Bac obtenu, Parcoursup validé, études supérieures entamées… mais avenir suspendu. À Toulouse, plusieurs organisations dénoncent la situation de jeunes majeurs scolarisés en France, auxquels la préfecture de Haute-Garonne aurait refusé un titre de séjour. Dans une tribune lancée par RESF 31, elles demandent une régularisation automatique pour les élèves ayant suivi leur scolarité obligatoire en France.
« Bac validé, Parcoursup terminé, mais la préfecture bloque nos vies ! » Le titre de la campagne résume le paradoxe dénoncé par le Réseau Éducation Sans Frontières 31. Liana, Imed, Mariam et d’autres jeunes adultes ont grandi à Toulouse, parfois après un exil ou une arrivée en France durant l’enfance. Ils ont été scolarisés dans des écoles, collèges ou lycées français, ont obtenu leur bac, passé Parcoursup et commencé des études supérieures. Pourtant, selon RESF 31, la préfecture leur a refusé un titre de séjour et délivré des obligations de quitter le territoire français.
« Ils ont grandi ici »
Dans leur tribune, RESF 31, la Ligue des droits de l’Homme, La Cimade, la FCPE, la FSU, Sud Éducation et la CGT Éduc’action dénoncent une situation qu’ils jugent incompréhensible. « Ces jeunes ont déjà subi un déracinement en migrant vers la France durant leur enfance, il est injuste de leur en imposer un second en les rejetant aujourd’hui », écrivent les signataires.
Le texte demande l’obtention de titres de séjour étudiants « automatiquement après une scolarisation obligatoire en France », afin de permettre à ces jeunes de poursuivre leurs études ou leur formation professionnelle. La tribune est soutenue par plusieurs enseignants, chercheurs, personnels universitaires et membres d’établissements toulousains.
Une régularisation automatique demandée
Pour les signataires, la préfecture dispose pourtant d’une marge d’appréciation. Dans la tribune, ils rappellent que le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile permet une régularisation des étudiants et étudiantes. Ils estiment donc qu’un autre choix aurait été possible pour ces jeunes déjà scolarisés, formés et engagés dans un parcours universitaire en France.
Les organisations demandent ainsi la délivrance automatique de titres de séjour étudiants après une scolarisation obligatoire sur le territoire français. L’objectif est d’éviter que des jeunes ayant obtenu leur bac, validé Parcoursup et commencé des études supérieures se retrouvent soudainement empêchés de poursuivre leur formation.
Le témoignage de Liana
À l’occasion de cette campagne menée du 15 au 20 juin, RESF 31 publie chaque jour le témoignage d’un étudiant ou d’une étudiante concernée. Le premier est celui de Liana, arrivée d’Arménie fin 2021 avec sa famille, à l’âge de 16 ans, en raison de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.
Accueillie dans un CADA, elle intègre le lycée Joseph-Gallieni à Toulouse. Elle y apprend le français, se fait des amis et obtient ensuite un baccalauréat technologique avec mention assez bien. Aujourd’hui étudiante en droit, elle souhaite s’orienter vers le notariat.
Des études freinées par l’absence de titre de séjour
Mais son absence de régularisation complique déjà son parcours. Liana explique avoir rencontré des difficultés pour trouver un stage. Certains cabinets étaient prêts à l’accueillir, avant de renoncer faute de convention. Selon son témoignage, la faculté de droit ne peut pas lui délivrer ce document tant que sa situation administrative n’est pas réglée.
« Cela fait aujourd’hui quatre ans que je vis en France », rappelle-t-elle. Malgré ces obstacles, la jeune femme a finalement trouvé un stage chez un notaire grâce à plusieurs soutiens. « Je suis très motivée à apprendre la rédaction des actes authentiques », confie-t-elle.
« J’espère qu’un jour ma situation sera régularisée »
À travers son témoignage, Liana insiste aussi sur les liens qu’elle a construits en France : ses amis, ses enseignants, sa marraine, les personnes qui l’ont aidée dans son parcours. « Je suis entourée de belles personnes en France », écrit-elle. Son espoir reste simple : pouvoir poursuivre ses études et construire son avenir là où elle vit depuis plusieurs années. « J’espère qu’un jour ma situation sera régularisée et que les choses deviendront plus simples. »
Pour RESF 31 et les signataires de la tribune, ces situations ne relèvent pas seulement de dossiers administratifs. Elles concernent des jeunes déjà insérés dans le système scolaire et universitaire français, dont l’avenir peut basculer malgré un parcours réussi.













