Jeudi 4 juin, la maison de ventes Fournié & Cortès, à Toulouse, met aux enchères un tableau inédit du peintre caravagesque Nicolas Tournier. Estimé entre 40 000 et 60 000 €, le tableau de maître s’apprête à affoler les compteurs. Décroché d’une simple salle à manger familiale, ce portrait anonyme dissimule en réalité un trésor du XVIIe siècle qui bouscule le marché de l’art. On vous raconte cette histoire.
C’est une histoire insolite que seules les œuvres d’art peuvent connaître. Jeudi 4 juin, l’Hôtel des ventes Fournié & Cortès à Toulouse propose, dans ses enchères de prestige, un tableau signé du peintre Nicolas Tournier, né à Montbéliard en 1590 et décédé dans la ville rose en 1639, après avoir réalisé son chef-d’œuvre, « Le Christ descendu de la Croix et le Christ porté au tombeau », conservé au musée des Augustins. « Ce tableau, Portrait d’homme à l’épée, certes austère, est rare, rappelle le commissaire-priseur Rémy Fournié. Car peu de portraits de Nicolas Tournier nous sont parvenus. On peut supposer qu’il s’agit du comte de Baillet-Latour. »
Conservée depuis des décennies par une famille vivant aux alentours de Toulouse, cette toile n’avait jamais été dévoilée. Il y a deux ans, les commissaires-priseurs ont été appelés par les propriétaires pour effectuer une estimation de divers objets dans leur maison de famille. Durant une journée, ils ont estimé tableaux, bijoux et livres, avant d’apercevoir dans la salle à manger, parmi plusieurs œuvres, ce portrait. On ignore alors tout de son illustre signature.
Esprit du Caravage
Après avoir envoyé plusieurs photographies à l’expert, les professionnels apprennent, au bout de deux ans de démarches, qu’il s’agit d’une authentique toile du XVIIe siècle, estimée initialement à 3 000 € sur simple cliché : « Cela nous a paru un peu étrange, se souvient Guillaume Cortès, commissaire-priseur. En janvier 2026, nous l’avons donc envoyée à Paris. » Alors que le vendeur commençait à se montrer impatient, la réponse tombe en février 2026 : le tableau est réévalué à 40 000 €. Inutile de dire la joie des clients qui, pendant des années, avaient dîné près de cette toile un peu mise de côté, héritée au XIXe siècle d’une lointaine arrière-arrière-grand-mère.
L’attribution de l’œuvre a été confirmée par Axel Héméry, directeur du musée des Augustins, le 9 mars 2026. « Il faut rappeler que Nicolas Tournier, redécouvert en 1934 au cours de l’exposition Les Peintres de la réalité, est le peintre du Languedoc le plus important du XVIIe siècle, assure Rémy Fournié. Cet artiste a été formé de 1617 à 1626 à Rome, au contact des élèves du Caravage, dont il adoptera le réalisme. » L’éclat métallique argenté du pommeau de l’épée constitue d’ailleurs une véritable signature stylistique de sa période italienne, semblable à celle visible sur le Saint Paul du musée des Augustins. « Une acquisition de cette toile par un musée serait merveilleuse », concluent les commissaires-priseurs.











