Toulouse, capitale européenne du spatial, c’est d’abord Airbus, le CNES, Thales Alenia Space. Des mastodontes qui emploient des dizaines de milliers de personnes et dont la réputation n’est plus à faire. Mais à leur ombre, une autre histoire s’écrit. Celle d’une nouvelle génération de startups du New Space qui lèvent des dizaines de millions d’euros, signent des contrats avec la NASA ou l’armée française, et visent le milliard de valorisation. Cinq noms que vous ne connaissez probablement pas encore.
Loft Orbital, la seule licorne spatiale française est toulousaine
Elle est née à San Francisco en 2017, mais c’est à Toulouse qu’elle a posé son second siège européen. Loft Orbital propose une infrastructure satellitaire clé en main : ses clients, institutionnels ou privés, confient leur mission à la startup qui intègre leurs équipements sur ses propres plateformes en orbite. Le concept a tout d’un cloud, mais dans l’espace.
En janvier 2025, la société a levé 170 millions d’euros en série C, franchissant du même coup le milliard de valorisation. Elle devient la première licorne du New Space français. Son carnet de commandes dépasse les 500 millions d’euros, ses clients s’appellent NASA, Microsoft ou BAE Systems. La société emploie plus de 250 personnes, dont une centaine à Toulouse.
Kinéis, l’Internet des objets depuis l’orbite
Spin-off du CNES et de CLS, Kinéis a été créée en 2018 à Toulouse avec une idée en apparence simple : connecter les objets partout sur Terre, y compris là où aucun réseau terrestre n’existe. Pour ça, la société a construit une constellation de 25 nanosatellites entièrement déployée en mars 2025. Les premiers services commerciaux ont ouvert le 1er juin 2025.
La technologie s’appuie sur l’héritage du système Argos, qui géolocalise des balises depuis les années 1970. Kinéis en a repris l’ADN pour l’adapter à l’ère de l’IoT industriel. Suivi de troupeaux, gestion de bouées océanographiques, traçabilité de matériel dans des zones blanches… le champ des applications est vaste. La société vise plusieurs millions d’abonnés d’ici 2030, pour un chiffre d’affaires cible de 100 millions d’euros.
Infinite Orbits, la startup qui rallonge la vie des satellites
Pourquoi lancer un nouveau satellite quand on peut prolonger celui qui est déjà en orbite ? C’est la question qu’Infinite Orbits a transformée en modèle économique. Fondée en 2017 et installée à Toulouse depuis 2022, la deeptech développe des satellites de service capables d’inspecter, de dépanner et d’assurer la maintenance d’engins géostationnaires en fin de vie.
Ses avancées lui ont valu un contrat de 50 millions d’euros avec la Direction générale de l’armement et un accord multi-missions avec l’opérateur mondial SES. En novembre 2025, lors du sommet Choose France, la société a annoncé une levée de 40 millions d’euros supplémentaires. Son chiffre d’affaires 2025 s’établit à 19,2 millions d’euros, avec la promesse de le doubler en 2026. Une usine de 800 m² est en cours d’ouverture à Toulouse.
U-Space, une usine à satellites calquée sur l’industrie automobile
Chez U-Space, on fabrique des nanosatellites comme on fabrique des voitures. Fondée en 2018 par des ingénieurs issus de l’ISAE-Supaero, la startup a ouvert fin 2024 son site industriel U-Zine à Toulouse, 850 m² de salles blanches où les satellites s’assemblent selon un process entièrement numérisé. Objectif affiché : atteindre la cadence d’un satellite par jour, un rythme encore inédit en Europe.
En novembre 2025, U-Space a levé 24 millions d’euros en série A, avec le soutien du fonds Definvest du ministère des Armées. Elle compte 80 collaborateurs et commence à exporter, notamment aux Émirats arabes unis et auprès de l’agence spatiale allemande DLR. La startup figure dans la promotion 2025 du programme French Tech 2030.
Look Up, la sentinelle qui surveille le ciel depuis la Lozère
L’espace est encombré. Avec plus de 13 000 satellites actifs en orbite, les risques de collision ne sont plus théoriques. Look Up (anciennement Look Up Space), fondée à Toulouse en 2022 par l’ancien chef du Commandement de l’Espace Michel Friedling, a choisi ce problème comme terrain de jeu. La startup déploie un réseau mondial de radars pour surveiller le trafic orbital en temps réel, baptisé Sorasys.
Son premier radar est opérationnel depuis mars 2025, installé en Lozère. Deux autres sont prévus en Polynésie française. En juin 2025, la société a bouclé une levée de 50 millions d’euros, l’une des trois plus importantes séries A de la SpaceTech européenne depuis dix ans. Au total, Look Up a levé 64 millions d’euros en moins de trois ans d’existence.
Ces cinq entreprises ne font pas encore la une des journaux télévisés. Mais pendant que l’on parle d’Ariane 6 ou de SpaceX, elles construisent discrètement l’infrastructure spatiale de demain.












