À 92 ans, Roger Puntous n’a rien perdu de sa patience ni de son goût du défi. Depuis plus de trente ans, cet autodidacte reproduit les monuments toulousains en miniature avec une minutie d’orfèvre, pour préserver la mémoire d’une ville qu’il a vue se transformer. Ses créations peuvent être admirées au château de Laréole jusqu’au 30 août.
Roger Puntous, 92 ans, est un enfant de Toulouse. Dans les années 1930, il passe le plus clair de son temps dans les rues de Saint-Cyprien avec sa bande de copains, pendant que ses parents travaillent.
Son père est forgeron, sa mère employée chez JOB. Les métiers de ses parents racontent à eux seuls une autre époque.
À l’heure de la Libération, le jeune garçon, alors âgé d’une dizaine d’années, est aux premières loges lors des combats entre les maquisards et les nazis, puis des scènes de règlements de compte et de liesse.

Hormis une infidélité à Toulouse dans les années 1950, lors de son incorporation en Mauritanie, il est de retour dans la Ville rose en 1957. Commence alors une succession de petits métiers : il tire des chariots, décharge des livraisons, conduit des camions, avant d’être embauché dans une usine de jus de fruits grâce à son beau-père.
« J’ai fait toute ma carrière dans le jus de fruits, confie-t-il. J’ai terminé comme représentant. »
Un million et demi de briques pour une Saint-Sernin miniature
Entre sa vie de famille et son métier prenant, Roger n’a guère de temps pour les loisirs. Il a toujours aimé dessiner, mais c’est à l’aube de la retraite que naît sa passion pour les maquettes.
« Lors d’une expo artisanale, j’ai vu un portail en briques, fait à la va-vite. Je me suis dit : « Moi, je le fais à l’échelle ! » J’ai cherché la technique pour façonner mes briques en argile. Dès le départ, j’ai voulu être précis. Ma première maquette, c’était un mur de ferme, puis l’église de Plaisance. »
Le goût du défi ne le quittera plus. En autodidacte, l’ancien représentant entreprend, sous le regard bienveillant de son épouse Nicole, de reproduire 35 monuments de la région toulousaine. Son chef-d’œuvre reste la basilique Saint-Sernin : 150 kg, un million et demi de briques et cinq années de travail. « Le clocher était particulièrement difficile à réaliser. J’ai failli abandonner, mais le club m’a poussé à continuer. »

Pour relever un tel défi, il peut compter sur les membres du club de modélisme de La Salvetat-Saint-Gilles.
Avec d’autres passionnés, il a participé à plus de 200 expositions à travers la France. Mais les déplacements sont devenus plus rares depuis que les collectivités réduisent leurs budgets consacrés à l’accueil des exposants.
Le gardien d’un patrimoine disparu
Cela n’empêchera pas Roger de poursuivre son œuvre. Ses maquettes redonnent vie à un Toulouse d’autrefois, parfois disparu, à l’image du dépôt de bus des Minimes, de la porte du Bélier ou encore du bateau-moulin de la Garonette. « Avant, Toulouse était comme un grand village. »
Avant chaque création, le nonagénaire se documente, réalise des croquis et trace des plans à la manière d’un architecte consciencieux.

Puis ce gardien de la mémoire construit patiemment ses reproductions. « Je fabrique quasiment tout : les briques en argile, ramassées, séchées puis cuites à 950 °C chez un sculpteur local. Les autres matériaux, parfois je les récupère ; je tamise les graviers. Sauf l’électronique, ça, ce n’est pas mon truc : certains au club font des maquettes avec des voitures électriques, mais moi, je reste traditionnel. »
Au château de Laréole tout l’été
Au-delà du défi, le maquettiste apprécie « la précision, le fait de voir un monument prendre forme ». « Ça demande de la patience, de l’observation, du bricolage. Je peux passer un an, ou plus, sur une maquette. Ce qui coûte le plus, ce sont les caisses pour les transporter et leur stockage : la moitié de mon garage y passe ! »
Les visiteurs sont attendus au château de Laréole jusqu’au 30 août pour admirer ses maquettes. Ceux qui souhaitent prolonger la découverte pourront se plonger dans « Toulouse miniature. Maquettes de Roger Puntous », de Jean-Pierre Bataille (Éditions Racaille), consacré à son parcours. Cet automne, le retraité exposera aussi à La Salvetat puis au centre d’art Vitry, rue Urbain Vitry, au profit des Amis de l’Oncopole.

Roger, lui, pense déjà à l’avenir. Dans un futur qu’il espère encore lointain, il aimerait que ses créations trouvent leur place dans un musée. Mais sa plus grande fierté est peut-être ailleurs : son petit-fils Raphaël, 11 ans, s’est déjà pris de passion pour le modélisme. « Il est très doué », glisse son grand-père avec un sourire.
Quelques dates
2 juillet 1934 : naissance à Toulouse
1957 : retour de Mauritanie
1961 : mariage avec sa femme Nicole
2022 : première exposition au MEET de Toulouse
2026 : exposition au château de Laréole du 9 juillet au 30 août











