Après la manifestation « contre la vie chère » qui a réuni des milliers de personnes dans les rues de Toulouse, samedi 17 octobre, l’heure est au bilan et aux questions. Devant les dégâts qui se chiffrent au-delà de 625 000 € selon la mairie de Toulouse, comment envisager les prochains rassemblements ? Doit-on interdire les défilés dans le centre-ville ? Des représentants syndicaux nous répondent.
Alors qu’une nouvelle manifestation est annoncée pour ce samedi 24 octobre, les principales organisations syndicales n’ont pas encore déclaré leur participation. Pour l’instant, elles ont fixé le cap au 5 novembre pour une journée de grève nationale et interprofessionnelle, toujours sur le thème de la « vie chère », du pouvoir d’achat, de la revalorisation des salaires et sur les revendications lycéennes exprimées depuis trois semaines. Mais dans quelles conditions ? Peut-on encore organiser des défilés dans le centre-ville après les violences constatées samedi et les plus de 625 000 euros de dégâts annoncés par la mairie de Toulouse, comment sécuriser les prochains rendez-vous ?
« Cela n’arrêtera pas nos revendications »
Pour les syndicats, la réponse est claire. Une manifestation déclarée a besoin de visibilité et le centre-ville offre cette vitrine aux revendications. « On irait où, sur l’Île du Ramier, à la Cépière ? », ironise Hervé Aussel, secrétaire général de la CFDT en Haute-Garonne dont le syndicat n’avait pas appelé à manifester samedi mais s’est positionné sur la journée du 5 novembre. Il poursuit : « Que les maires s’interrogent sur des manifestations qui génèrent des violences, d’accord, mais nous pensons aussi qu’il y a eu un déficit du côté de la sécurité, de la part de l’État. Ce qui est sûr c’est que ça n’arrêtera pas nos revendications. Nous restons vigilants et les consignes que je donne sont claires : si ça part en échauffourées, s’il y a un danger pour les personnes qui défilent avec la CFDT, je sors le cortège de la CFDT du défilé, c’est arrivé à deux reprises en 2023 ».
Alexandra Nougarède, présente en tête de cortège samedi et blessée par une grenade de désencerclement, reste mobilisée. La co-secrétaire départementale de la FSU 31 rappelle que le lien est systématiquement fait avec la préfecture pour que cette dernière puisse sécuriser le parcours. « C’est à elle, avec son service de renseignement, de pouvoir mobiliser les forces de l’ordre là où il faut et pas forcément pour cibler ceux qui défilent tranquillement. Nous avons notre service d’ordre, des militantes et des militants de nos syndicats CGT et FSU mais nous avons déjà été nous-mêmes attaqués, lors de manifestations sur les retraites ou le 1er-Mai. Aujourd’hui, le mouvement social est visé à la fois par les forces de l’ordre et des groupuscules extérieurs », détaille la syndicaliste.
« Les manifestants ne cassent pas »
Pierre Priouret, co-secrétaire général académique du SNES, rappelle le cadre. « On a longtemps été interdits de centre-ville, on a insisté pour y revenir pendant des années et des années, considérant que les manifestants ne cassent pas, ne détruisent pas. Les groupes qui viennent se greffer, ce n’est pas de notre responsabilité. Les organisations syndicales ne filtrent pas les personnes qui viennent à la manifestation, ce n’est ni dans nos prérogatives, ni dans nos compétences », rappelle l’élu syndical.
« Interdire le centre-ville, c’est interdire de manifester »
Interdire une manifestation dans les rues du centre-ville ? « Ce serait quelque chose de stupéfiant ! Interdire les manifestations en centre-ville, c’est interdire les manifestations », tranche Cédric Caubère, secrétaire général de la CGT 31. « Des casseurs, il y en a toujours et la question des violences se pose à chaque fois. Mais comment est-il possible qu’une minorité parmi 80 000 manifestants soit arrivée à provoquer autant de dégâts ? Il semblerait que les dispositifs de sécurité mis en place étaient complètement défaillants. Ni le nombre de manifestants, ni le potentiel de casse n’ont été correctement pris en compte. Et ça a continué dimanche alors qu’il n’y avait pas de manifestation déclarée. Le vrai problème, c’est que les décideurs politiques ne font rien pour améliorer la vie des gens. La première des violences, c’est de laisser monter les raisons de la colère et maltraiter une manifestation comme ce fut le cas samedi, c’est maltraiter les travailleurs qui souffrent et qui n’ont pas d’autre moyen que d’aller dans la rue », ajoute le leader syndical qui estime que « les mouvements dans la rue sont nécessaires mais ils ne remplacent pas les actions sur les lieux de travail, il faut bloquer les lieux de production pour faire augmenter les salaires ».
Sollicitée, la préfecture de Haute-Garonne ne nous a pas répondu sur le sujet.















