La Chambre régionale des comptes d’Occitanie s’est penchée sur la gestion de Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, entre 2020 et les exercices les plus récents. Situation financière, fiscalité, grands projets, ressources humaines : le rapport met en lumière plusieurs fragilités.
Comment se portent les finances de Pont-Saint-Esprit ? C’est l’une des questions auxquelles répond le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie, qui a examiné la gestion municipale entre 2020 et la période la plus récente. Sans remettre en cause la capacité de la commune à fonctionner, les magistrats financiers estiment que ses marges de manœuvre sont réduites, alors que plusieurs projets structurants continuent de peser sur ses finances.
Selon la CRC, la capacité d’autofinancement de la ville n’a progressé que modestement au cours des dernières années, alors que les dépenses de fonctionnement ont continué d’augmenter. Les charges de personnel sont notamment supérieures à celles observées dans les communes de taille comparable. À cela s’ajoute une hausse des dépenses courantes, qui a conduit la collectivité à rechercher de nouvelles recettes.
C’est dans ce contexte que la municipalité avait décidé, en 2023, d’augmenter de trois points les taux de la fiscalité locale. Une hausse venue s’ajouter aux revalorisations nationales successives des bases de la taxe foncière (+3,4% en 2022, +7,1% en 2023 puis +3,9% en 2024). En 2024, le taux communal de taxe foncière sur les propriétés bâties atteint ainsi 59,15%, un niveau supérieur à la moyenne nationale.
L’ancienne maire, Claire Lapeyronie, assume ce choix. « J’ai fait voter cette hausse de 3 points en responsabilité (…) consciente des nombreux investissements à venir et de l’impact de la Redevance Incitative sur les dépenses de fonctionnement », écrit-elle dans sa réponse au rapport.
Des investissements à Pont-Saint-Esprit qui interrogent
La Chambre régionale des comptes estime que les futurs projets devront désormais être accompagnés d’une programmation financière plus précise afin de ne pas accroître un endettement qu’elle juge déjà élevé : 1 206 € par habitant, soit entre 45 à 60% plus élevé que des communes comparables. Elle recommande également à la commune de constituer des provisions pour faire face à d’éventuels contentieux ou autres risques financiers.
En effet, le rapport revient longuement sur plusieurs opérations d’aménagement. Si la rénovation de l’ancien Hôtel-Dieu est présentée comme ayant bénéficié d’un partenariat public-privé limitant la participation financière de la commune, deux autres dossiers concentrent davantage les observations des magistrats : la nouvelle caserne de gendarmerie et le projet de reconstruction du collège.
Concernant la caserne, la CRC considère que les contraintes liées au risque de ruissellement n’ont pas été suffisamment intégrées lors du lancement de l’opération. Elle estime que les aménagements complémentaires nécessaires pourraient représenter un surcoût de près de 10 millions d’euros, portant le coût global du projet de 5 à 15 millions d’euros.
Claire Lapeyronie réfute cette analyse. « La question du risque inondation ruissellement a été étudiée dès 2017 », assure-t-elle. L’ancienne maire rappelle également que le terrain retenu avait été validé par la Direction foncière de la Gendarmerie nationale et que les permis de construire ont été délivrés par les services de l’État. Elle ajoute que le montant avancé par la CRC « comprend les acquisitions foncières ET les travaux » et fait valoir qu’une étude est actuellement en cours pour chiffrer précisément les ouvrages de protection nécessaires.
Le rapport évoque également le projet de relocalisation du collège George-Ville, porté par le Département du Gard. L’ancienne maire indique que la participation de la commune consistait essentiellement à acquérir puis mettre un terrain à disposition, une pratique qu’elle présente comme habituelle dans les projets départementaux de construction d’établissements scolaires. Mais si la démarche est présentée comme « une coutume dans le Gard », elle n’est pas de la compétence municipale. La majorité actuelle n’a donc pas finalisé la transaction, ce qui amené la préfecture a déposé un recours devant le tribunal administratif, toujours en cours.
Ressources humaines : des outils désormais en cours de déploiement
Au-delà des questions financières, la Chambre régionale des comptes relève plusieurs insuffisances dans l’organisation des ressources humaines durant la période contrôlée. Elle pointe notamment l’absence de certains outils réglementaires de pilotage, comme le rapport social unique (RSU), un plan de formation ou encore des lignes directrices de gestion actualisées. Le rapport mentionne également des difficultés à stabiliser l’encadrement administratif de la collectivité, ainsi que des irrégularités relevées dans le régime indemnitaire et une mise en conformité tardive avec la durée légale du temps de travail.
Le maire actuel, Valère Segal, assure que plusieurs mesures ont déjà été engagées. Il indique notamment que « le premier rapport social unique de la collectivité a été élaboré en 2025 » et précise que la commune prépare de nouvelles lignes directrices de gestion ainsi qu’un plan de formation, confiés à la nouvelle directrice des ressources humaines recrutée fin 2025. Selon lui, le rapport de la CRC a permis de mettre en évidence une situation administrative irrégulière héritée des années précédentes, que la Municipalité entend désormais régulariser.










