Trois piscines olympiques : c’est l’équivalent de ce que relâchent, chaque seconde, les glaciers du globe. Un chiffre vertigineux, qui illustre encore une fois l’urgence climatique. Pour mieux comprendre et surveiller les environnements sensibles que constituent les glaciers, Airbus et le CNES se sont associés autour de la mission spatiale CO3D. Celle-ci commence à livrer ses premières données en trois dimensions, offrant un regard inédit sur les montagnes et glaciers du monde entier.
Image d’illustration de la constellation CO3D. © CNES/REACTIVE PROD, 2025
Une constellation satellitaire pour voir le relier en 3D
Lancée en juillet 2025 par la fusée Vega-C, depuis le Centre spatial guyanais, la constellation CO3D se compose de quatre satellites développés par Airbus. Leur objectif : fournir des données d’une grande finesse sur la surface de la Terre. Grâce aux chaînes de traitement du CNES, les images satellites sont d’abord produites en 2D avec une résolution de 50 cm par pixel. Elles sont ensuite transformées en cartes de relief appelées modèles numériques de surface (MNS).
Ces premières données permettent déjà d’observer avec précisions des sites emblématiques. Un MNS du Pic du Midi de Bigorre, dans les Pyrénées, met par exemple en lumière le relief du massif, avec l’antenne de 102 m ajoutée afin de donner une notion d’échelle. Dans les Alpes, un autre modèle représente la partie basse de la Mer de Glace, où « l’épaisseur diminue de quatre à cinq mètres chaque année depuis les années 1990 ».
Première image de la mission CO3D sur la Mer de glace. Cette image est composée du MNS constitué grâce aux données satellites sur lequel les altitudes hautes sont représentées en rouge et les basses en bleu. © CNES/Airbus, 2025
Une précision qui devrait encore progresser
La précision actuelle de ces données est d’environ deux mètres. Une performance, certes, déjà notable, mais qui est appelée à s’améliorer. L’Observatoire Midi-Pyrénées (OMP) précise ainsi qu’« à l’issue des phases d’étalonnage et de qualification en cours, elle sera de l’ordre du mètre ». De quoi offrir un suivi plus fin des environnements glaciaires et enneigés d’altitude.
Mais alors, sur quoi repose cette prouesse technique ? Les ingénieurs d’Airbus ont mis au point une innovation majeure : la capacité des satellites à réaliser des acquisitions synchronisées au sein de chaque paire. Cette technique permet non seulement de cartographier les reliefs, mais aussi de représenter en 3D des objets en mouvement, tels que des voitures, des bateaux ou des panaches de fumées volcaniques.
Les glaciers, sentinelles du changement climatique
Souvent difficiles d’accès, les glaciers constituent des indicateurs majeurs du réchauffement climatique. Leur fonte accélérée vient bouleverser des équilibres pourtant essentiels. « Les glaciers sont en effet un maillon essentiel du cycle de l’eau car ils sont de véritables châteaux d’eau naturels », explique Étienne Berthier, glaciologue CNRS au laboratoire toulousain LEGOS. Ils stockent en effet l’eau en hiver, et la restituent en été, soutenant des écosystèmes et des populations, particulièrement « dans les Andes ou en Asie Centrale », où certaines vallées en dépendent directement.
Le glacier du Mont-Blanc photographié en décembre 2020 par Pléiades. © CNES 2020, Distribution Airbus DS
La diminution de leur masse vient donc fragiliser cet équilibre.
Outre le suivi des glaciers, CO3D va aussi nous aider à estimer les stocks de neige saisonnière pour une meilleure gestion de la ressource en eau issue de sa fonte », souligne le chercheur.
Des enjeux directs pour la sécurité des populations
Au-delà des ressources en eau, la fonte glaciaire peut représenter un danger immédiat. Lorsque les glaciers reculent, des lacs glaciaires peuvent se former, avec un risque de déversement soudain. « En France, la vidange d’un lac glaciaire a contribué à la destruction du village de La Bérarde dans les Alpes en juin 2024 », rappelle l’OMP.
D’autres sites sont étroitement surveillés, à l’instar de Tignes ou du font du glacier des Bossons, à Chamonix.
Cartographier ces zones régulièrement par satellites avec la mission CO3D offre ainsi un état des lieux, en complément des mesures de terrain, pour la mise en place de mesures de prévention adaptées », précise Étienne Berthier.
Ainsi, une fois calibrées, les données de CO3D seront mises à disposition des scientifiques et des acteurs publics via les plateformes DINAMIS et GEODES. Elles concerneront aussi bien les glaciers que les côtes ou les zones urbaines.
Simulation de modèle numérique de surface (MNS) CO3D sur la ville de Nice. © CNES, 2024
Autant d’informations jugées indispensables pour mieux comprendre les effets du réchauffement climatique, anticiper les risques et définir des solutions pour les territoires et les populations.
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