C’est un événement, cela fait 25 ans qu’une Française n’était pas allée dans l’espace. Sophie Adenot s’envole avec son équipe ce vendredi 13 février vers la station spatiale internationale retrouver trois autres astronautes. Et c’est à vivre en direct de la Cité de l’espace à Toulouse.
L’invité d’ICI Occitanie ce vendredi matin est un spécialiste de l’exploration spatiale et des vols habités, Sébastien Barde, sous-directeur au CNES, qui raconte comment se passe une mission dans l’espace comme celle que s’apprête à vivre l’astronaute formée à Toulouse, Sophie Adenot.
ICI Occitanie : Le décollage es toujours prévu dans quelques heures à 11h15, heure française, depuis la Floride pour Sophie Adenot. Elle va rejoindre la station spatiale internationale. Le vol a été reporté deux fois, cette fois-ci c’est la bonne ?
Sébastien Barde : On a l’impression que c’est la bonne. Les fois précédentes, on avait su à peu près deux jours avant que pour des raisons météo, le vol était reporté. Là, pour l’instant, tout est au vert, alors même si on n’est jamais sûr de rien, là ça se présente bien.
Qu’est-ce qui attend Sophie Adenot et tout son équipage pour ces prochaines 24 heures ? Là, est-ce qu’elle est déjà en train de s’équiper ?
Alors oui, la NASA fait en sorte que, quelle que soit l’heure du vol, les astronautes soient bien éveillés. On les a décalés depuis plusieurs jours pour qu’ils soient calés sur notre horaire. Comme le vol est prévu avant midi, Sophie est réveillée depuis un petit moment, elle se prépare. À peu près une heure et demie avant le lancement, ils vont tous les quatre sortir (Sophie Adenot décollera aux côtés de Jessica Meir, de Jack Hathaway, et de Andreï Fediaïev) avec leurs belles combinaisons blanches, ils vont arriver vers la fusée, ils vont monter dedans. Il y a un petit rituel au dernier moment : ils signent sur un mur blanc de leur nom. Ils vont rentrer dans la capsule et là, ils vont attendre tranquillement le lancement. Il n’y a pas grand-chose à faire pour les astronautes dans ces phases de lancement. On vérifie que tout va bien, mais c’est quand même très automatique.
Et puis il y aura le lancement, donc c’est quand même toujours un moment à la fois stressant, parce qu’on sait que dans une mission spatiale, il y a deux événements critiques : le lancement et le retour dans l’atmosphère. Donc voilà, il y a toujours une petite tension et puis c’est un moment aussi émouvant : c’est là où l’astronaute s’en va, quitte la Terre, c’est un nouveau voyage qui commence.
Un nouveau voyage, un voyage de plus de 24 heures, comment ça se passe quand on est à l’intérieur ?
Au bout de 10 minutes déjà, elle va ressentir les effets de la micropesanteur. Sur Terre, on ne sait pas trop la simuler. Elle va vraiment le découvrir, et puis pendant 24 heures, elle va rester dans le Crew Dragon, en mode un peu camping : ils sont quatre là-dedans, c’est un peu étroit.
Et puis ils vont finir par s’amarrer à la station spatiale. Là encore, il faudra attendre une petite heure avant qu’elle puisse vraiment rentrer dans la station, il faut équilibrer les pressions entre la station spatiale ISS et le Crew Dragon. Et puis enfin, elle va rentrer dans la station, qu’elle connaît sûrement par cœur, parce qu’elle s’est bien entraînée, mais pour la première fois, elle va la découvrir en vrai. Et elle va découvrir aussi ses trois autres collègues qui sont montés en Soyouz avec le véhicule russe et qui sont donc déjà là depuis plusieurs mois.
Du coup, ils seront un équipage complet de sept à bord quand eux seront arrivés et le travail va très vite commencer : dès mardi, les premières expériences à mener, c’est ça ?
Oui, même peut-être lundi d’ailleurs, mais en tout cas dès mardi, elle va travailler avec nous à Toulouse.
Sur quoi concrètement ? Qu’est-ce qu’elle va devoir faire ?
La majorité des expériences scientifiques qu’on réalise dans la station sont des expériences pour lesquelles on veut étudier l’absence de pesanteur, c’est des choses qu’on ne peut pas étudier au sol. Donc c’est vraiment de la science fondamentale qui n’est pas vraiment tournée vers le spatial, mais l’absence de pesanteur nous permet d’observer des choses qui sont impossibles d’observer au sol, donc c’est deux grandes familles : tout ce qui est autour de vivants et de la science des matériaux.
Après il y a un autre type d’expérience, ce sont des expériences de technologie. Là c’est des expériences qui sont plutôt tournées vers le spatial. On va tester du matériel qui a comme objectif d’améliorer les conditions de vie des astronautes dans l’espace, de préparer les vols de longue durée, donc ça c’est à peu près les deux tiers de son temps sur les neuf mois qui arrivent, qui vont être consacrés à ça.
Et ensuite le tiers supplémentaire, ça va être à la fois faire de la maintenance à la station, car c’est quand même un système très très complexe qui est soumis à rue d’épreuve. Le vide spatial, c’est un environnement très hostile. Donc c’est quelque chose qu’il faut réparer assez souvent, on se rappelle peut-être de la première mission de Thomas (Pesquet, NDLR), la première chose qu’il avait dû faire arriver dans la station, c’est réparer les toilettes. Donc il y a des choses très concrètes quand même à faire.
Et puis ils font beaucoup de sport, c’est un peu la maintenance de leur propre corps, puisqu’une fois qu’ils se rendent dans l’espace, ils flottent, donc ils n’ont pas besoin de leurs muscles, les os ne les portent plus, donc on va assister à une atrophie de la masse musculaire, de l’intensité osseuse, et donc ça, en soi, ce n’est pas très grave tant qu’on reste dans la station. Le problème, c’est qu’à un moment, il faut qu’ils reviennent quand même sur Terre et le retour se fait en quelques heures. C’est comme si en quelques heures, on vous mettait tout d’un coup un sac à dos, les kilos de votre poids et le corps est soumis très vite à la gravité. Et ça, ça se prépare. Et donc on prépare en faisant du sport.
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