Mis en examen pour plusieurs viols, agressions sexuelles sur mineures et détention de centaines de fichiers pédopornographiques, un Ariégeois de 67 ans réclame sa remise en liberté après deux ans de détention provisoire. Son procès n’a toujours pas été fixé, révélant les difficultés d’une justice confrontée à l’engorgement des dossiers criminels. On vous explique.
Dans les couloirs feutrés de la cour d’appel de Toulouse, l’audience du mardi 23 juin 2026 a fait ressurgir un dossier particulièrement lourd. Au cœur de cette affaire, un homme de 67 ans poursuivi pour plusieurs viols et agressions sexuelles sur mineures. Après vingt-quatre mois passés en détention provisoire, Nicolas espère aujourd’hui retrouver sa liberté. Non pas parce qu’il a été jugé, mais justement parce qu’il ne l’a toujours pas été.
Alors que le département de l’Ariège se retrouve malgré lui au cœur de la tristement célèbre affaire Lyhanna depuis l’installation du clan Barella dans le petit village de Montaut, ce nouveau dossier vient rappeler les conséquences d’une justice saturée, plombée par un manque de moyens humains et matériels criant, qui peine à absorber le volume des dossiers criminels. Car le procès du sexagénaire n’a toujours pas été audiencé devant la cour criminelle, une attente qui pourrait désormais lui ouvrir la porte d’une remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Des délais dépassés
Accompagné de son avocat, Me Alexandre Para-Bruguière, l’ancien agent de la SNCF a demandé sa libération devant la chambre de l’instruction. La défense estime que les délais de détention provisoire sont aujourd’hui dépassés.
Pour comprendre l’ampleur du dossier, il faut remonter à 2024. Cette année-là, Marie pousse la porte d’une brigade de gendarmerie ariégeoise. Face aux enquêteurs, elle accuse son père de l’avoir violée. Elle affirme également que sa propre fille aurait été victime des mêmes agissements. Très vite, l’enquête prend une ampleur considérable, au fur et à mesure que les gendarmes recueillent témoignages et éléments matériels. Se dessine alors un schéma qui fait froid dans le dos.
Une série d’agressions entre 1995 et 2019
Selon les investigations, les faits dénoncés se seraient étalés entre 1995 et 2019. Les victimes présumées sont des adolescentes de moins de 15 ans, mais également des jeunes filles âgées de 16 et 17 ans. Certaines appartiendraient au cercle familial, d’autres seraient des mineures proches de la famille.
Au fil des investigations, les enquêteurs découvrent également que le sexagénaire se serait fait passer pour un adolescent sur les réseaux sociaux afin d’entrer en contact avec d’autres mineures. Un comportement qui renforce les soupçons des enquêteurs sur le profil d’un éventuel prédateur sexuel.
Les témoignages recueillis décrivent également une atmosphère pesante au domicile familial. L’homme aurait eu pour habitude de circuler chez lui dans le plus simple appareil, pratiquant parfois l’onanisme devant ses enfants. Face à ces accusations, le retraité se défend. Se présentant comme un adepte du naturisme, il assure que ses enfants « l’ont vu par erreur ».
Des centaines de fichiers pédopornographiques
Mais le jour de son arrestation, les enquêteurs mettent la main sur un important volume de fichiers pédopornographiques. Sur son ordinateur sont retrouvées 183 vidéos ainsi que 518 photographies du même type.
Le 15 mars 2024, Nicolas est placé en détention provisoire. Depuis, il n’a jamais varié dans sa ligne de défense : il conteste l’ensemble des accusations et affirme être innocent. Pourtant, les conclusions de l’expertise psychologique ordonnée dans le cadre de l’information judiciaire sont toutefois particulièrement sévères. L’expert évoque ainsi « une véritable dangerosité criminelle, avec une déviation incestueuse et probablement pédophile ».
Réponse la semaine prochaine
À l’audience, le sexagénaire tente d’émouvoir les magistrats. Pour justifier sa demande de remise en liberté, il évoque notamment la mort de son fils survenue pendant son incarcération. « Depuis la mort de mon fils, je suis devenu athée, je ne crois plus en rien, pour la dernière fois j’implore la justice… je ne sais plus comment vous convaincre de me croire que je suis innocent. Vingt-quatre mois de détention, c’est long. Je pense à mes animaux, un de mes perroquets est mort, je n’en ai plus qu’un. J’ai aussi une chatte qui est en train de mourir. Et j’aimerais me recueillir un jour sur la tombe de mon fils », sanglote-t-il devant le juge.
Son avocat, quant à lui, insiste sur la question procédurale. Selon Me Alexandre Para-Bruguière, les délais de détention provisoire ne permettent plus de maintenir son client en prison. Il demande donc sa remise en liberté sous contrôle judiciaire dans l’attente de son jugement. Réponse la semaine prochaine.












