Faiz, 31 ans, sortait du resto lorsqu’il est tombé sur un jeune homme qui venait d’être agressé au couteau, dans la nuit de samedi à dimanche, à Toulouse. « Ambulancier privé pour le SAMU 31 », il raconte sa tentative de maintenir Léo en vie et ce massage cardiaque de seize minutes en relais avec un policier municipal, avant que les secours n’arrivent quartier Saint-Aubin. Trop tard pour sauver le jeune employé d’Airbus, qui venait de fêter ses 25 ans la veille. Un témoignage poignant.
« Je roulais en voiture en centre-ville. Je sortais juste du restaurant. Rue Gabriel-Péri, je vois cinq personnes en train de détaler et j’entends : Dépêchez-vous, dépêchez-vous, y a quelqu’un qui s’est pris des coups de couteau ! ». Ambulancier privé pour le SAMU 31, Faiz, 31 ans, narre sa soirée de samedi avec un débit mitraillette. Il revit mentalement la scène, survenue vers 1 heure du matin, quartier Saint-Aubin, à Toulouse.
Deux plaies à l’arme blanche
« J’ai garé ma voiture, je me suis mis à courir et j’ai vu la victime qui était assise au sol ». Une rixe vient de se produire rue Palaprat entre les occupants d’un véhicule dont ce jeune homme était le passager avant, et un groupe de piétons dont deux filles. « Il présentait un coup de couteau sur la droite du thorax, à l’opposé du cœur, et un second sous l’aisselle gauche ».
Le professionnel de santé bascule en mode pilotage automatique. « Je lui ai demandé son nom. Il m’a répondu Léo. Il m’a dit qu’il travaillait chez Airbus. Je lui ai demandé s’il se souvenait ce qui s’était passé. Il a dit oui, que quelqu’un lui avait mis des coups de couteau ».
« Reste avec nous, reste avec nous »
Faiz le rassure, l’incite à respirer. « Je l’ai maintenu réveillé. Je lui posais plein de questions : s’il avait des soucis de santé, s’il prenait des médicaments. Il répondait toujours mais a commencé à s’endormir. Je lui ai dit : Léo ! Reste avec nous, reste avec nous ! ».
Le jeune homme de 25 ans sombre dans l’inconscience. « Son cœur battait toujours. Je l’ai placé en PLS. Je le stimulais pour qu’il se réveille. Et là, son cœur s’est arrêté ». Pendant un long quart d’heure, Faiz pratique un massage cardiaque, tout en rapportant la situation au SAMU. « C’était éprouvant physiquement. Heureusement qu’un policier municipal arrivé peu de temps après m’a relayé régulièrement », confie le trentenaire.
Une parole jugée déplacée ?
Le SMUR finit par arriver. Léo est intubé. Malheureusement, « c’était déjà trop tard ». La sirène américaine de l’ambulance réveille tous les voisins. « Il y avait peut-être trente personnes aux fenêtres », évalue Faiz.
Grâce au signalement fourni par l’un des riverains, l’auteur présumé des coups de couteau et ses camarades ont pu être rapidement interpellés. « Ils sortaient du Café Populaire, rue de la Colombette, où ils ont leurs habitudes apparemment, et se trouvaient sur les marches de la Poste » avant que l’altercation n’ait lieu. Sans doute pour une parole jugée déplacée envers l’une des filles du groupe.
« Il disait qu’il n’avait pas mal »
Par les indications crachées en direct sur les radios de la police, Faiz apprend que le meurtrier présumé et ses amis ont pris la fuite à métro depuis Jean-Jaurès en direction des Carmes. Où le petit groupe a été arrêté, dans la nuit de samedi à dimanche, dans un appartement du Foyer des jeunes travailleurs (FJT)
Selon le professionnel de santé, la victime a été « frappée par trois personnes ». Léo serait tombé directement au sol. Et c’est en se relevant pour repartir à la bagarre qu’il aurait reçu deux coups de couteau. L’autopsie diligentée par le parquet de Toulouse s’efforcera de déterminer avec précision les causes de la mort. « Je lui demandais s’il ressentait une douleur. Il disait que non. Il était vraiment calme. Il ne criait pas, ne hurlait. Il me parlait et il s’est endormi, comme quelqu’un de fatigué », rembobine l’ambulancier.
« Il avait fêté ses 25 ans la veille »
Les amis de Léo l’entouraient. Des jeunes gens du même âge. Des bouteilles de vodka, du cannabis et du protoxyde d’azote auraient été saisis par la police après que le trio les a extraits du véhicule et tenté de les dissimuler dans la rue. « Il y avait au moins dix voitures de police déployées ». Les images de vidéosurveillance de la Poste, de la synagogue voisine et du Café Populaire sont en train d’être épluchées par les enquêteurs de la DCT (Division de la criminalité territoriale) pour étayer la chronologie des faits et déterminer les responsabilités de chacun.
« Deux des garçons étaient muets, sous le choc, le troisième ne faisait que crier », s’émeut Faiz. Habillés « en survêt », les quatre amis circulaient « à bord d’un véhicule de location, une Clio VI grise, je pense ». Outre la scène choquante à laquelle il a été mêlé à son corps défendant – « mon septième arrêt cardiaque en cinq ans de métier » -, le trentenaire soupire. « La veille, Léo avait fêté ses 25 ans. J’imagine la douleur de ses proches… ».















