Les syndicats CGT et Sud dénoncent des conditions de travail et d’accueil « dangereuses » dans les écoles, crèches et centres de loisirs. La Mairie assure anticiper ces épisodes de chaleur grâce à des investissements, mais les représentants du personnel jugent les mesures encore insuffisantes.
« Il n’est plus acceptable de continuer à fonctionner comme si ces situations étaient exceptionnelles ! » C’est le cri d’alerte des agents territoriaux de la Mairie de Toulouse, qui officient dans les écoles, les crèches et les centres de loisirs de la ville. Par le biais des syndicats CGT et Sud, ils accusent la Mairie de gérer les épisodes de canicule dans l’urgence, alors même qu’ils sont de plus en plus nombreux et qu’ils deviennent récurrents.
Mais la Municipalité se défend d’une réaction « dans l’urgence ». « La protection des Toulousains, et en particulier des plus jeunes qui sont particulièrement sensibles aux fortes chaleurs, est une priorité absolue », assure la collectivité, qui précise : « Nous avons engagé, depuis plusieurs années, un vaste programme de fond pour adapter les équipements et les pratiques à la récurrence des épisodes caniculaires. Crèches, écoles et centres de loisirs font l’objet d’investissements et de protocoles spécifiques pour garantir la sécurité et le confort des enfants ainsi que des agents. »
Si les représentants syndicaux concèdent des efforts en la matière, comme la mise en place des cours oasis (133 ont été aménagées selon la Mairie) ou l’installation de brasseurs d’air dans les établissements accueillant les enfants (100% des classes des écoles maternelles et élémentaires, soit 1 506 salles, sont d’ores et déjà équipées), ils les nuancent : « Pour l’instant, les arbres des cours sont trop petits pour faire de l’ombre. Il faudra attendre plusieurs années pour en tirer profit. Et les ventilateurs ou plafonniers ne brassent que de l’air chaud si les classes ne sont pas aérées la nuit », constate pragmatiquement Luce Valès, référente du service éducation à la CGT Mairie de Toulouse. Mais en attendant ?
Une souffrance réelle
En attendant, « les enfants comme tout le personnel de la communauté éducative, des Atsem aux auxiliaires de puériculture, en passant par les cantiniers et les agents techniques subissent des conditions qui ne garantissent plus leur sécurité », précise Stéphanie Bardy, membre du bureau de la CGT Mairie de Toulouse. Les deux syndicalistes témoignent en effet de nombreux incidents ayant eu lieu durant la semaine dernière, placée en alerte rouge canicule, même si la Municipalité assure qu’un « protocole spécifique est systématiquement activé en lien avec l’Éducation nationale pour assurer la mise à l’abri des enfants lors des pics de chaleur ».
« Dans les dortoirs de certaines écoles maternelles, la température est montée à 33°C. Deux agents techniques ont fait des malaises. Les autres sont épuisés. De nombreux enfants ont saigné du nez, ont souffert de vomissements et de maux de tête », énumère Luce Valès. « Certaines écoles n’ont même pas de stores. Les enseignants ont été contraints de mettre des couvertures de survie aux fenêtres », raconte encore sa collègue, qui estime qu’il y a urgence.
Et pour solution ? « Il est demandé aux parents de garder leurs enfants chez eux », déplorent-elles. Une injonction inacceptable pour la CGT, pour qui la Mairie devrait garantir des conditions sécurisées d’accueil des enfants. « Et quid des agents ? Eux aussi rentrent chez eux ? » s’interrogent ironiquement les représentantes syndicales. « C’est une réponse d’urgence, pas une solution pérenne. Or, nous savions très bien que les fortes chaleurs s’abattraient sur Toulouse. Et elles le feront tous les ans », lancent-elles.
Le problème des cantines
Ainsi, SUD CT 31 et la CGT Mairie de Toulouse demandent à la Ville de Toulouse de prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour garantir un accueil digne pour les enfants et des conditions de travail respectueuses des obligations de santé et de sécurité qui incombent à l’employeur public. Pour cela, les syndicats enjoignent la Municipalité de mettre en place un plan d’investissements ambitieux pour adapter durablement les établissements publics aux conséquences du changement climatique.
A commencer par la climatisation de toutes les crèches. Si la Mairie certifie que « 100% des structures municipales en sont équipées (ou de dispositifs de rafraîchissement) », Luce Valès déplore « qu’il ne s’agit souvent que des dortoirs. Les lieux de vie doivent l’être aussi ! » précise-t-elle. La mise en place de repas froids dans les cantines afin d’éviter l’utilisation des fours et autres équipements qui augmentent encore la température dans les cuisines et les offices, et le recours à de la vaisselle jetable afin de limiter l’utilisation des lave-vaisselles, véritables sources de chaleur supplémentaires dans des locaux déjà surchauffés.
Une gestion trop contraignante pour la Municipalité, qui se justifie : « Avec près de 35 000 repas produits chaque jour, la restauration scolaire est une industrie logistique lourde qui ne peut pas modifier ses menus à la dernière minute. Les commandes de produits frais sont passées auprès des fournisseurs un mois à l’avance et ne peuvent plus être annulées. De plus, les menus sont arbitrés deux mois en amont afin de respecter de strictes obligations réglementaires d’équilibre alimentaire. » Elle précise cependant qu’en période estivale, un repas froid par semaine est systématiquement intégré au menu, et qu’une réflexion est en cours pour en rajouter. Quant à la vaisselle jetable, même si elle a été utilisée dans des écoles ne disposent pas de rafraichissement actif au sein du réfectoire, elle ne peut être généralisée compte tenu des objectifs environnementaux et de réduction des déchets de la collectivité.
Le matériel aussi s’épuise
Les syndicats pointent aussi du doigt un matériel défaillant : « Dans plusieurs écoles, les réfrigérateurs tombent régulièrement en panne, compromettant la conservation des denrées alimentaires dans des conditions de fortes chaleurs. Des difficultés similaires sont constatées à la Cuisine Centrale, où les pannes d’équipements rendent le travail des agents encore plus pénible », affirme les syndicats. De même pour les systèmes de climatisation : « Lorsqu’ils existent, ils sont bien souvent hors service, insuffisants ou incapables de maintenir une température acceptable, faute d’entretien, de renouvellement ou parce qu’ils ne sont tout simplement plus adaptés aux températures désormais atteintes. »
Mais pour la Mairie, « le renouvellement des équipements ne relève pas d’un manque d’investissement mais d’une gestion rigoureuse au besoin ». Comprenez : « Dès qu’une anomalie est signalée sur un réfrigérateur, un diagnostic immédiat est posé. Si une réparation sur place n’est pas possible, le matériel est pris en charge à la Cuisine Centrale et un frigo de remplacement est prêté en attendant pour garantir la continuité du service. Il faut préciser que les pannes ponctuelles ne sont pas forcément synonymes de vétusté : les températures extrêmes mettent à rude épreuve les machines. Les équipes techniques sont pleinement mobilisées pour être ultra-réactives dans ces moments-clés. »
Des horaires aménagés
Les agents revendiquent également l’aménagement de leurs horaires, quand cela est possible : « Ces demandes ont été refusées dans certains services, au motif qu’il y avait des îlots de fraîcheur disponibles, ce qui correspond parfois à une simple pièce équipée d’un pauvre ventilateur… C’est incompréhensible ! » s’indigne Stéphanie Bardy, qui se questionne : « En quoi cela est-il dérangeant que les agents techniques fassent le nettoyage des sanitaires le matin, à la fraîche, au lieu du soir, quand les températures sont encore très élevées ? »
Question d’hygiène et d’obligations légales et sanitaires, répond la Mairie. En crèche, il faut « assurer la préparation des repas le matin et le nettoyage complet des locaux jusqu’à la fermeture de la structure », explique-t-elle. Dans les écoles, « les équipes de soir ont pu démarré le travail le matin dès 7h. A été conservé un seul agent en charge de l’entretien indispensable tout au long de la journée des sanitaires ». Enfin, dans les centres de loisirs, « des roulements entre le matin et le soir sont également aménagés pour maintenir l’entretien minimum des zones sensibles (sanitaires, infirmeries) selon les normes en vigueur ». En revanche, pour les équipes logistiques, l’adaptation est totale avec des démarrages possibles dès 6h30. Et pour améliorer le confort des agents en période de chaleur, ils sont autorisés à porter des T-shirts à la place de la blouse.
Et cet été, dans les centres de loisirs ?
Pour finir, les personnels de la communauté éducative réclament une adaptation, dès cet été, de l’accueil en centres de loisirs. En effet, les enfants sont toujours répartis dans les mêmes structures chaque année, « mais beaucoup ne sont pas équipées pour garantir la sécurité de tous face aux fortes chaleurs », assure Luce Valès. La CGT et Sud demandent ainsi à la Mairie de déplacer les centres de loisirs vers des établissements disposant des meilleures conditions, pour les accueillis comme pour les accueillants.
« C’est exactement la stratégie de la Mairie de Toulouse », rétorque la collectivité, « le choix des implantations des centres de loisirs d’été se fait en étroite concertation par les services municipaux afin de cibler prioritairement les écoles les plus neuves et les mieux isolées thermiquement, donc les mieux dotés ». Elle annonce également avoir fait l’acquisition de vaporisateurs individuels et de brumisateurs à fixer sur les arrivées d’eau.
Enfin, dès le 6 juillet, une zone de fraîcheur exceptionnelle sera aménagée au centre du Petit Capitole (quartier Lardenne). Un site arboré, doté de grandes structures gonflables aquatiques de type “ventriglisse”, et accessible à tous les centres de loisirs de la ville pour y passer la journée.











