Mohammed L., 39 ans, est soupçonné d’avoir tué trois membres de sa famille, dont un enfant de 2 ans, avant de se donner la mort à Toulouse. Habitué d’un bar, décrit comme intelligent, bavard et de plus en plus isolé, il avait laissé derrière lui une longue lettre. Ses anciens proches racontent un homme complexe, dont le comportement s’était profondément dégradé ces dernières années.
Le corps massif de Mohammed L. repose au milieu d’une nappe de sang dans son appartement au nord de Toulouse. Près de lui, les policiers découvrent une lettre d’une dizaine de pages. L’homme de 39 ans y écrit qu’il n’est « pas un criminel ». « J’ai fait n’importe quoi », note-t-il.
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Quelques heures après, ce mardi, trois corps sont découverts dans un autre appartement, rue Kruger : celui de sa mère, âgée de 62 ans, celui d’une femme de 29 ans, qui pourrait être sa sœur ou sa cousine, et celui du fils de cette dernière, un enfant de 2 ans. Tous auraient été égorgés. Mohammed L. est soupçonné de les avoir tués avant de se donner la mort. À ce stade, aucun mobile précis n’a été officiellement établi.
Pour retrouver la trace de cet homme, il faut se déplacer à une rue du lieu du drame, au Roland-Garros, ancien bar devenu aujourd’hui tabac-presse. Pendant des années, Mohammed L. y a eu ses habitudes. Parmi plusieurs clients portant le même prénom, chacun avait hérité d’un surnom. Il y avait « Momo pharmacien », « Momo façade ». Lui, c’était « Momo Info », hérité de son activité professionnelle, informaticien.
Une enfance au Maroc
Selon plusieurs proches, il avait suivi des études supérieures et disait être titulaire d’un master. Sa mère, elle, a exercé comme avocate au barreau de Casablanca – confirme un de ses anciens confrères – avant de venir en France, sans y exercer ensuite. Mohammed L. racontait volontiers ses origines marocaines et une famille qu’il présentait comme extrêmement riche et influente. Il disait, selon plusieurs témoins, appartenir à l’une des familles les plus puissantes du Royaume. Ces récits nourrissaient parfois le scepticisme de son entourage. « Il disait que sa famille était diamantaire. Mohammed était un peu mytho », résume Claire, qui l’a côtoyé pendant plusieurs années. Il serait arrivé en France dans sa vingtaine. Sa mère aurait refait sa vie à Paris et revenait régulièrement à Toulouse, notamment pour rendre visite à des proches. Plusieurs connaissances assurent que Mohammed L. avait très mal vécu ce départ et cette nouvelle vie.
Dans le bar, il parlait beaucoup, fort, longtemps. « Il avait toujours dix mille choses à raconter », se souvient un habitué. Plusieurs connaissances décrivent un homme doté d’une très bonne expression, d’un vocabulaire riche, mais dont la présence pouvait devenir envahissante. Grand, très corpulent, dépassant selon certains les 120 kilos, il était aussi surnommé « le grand Momo ».
Au Roland-Garros, beaucoup se souviennent surtout de deux Mohammed. Il y avait celui des premières années. « C’était un garçon très gentil, intelligent », raconte Claire. Il fréquentait alors l’établissement presque quotidiennement. Il buvait beaucoup de bière mais « se tenait », selon un ancien compagnon de comptoir. Il avait arrêté de fumer plusieurs années auparavant, puis cessé de boire. « Pas pour des raisons religieuses », précise une connaissance.
De profondes dépressions
Puis son comportement aurait progressivement changé. « Il y a quelques années, il s’est mis à vriller », poursuit Claire. Plusieurs témoins évoquent un homme devenu plus provocateur, plus agressif. Julie, serveuse du Roland-Garros, se souvient d’un client présent « quasi tous les jours », qui « provoquait parfois des altercations, notamment lorsqu’il avait bu ». Un jour, poursuit-elle, il aurait offert à un client qu’il n’appréciait pas un morceau de corde pour son anniversaire, accompagné d’une phrase glaçante « c’est aussi le jour de sa mort ». Une autre fois, une dispute aurait dégénéré avec un habitué qui venait de subir un AVC.
Même après la fermeture de la partie bar, Mohammed L. avait continué à fréquenter les lieux. Il venait boire un café, parfois trois ou quatre, et restait vingt minutes comme une heure à discuter. Quelques jours avant sa mort, plusieurs connaissances disent encore l’avoir croisé dans le secteur, parfois au volant de sa Tesla. « Je l’ai vu il y a une semaine et demie. Ça me bouleverse », souffle une femme qui fut longtemps proche de lui.
Au fil des années, beaucoup avaient pourtant pris leurs distances. Ils évoquent des périodes dépressives, notamment après des déceptions sentimentales. L’un raconte que Mohammed L. lui avait confié être resté « six mois chez lui dans le noir » après une rupture au Maroc. Plusieurs connaissances affirment également qu’il aurait déjà été hospitalisé en psychiatrie. Son rapport à sa mère revenait, lui, régulièrement dans les conversations. Devant certains clients, Mohammed L. pouvait la traiter « de pute ».
En buvant son café, ce mercredi, un homme lâche : « Je savais qu’il avait un grain, mais de là à faire ça… »















