Devant le tribunal correctionnel de Toulouse, cinq prévenus comparaissent dans un dossier de deal de rue, au cœur de la Ville rose dans le quartier de Gabriel-Péri. De petites doses, à petits prix pour une clientèle constituée principalement de marginaux. Les cinq dealers supposés ont souffert de terribles trous de mémoire devant les juges. Extraits.
Habitants et commerçants n’en pouvaient plus. Ils dénonçaient régulièrement ce point de deal qui s’était installé à l’angle de la rue Vidal et de la rue Gabriel-Péri, dans le centre de Toulouse. Un quartier tranquille, festif le soir, mais où passaient de nombreux marginaux venus chercher leur dose avec les pièces mendiées dans la rue. Avant de consommer leur dope dans les halls d’immeuble alentour. « Un calvaire », selon les témoins.
« Vous vendiez uniquement de la cocaïne présentée dans de petits tubes à essai : 0,20 ou 0,35 g, toujours pour 20 euros », indique la présidente Anne-Cécile Krygiel qui préside sa dernière audience à Toulouse avant de partir pour la cour d’appel de Riom.
Pas certain que la magistrate conserve un souvenir mémorable de ce dossier où les cinq prévenus, interpellés lors d’une descente des services de police au mois de juin après plusieurs semaines de surveillance, ont souffert de terribles trous de mémoire.
De la cocaïne ? « Non, des cigarettes… »
« Vous aviez reconnu vendre de la cocaïne », reprend la présidente. Face à elle, les hommes, interrogés par l’intermédiaire d’une interprète en langue arabe, ne savent plus. Adjel, présenté comme le patron de ce petit réseau, s’insurge. « Je vendais ces cigarettes », promet cet homme âgé de 40 ans qui reconnaît boire une quinzaine de bières chaque jour. Mais pas de vendre, aussi, des cachets de Prégabaline, ce médicament devenu la drogue des pauvres.
À ses côtés, son lieutenant supposé, ravitailleurs et autres petites mains du point de deal. Lors de leur garde à vue, certains avaient admis proposer de la poudre. Curieusement, ils ne se souviennent plus de rien sous le regard franchement agacé, et un brin désabusé, de la procureure Myène Rufin.
« Les policiers ont quand même trouvé 25 kg de pièces de monnaie lors des perquisitions ? » insiste la présidente. « L’argent des cigarettes, jamais de la cocaïne », jure Adjel dont les policiers ont pourtant surveillé les allers-retours et les appels téléphoniques. Son avocat, Me Nicolas Raynaud de Lage, s’accroche « contre les idées préconçues des policiers bien loin de la réalité du dossier ».
L’accusation voit pourtant « dans ce trafic de rue une évidence », un point de deal « ouvert dès le matin, organisé, avec ses caches, ses ravitailleurs, son chef ». Contre Adjel, la procureure requiert 4 ans de prison. À l’encontre de Mohammed, son lieutenant 30 mois de détention, deux ans de détention pour les vendeurs avec une peine de cinq ans d’interdiction du territoire national.
« Ce dossier, ce n’est pas Gomorra ! »
Les défenses essayent d’éviter le naufrage. Me Jean Balbo, non sans humour veut ramener le tribunal dans la réalité : « Madame la Présidente, ce dossier, quand même, ce n’est pas Gomorra », argumente l’avocat. Loin de Naples, les rues de Toulouse « n’abritaient guère plus que quelques paquets de cigarettes de contrebande », insiste Me Raynaud de Lage. Mes Alix Luchet, Aida Bahroumi-Decluzeau, Katia Ouddiz-Nakache appuient leurs plaidoiries pour ramener le rôle de chacun « à sa juste implication ».
Après délibéré, le tribunal condamne Adjel à 4 ans de prison dont une année avec sursis probatoire et 4 000 euros d’amende ; son lieutenant, Mohammed, 23 ans, à 30 mois de détention ; Saïd, 20 ans, conditionneur et vendeur à 18 mois dont 8 mois avec sursis, Charef, 23 ans, ravitailleur à 24 mois dont un an avec sursis ; Mohamed, 26 ans, à 18 mois de prison dont six avec sursis. Ces décisions sont assorties de maintien en détention et de trois interdictions du territoire français pour 5 ans.














