, j’étais allée une fois dans un club échangiste. Ça ne m’avait pas du tout plu, et je lui avais dit. Il m’avait répondu que son ex-femme avait toujours refusé ce genre de chose et que c’est pour ça que ça s’était terminé entre eux. Il disait qu’il m’aimait, que j’étais cool, et qu’il ne voulait pas que je devienne une de ses ex, donc il valait mieux que j’essaie. J’avais le droit de dire non, mais c’était une façade.
Vous diriez que c’est un dissimulateur ?
Sur les réseaux, il se faisait passer pour d’autres que lui. Il avait au moins une dizaine de Snap sur lesquels il changeait de nom. Pour voir si je parlais avec d’autres mecs et si je lui racontais tout derrière. Certains me proposaient de coucher avec eux. En réalité, c’était lui, pour me tester. Il me l’a fait durant les trois ans de notre relation. C’était pervers (Steacy s’interrompt pour préparer un biberon à son bébé qui se manifeste).
« Monnayait-il les vidéos ? Je l’ignore »
À qui étaient destinées les vidéos qu’il vous faisait tourner ?
Je ne pourrais même pas compter le nombre de fois où il m’a fait coucher avec d’autres hommes. Qu’a-t-il fait des vidéos ? Je sais qu’il les enregistrait sur son téléphone. Les monnayait-il ? Pour l’heure, je l’ignore.
Dans notre premier appartement commun, il avait des caméras de vidéosurveillance dans toute la maison. Quand je n’avais pas envie de faire ce qu’il voulait, il m’emmenait au restaurant, boire un verre. Il me donnait de la cocaïne. Il misait sur ma peur de l’abandon. Il faut jouer le jeu, sinon, tu vas être seule. Il me disait : Tu finiras toujours par me dire oui.
Mais son attitude était contradictoire. Il sortait et ramenait des copains à la maison. Quand ces soirées sexuelles étaient terminées, il finissait toujours par me battre à la fin. À cause d’une vidéo mal enregistrée. D’un commentaire de ma part. D’une erreur. J’étais une traîtresse à ses yeux. Il m’a tenue comme ça des années.
La violence était-elle présente lors de ces rapports filmés ?
Il faisait des scénarios. Si ça n’était pas violent, ça ne l’intéressait pas. Quitte à tout arrêter, faire partir la personne et en prendre un autre. Il fallait tout le temps parler de sexe. Pendant un an, tous les jours, je devais aller dans des lieux publics, style Pech-David ou station-service, et attendre des inconnus. Et s’il ne me donnait pas l’autorisation de rentrer, je ne pouvais pas aller chercher mon fils à l’école.
Tout en me disant, t’inquiète pas, on va bientôt arrêter, je commence à être jaloux, je ne veux plus te partager. Quand tu seras enceinte, on arrêtera. Je suis tombée enceinte et je n’avais plus de désir sexuel. J’ai eu une grossesse à risques, j’ai failli perdre mon bébé plusieurs fois. Et comme je le rejetais sexuellement, les coups ont commencé.
« J’étais devenue sa chose. Une chose sexuelle »
Ne pouviez-vous pas en parler à quelqu’un ?
J’étais sous emprise physique, psychologique. Il m’a éloignée de tout le monde. Je n’avais plus d’amis, je ne voyais plus ma famille. Une fois en trois ans, je suis allée manger avec une copine. J’ai tellement eu peur de lui en rentrant que je suis allée me réfugier chez des voisins. Il m’attachait les mains, jetait ses cendres sur mes parties intimes, m’étranglait. Il ne supportait pas que j’aille travailler sans lui.
C’était contradictoire : il me donnait à des hommes et en même temps il était très jaloux. Une fois, en voiture, j’ai eu le malheur de regarder un homme passer au volant ; il m’a frappée et fait la gueule pendant deux jours. J’étais devenue sa chose. Une chose sexuelle.
Pensez-vous qu’il monnayait votre corps ?
C’est une vraie question. En septembre 2025, on était en galère financière. Il m’a dit : Ce serait bien que tu t’ouvres un compte OnlyFans, mais venant de lui, ça m’avait blessée. Il l’avait très mal pris. Au cours des fameuses soirées, il répétait : T’aimerais que je te mette sur le trottoir ? Je crois que c’était son but, en réalité.
Les « trois stades » de la violence
À quel moment avez-vous dit stop ?
Je suis partie une fois en disant que je ne pouvais plus. Que j’arrêtais les soirées, qu’il ne me forcerait plus à prendre de la cocaïne. J’étais enceinte de six mois. Il me disait : Tu pourras te cacher où tu veux, je viendrai te chercher. Puis : Rentre, on va discuter, je t’aime. Je suis rentrée avec les deux enfants. Il m’a fait du chantage. Il a dit : Si tu veux, tu pars avec ton fils, mais le bébé reste ici (un enfant commun qu’il n’a pas reconnu, NDLR). Bien évidemment, je ne suis pas partie. Et il m’a fait subir des violences.
Quel type de violences ?
Lors des soirées, il désignait trois stades de la violence, le dernier étant la mort. Ce soir-là, j’ai subi deux [échelons]. Le premier stade, il m’a attachée dans la baignoire, mis un torchon dans la bouche et avec son rasoir de barber, il m’a taillée au niveau des jambes. Il me mettait des coups en claquant ma tête contre le carrelage du mur. Et il alternait avec la pomme de douche, eau bouillante, eau gelée… Jusqu’au bord de l’évanouissement. Je n’arrivais plus à respirer. Là, il m’a emmenée dans la chambre et il m’a violée. En me faisant répéter : je suis une pute, je ne dirai plus jamais non. Il voulait me remplir de sel pour me faire mal, mais il ne l’a pas fait.
Quel était le « stade deux » ?
Il a quitté la maison. Il m’a téléphoné et comme je n’ai pas répondu, il est revenu et m’a fait subir le stade deux : Je crois que t’as pas bien compris. Il m’a attaché les mains avec le lacet des crampons de mon fils. Il m’a emmenée dans la grange, toute nue, m’a fait courir puis mettre à genoux, comme un chien. Il me versait des saladiers d’eau gelée sur le corps. Il m’a frotté tellement fort la poitrine avec ses paumes qu’elle est devenue toute noire. J’avais la tête dans les excréments du chien des voisins et il m’a craché dessus, c’était son habitude. Puis il m’a rouée de coups.
« Il m’a dit : un jour je te tuerai ou tu te tueras »
Que s’est-il passé ensuite ?
De 23 heures à 2 heures du matin, ça a tourné à la violence psychologique. Un jour, je te tuerai ou tu te tueras. Il disait que j’étais folle, que je faisais du mal aux enfants. Si t’avais vraiment compris, tu me proposerais un massage. Il m’a décrit le stade trois : je t’attache, je te mets derrière la BM jusqu’à ce que tu crèves. Il m’a dit : je sais que ce week-end je vais te tuer. Le matin, il m’a prise dans ses bras. Mon amour, tu es la femme de ma vie, tu vois dans quel état tu me mets. Un malade…
Vous n’avez jamais porté plainte durant ces trois années ?
L’hôpital de Saint-Gaudens a fait un signalement début 2026, mais la procédure a été classée sans suite car il était derrière moi lorsque les gendarmes m’ont appelée. Il m’a tabassée pour que je ne dise rien de grave le lendemain dans mon audition. Et j’ai minimisé devant eux. Il me disait : Si tu portes plainte, on t’enlèvera tes enfants. Tu finiras seule, en psy ou morte dans un ravin. Pendant ma grossesse, il m’a violentée. Il m’a emmenée en haut d’une montagne. J’avais la tête dans le vide et il me disait : un accident, ça peut arriver très vite.
Quel a été le déclic pour quitter cette prison mentale ?
J’ai réalisé que j’étais en train de mourir. Ce soir d’avril, il voulait à nouveau que je prenne de la coke et que je couche avec un inconnu. Quand il est rentré à la maison, j’ai fait semblant de dormir. J’ai attendu qu’il se mette au lit. J’ai envoyé un message à mon ex-belle-mère, chez qui se trouvait mon aîné, disant que j’étais en danger. Elle m’a répondu : Pars et ne retourne pas. J’ai mis deux heures à sortir de mon lit. J’avais tellement peur qu’il ne dorme pas, qu’il fasse semblant. J’ai chargé ce que j’ai pu dans la voiture. Je suis partie avec mon bébé et plus jamais revenue.
« Je suis tombée amoureuse d’une illusion »
Ça vous a libérée mentalement ?
Pas vraiment. Au début, j’étais tétanisée. J’avais peur de tout, des bruits. J’ai compris que c’était lui le danger. La gendarmerie a été alertée. Ils l’ont interpellé un mois plus tard et ont saisi tous ses téléphones (ils sont en cours d’exploitation, NDLR). Un gros soulagement. J’étais sous téléphone grave danger et épaulée par le bureau des victimes de Saint-Gaudens.
Pendant l’enquête, j’ai appris qu’il avait été condamné pour viol sur mineur en 2014. Il était inscrit au fichier des délinquants sexuels et devait pointer chaque année à la gendarmerie. Je suis tombée des nues. Ça m’a incitée à déposer plainte. Il n’avait jamais dit la vérité à sa famille ou à son ex-femme.
Pourquoi prenez-vous la parole aujourd’hui ?
Je suis tombée amoureuse d’une illusion, d’un homme qui n’existait pas. J’en ai marre que tout le monde pense qu’il est parfait. Il me fait passer pour la femme instable. Il fait croire à sa famille qu’il est entré en prison pour autre chose. On ne me ramènera pas ma dignité. Je suis suivie psychologiquement. Ce sont mes enfants qui me font tenir. Au quotidien, je souris, je montre que tout va bien. Mais au fond de moi, je suis brisée.
« Il réfute intégralement les accusations de son ex-compagne »
Mis en examen et écroué pour « viols, torture et actes de barbarie », le 8 mai dernier, son conjoint de 36 ans est défendu par Mes Alexandre Martin et Emmanuelle Franck. « Il réfute intégralement les accusations de son ex-compagne et attend avec impatience son prochain interrogatoire [devant le juge d’instruction] pour expliquer la nature de leurs relations et rétablir certaines vérités », relève Me Martin. À ce stade du dossier, cet homme est bien évidemment présumé innocent.













