Placées en redressement judiciaire depuis le mois de mars, les Halles de la Cartoucherie poursuivent leur restructuration. Dans ce contexte, plusieurs baux commerciaux sont réexaminés afin de retrouver un équilibre financier. Une situation qui touche notamment Breakin School, l’école de hip-hop des Halles, présente depuis l’ouverture du site, dont le bail vient tout juste d’être résilié. Son fondateur dénonce une décision contraire à l’esprit du projet, tandis que la direction assure qu’elle est devenue nécessaire pour éviter la liquidation. On fait le point sur ce dossier, dont les suites se joueront désormais devant la justice.
Alors que les Halles de la Cartoucherie sont placées en redressement judiciaire depuis le mois de mars, plusieurs améliorations et changements sur le site doivent être réalisés selon la direction. C’est le cas pour Breakin School, cette école de danse hip-hop portée par Abdel Chouari – multiple champion du monde de breakdance – installée depuis l’ouverture des Halles, dont le bail commercial a été résilié par décision de justice en cette fin juillet. D’un côté, son fondateur estime que cette décision remet en cause l’ADN culturel et social du projet. De l’autre, la direction affirme qu’un rééquilibrage des loyers est devenu indispensable pour tenter d’assurer la pérennité financière des Halles.
Un redressement judiciaire qui ne passe pas
Depuis la création des Halles de la Cartoucherie, Abdel Chouari et son école de danse Breakin School occupent une salle du site où sont dispensés des cours de danse issus de la culture hip-hop à hauteur d’une vingtaine d’heures par semaine. « Nous avons travaillé avec la direction de Cosmopolis* pour mettre en place un bail d’utilité sociale. Nous payons 20 000 euros par an, auxquels s’ajoutent 27 000 euros de prestations », explique-t-il. Soit un coût total de 47 000 euros par an. Mais depuis le placement en redressement judiciaire, la situation a changé.
« Plusieurs baux ont été signés à des montants inférieurs au coût réel. C’était acceptable dans les projections de départ des Halles, mais cela ne l’est plus dans un contexte de redressement judiciaire. Nous devons donc réévaluer les loyers et les charges en fonction des espaces », explique Muriel Le Vaillant, directrice des Halles depuis janvier. Selon elle, « Breakin School coûte 117 000 euros par an à Cosmopolis », soit plus du double du montant actuellement versé.

Mutualisation des salles, alignement financier…
Face à cette situation, plusieurs pistes ont été étudiées au cours de cinq mois de négociations. « Il a été question de mutualiser notre salle avec celle de sport située au premier étage, qui souhaitait reprendre le bail. On nous a proposé une sous-location à faible coût, mais avec des créneaux qui ne nous convenaient pas. Finalement, nous n’avons pas réussi à trouver un accord », poursuit Abdel Chouari.
La directrice apporte une autre lecture des discussions. « La salle de sport était intéressée, mais d’autres structures l’étaient aussi. Rien n’est acté. Nous avons proposé des créneaux simplement décalés d’une heure par rapport aux horaires actuels, de 19 h à 21 h contre 18 h à 20 h. Je ne comprends pas pourquoi ils ont refusé : les breakdancers arrivaient souvent plus tard et repartaient avec moi au moment de la fermeture », affirme-t-elle.
Faute d’accord, le dossier a finalement été porté devant la justice. Abdel Chouari assure avoir proposé de s’aligner sur un bail commercial de 100 000 euros. Une proposition que le juge lui a demandé de justifier financièrement. « Pendant les cinq mois de négociations, cette possibilité n’avait jamais été évoquée », indique la directrice. « On nous a demandé de prouver notre capacité à financer cette somme. Nous n’avons eu que deux semaines pour monter le dossier. Les banques n’ont pas eu le temps de répondre », regrette Abel. En l’absence de garanties suffisantes, le juge a prononcé la résiliation du bail.
« Une injustice » pour l’ADN du lieu
Pour le fondateur de l’école, « exclure Breakin School, c’est exclure une partie de la culture de ce lieu. C’est une injustice totale. Le projet social, culturel et d’économie sociale et solidaire porté au départ est en train de disparaître. C’est la Cartoucherie qui est venue nous chercher. La culture hip-hop ne mangera pas les miettes », dénonce-t-il.
Des critiques que réfute Muriel Le Vaillant. « Nous avons lancé ce projet avec un ADN que nous voulons préserver. Nous avons longtemps privilégié l’économie sociale et solidaire avant de penser à la trésorerie. Aujourd’hui, la prochaine étape, si rien ne change, c’est la liquidation. Pour retrouver un équilibre, nous sommes convaincus qu’il faut faire évoluer certains modèles économiques », conclut-elle.
Pour l’heure, si la résiliation du bail a été actée, le dossier pourrait connaître un nouveau rebondissement. Breakin School prévoirait en effet d’engager un recours judiciaire pour contester cette décision.











