Face à la hausse des féminicides en France, l’avocat toulousain Jonathan Bomstain évoque la question des violences intrafamiliales et les réponses apportées par la justice et notamment par la nouvelle « loi intégrale ».
Malgré une libération de la parole sans précédent et des prises de conscience médiatisées autour des violences faites aux femmes, les chiffres du ministère de l’Intérieur indiquent une hausse de 4% des féminicides en France pour l’année 2025.
Cette augmentation s’explique par un ensemble complexe de facteurs, selon Jonathan Bomstain avocat et coprésident de la commission droit des enfants au barreau de Toulouse. Il intervient aussi dans les affaires de VSS (violences sexistes et sexuelles) : « Il n’y a pas à mon sens une explication propre à l’augmentation des féminicides, on peut émettre plusieurs hypothèses. Est-ce que par le biais de la libération de la parole, les femmes vont un peu plus parler, vont s’exprimer, vont se rebeller, parce que aussi c’est une réalité dans l’intimité du couple, ce qui va déclencher malheureusement des scènes de violence atroces, arrivant à ces drames. »
L’avocat toulousain souligne que la réponse judiciaire s’est structurée au fil des drames, marquant une rupture avec des décennies d’angle mort de la part de la société. « Ça fait quelques années maintenant que j’exerce cette profession et j’ai constaté effectivement la prise de conscience des pouvoirs publics et c’est comme ça malheureusement que ça fonctionne. A chaque affaire qui a fait l’objet d’une discussion dans les médias, les textes de loi avancent. »
Inquiétudes financières
L’Assemblée nationale a adopté à une large majorité une proposition de loi ambitionnant d’apporter une réponse globale aux violences intrafamiliales, inspirée d’expérimentations réussies comme celle de Poitiers. Ce texte prévoit la création de juridictions spécialisées dotées de compétences étendues, capables de traiter simultanément le volet pénal, l’autorité parentale et l’assistance éducative. Toutefois, des réserves majeures subsistent quant au budget alloué, estimé à trois milliards d’euros, alors que les associations estiment qu’il faudrait doubler cette somme pour garantir un accompagnement qualitatif, détaille Jonathan Bomstain : « Le seul bémol et la seule inquiétude que j’ai aujourd’hui, c’est le financement, parce que ce sont des mesures qui coûtent extrêmement cher. On nous annonce un budget de trois milliards et les associations s’accordent à dire qu’en fait il faudrait au moins le double pour pouvoir répondre déjà à toutes les mesures qui nous sont proposées mais aussi proposer une réponse de qualité. »
La difficulté persistante du dépistage
Si l’appareil judiciaire commence à être bien armé face aux violences intrafamiliales, la détection en amont et l’accueil des femmes dans les commissariats restent des points critiques sur le terrain. De trop nombreuses victimes essuient encore des refus de dépôt de plainte, se voyant indûment orientées vers de simples mains courantes qui ne déclenchent aucune réponse pénale automatique.
Et les disparités territoriales importantes persistent selon les parquets, bien que certains procureurs, à l’instar d’Angoulême, imposent désormais des enquêtes systématiques dès l’enregistrement d’une main courante. Mais à Toulouse, cela peut être très différent : « Ce que l’on voit dans la pratique, et malheureusement c’est ce que je vois arriver dans mon cabinet en particulier, ce sont des femmes qui nous disent : il y a eu une scène de violence chez moi, j’ai fui, j’ai voulu aller déposer plainte, et on m’a dit, non, non, on ne prendra pas la plainte, on va prendre une main courante. » L‘avocat toulousain insiste : « La vraie difficulté c’est comment est-ce qu’on va détecter ces violences, comment est-ce qu’on va accroître la libération de la parole, comment on va accueillir ces femmes dans les commissariats ? »
https://www.francebleu.fr/occitanie/haute-garonne-31/toulouse-31555












