La manifestation du 17 octobre à Toulouse contre la vie chère a laissé des traces. Plusieurs commerces ont été pillés, les dégâts sur le mobilier urbain sont importants mais non encore chiffrés. À la tête du défilé, qui a rassemblé entre 32 000 et 80 000 personnes selon les sources, deux organisations syndicales racontent avoir été clairement ciblées par les forces de l’ordre lors d’un épisode qui a blessé quatre militantes. Explications.
La manifestation qui s’est déroulée samedi 17 octobre dans les rues de Toulouse, au nom de la lutte « contre la vie chère » et dans la continuité du mouvement lycéen, a rassemblé plus de 32 000 personnes selon la préfecture de Haute-Garonne. Dans les rangs des syndicats, l’estimation monte à 80 000 personnes. Au-delà des chiffres, c’est une bataille politique qui est bien engagée, notamment sur la « gestion » des violences qui ont éclaté pendant et après la manifestation.
Deux organisations syndicales, la CGT et la FSU, ont dénoncé une « agression de la police » sur leur tête de cortège au niveau du pont des Catalans alors que la manifestation n’avait pas encore atteint son point d’arrivée à Saint-Cyprien. Quatre représentantes syndicales, deux de la FSU et deux de la CGT, ont déclaré avoir été blessées suite au jet d’une grenade de désencerclement dans leur direction.
« La grenade ne leur est pas tombée dessus par hasard »
« Je fais partie de celles qui ont été visées. La grenade nous a éclaté dans les jambes, nous avons été évacuées. Nous marchions tranquillement, ni plus ni moins, à côté de notre service d’ordre. Les douleurs sont toujours présentes mais nous sommes sous le choc d’avoir été visées par la force publique », témoigne Alexandra Nougarède, co-secrétaire départementale de la FSU 31.
« Des personnes qui ne faisaient pas du tout partie de la manifestation ont affronté les forces de l’ordre mais ils étaient clairement devant nous, il y avait au moins 100 mètres entre eux et nous », complète Pierre Priouret, co-secrétaire général académique du syndicat SNES.
S’il n’était pas présent samedi, Cédric Caubère, secrétaire départemental de la CGT de Haute-Garonne, a suivi les événements à distance et les condamne. « Nos camarades étaient derrière la banderole syndicale, bien identifiables, la grenade ne leur est pas tombée dessus par hasard. Il n’y avait aucune raison de les viser, sauf à le faire exprès. Nous allons devoir augmenter la sécurité de nos cortèges pour nous protéger de la police », s’agace le leader syndical.
Pour le préfet, « les forces de l’ordre ont répliqué à des tirs de projectile »
Dans une interview, publiée le lendemain, le préfet de la Haute-Garonne, Fabrice Rigoulet-Roze, nie ce ciblage et explique que « les forces de l’ordre ont répliqué à des jets de projectile » et que « la nébuleuse des caillasseurs s’est assez classiquement rapprochée de la banderole pour se protéger ». Dès samedi soir, dans un communiqué, la préfecture indiquait la présence « d’un groupe hostile à l’avant du cortège officiel, composé au plus fort de 500 individus préparés et venus pour se confronter aux forces de l’ordre présentes pour sécuriser la manifestation sur l’ensemble de son parcours. Face à des actes particulièrement violents de cette minorité radicale, des moyens de dispersion ont dû être déployés pour permettre à la manifestation de se tenir jusqu’à son terme prévu. Aucun manifestant pacifique, pas plus que les organisateurs, n’ont été visés par ces tirs de dispersion, qui ciblaient les individus violents qui cherchaient uniquement à s’en prendre aux forces de l’ordre, prises à partie à de multiples reprises, et aux commerces ».
« Sur le pont des Catalans, il n’y avait ni mobilier urbain, ni abribus et il n’y avait aucun casseur dans cette partie du cortège », réplique Cédric Caubère pour la CGT qui prendra la parole ce mardi 20 octobre avec la FSU et la Ligue des droits de l’Homme. Il entend aussi répondre aux propos du maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, qui a invité les organisateurs des manifestations à se poser des questions : « Comment protester autrement pour éviter que les protestations soient dévoyées et à la fin, invisibilisées ? ».

















