À Condom, dans le Gers, l’émotion est immense. Vendredi 12 juin au soir, un incendie a frappé une partie du cloître de la cathédrale Saint-Pierre et de la médiathèque municipale. Si aucune victime n’est à déplorer, le bilan patrimonial est déjà lourd : des milliers d’ouvrages anciens, certains vieux de près de cinq siècles, ont été endommagés.
Le Gers est une terre de patrimoine. Des bastides aux villages médiévaux, des châteaux aux cathédrales, le département abrite des trésors parfois vieux de plusieurs siècles. À Condom, l’un de ces joyaux vient pourtant d’être durement frappé par un incendie. « Une partie de notre histoire, de notre mémoire collective et de notre patrimoine a été touchée », résume Michel Roumat, président du comité de quartier Cathédrale. Depuis plus de deux jours, habitants, élus, pompiers et bénévoles tentent de sauver ce qui peut encore l’être.
Près de 90 % du fonds ancien touché
Le chiffre donne la mesure du désastre. Selon le maire de Condom, Jean-François Sabathier, environ 90 % des 4 300 ouvrages du fonds ancien conservé dans le cloître ont été endommagés. « Certains sont imbibés d’eau, d’autres en partie brûlés », a-t-il expliqué à l’AFP. Les équipes sont désormais engagées dans une véritable course contre la montre. « On essaie de préserver ce qui peut l’être, le plus possible », assure l’édile.
Les livres touchés couvrent une période allant du XVIe au XIXe siècle. Parmi eux figure notamment une partie du fonds Bossuet, un ensemble d’ouvrages liés à Jacques-Bénigne Bossuet, célèbre homme d’Église du XVIIe siècle, qui fut évêque de Condom avant de devenir évêque de Meaux. Les archives cadastrales, elles, ont pu être sauvées.
Un lieu chargé de cinq siècles d’histoire
Le lieu sinistré n’est pas n’importe quel bâtiment. Accolé à la cathédrale Saint-Pierre, le cloître de Condom est l’un des monuments les plus emblématiques du Gers. Construit au XVIe siècle, il impressionne par ses dimensions, ses élégantes arcades et ses portes sculptées de style Renaissance. Il a traversé les siècles, survécu aux guerres de Religion et connu plusieurs vies.
Après la Révolution française, il est vendu comme bien national. Pendant plusieurs années, des alambics et des fûts d’armagnac y sont même entreposés. Racheté par la mairie en 1860, le cloître devient progressivement un lieu culturel majeur. Aujourd’hui, il accueille une partie de la médiathèque municipale, les services culturels de la ville, mais aussi des spectacles, des concerts, des expositions et plusieurs événements emblématiques de la vie locale. Chaque année, le célèbre festival de Bandas y installe notamment une partie de ses animations.
Une mobilisation immédiate
Face au sinistre, la solidarité s’est rapidement organisée. Les pompiers du Gers et du Lot-et-Garonne, les gendarmes, les agents municipaux, les élus et de nombreux bénévoles se sont mobilisés pour sécuriser le site et récupérer les ouvrages encore sauvables. « Je tiens à saluer l’engagement exemplaire des sapeurs-pompiers, des forces de l’ordre, des services municipaux, des bénévoles et de l’ensemble des habitants », a déclaré Michel Roumat.
Le président du comité de quartier souligne également l’élan de solidarité qui s’est manifesté dès le lendemain du drame. « Je remercie toutes les personnes qui ont répondu présentes pour participer aux premières opérations de sauvegarde des ouvrages qui ont pu être préservés », écrit-il.
« Notre détermination demeure intacte »
L’origine exacte de l’incendie reste encore à confirmer. Selon le maire, la piste accidentelle est privilégiée, mais l’enquête se poursuit. En attendant, l’heure est à l’inventaire. Chaque livre est examiné, photographié, trié selon son état de conservation. Pour certains ouvrages, une restauration pourrait être envisagée. Pour d’autres, la perte est probablement irréversible.
Une perspective douloureuse pour cette commune de plus de 6 000 habitants, très attachée à son patrimoine. « Depuis deux jours, notre ville traverse une épreuve particulièrement douloureuse », reconnaît Michel Roumat. « Dans les moments difficiles, une communauté se révèle par sa capacité à s’unir. Condom a démontré que l’esprit de solidarité, de responsabilité et d’entraide demeure plus fort que l’épreuve. » Et d’ajouter : « Notre patrimoine a été atteint. Notre détermination, elle, demeure intacte. » Car au-delà des pierres noircies et des livres endommagés, c’est une partie de l’âme de Condom qui a vacillé vendredi soir. Reste désormais à sauver ce qui peut l’être et, peut-être, écrire une nouvelle page de l’histoire de ce lieu vieux de cinq siècles.
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